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Santiago du Chili : Verdict du procès "Caso bombas", tous acquittés !
(Le 3 juin 2012)

[Rappelons que l’objectif de la police puis de la justice n’est jamais de chercher puis d’établir une quelconque "vérité" liée à des "faits" (au nom de qui, déjà ?), mais de trouver des "coupables" et d’établir leur responsabilité.
Dans le "caso Bombas", malgré les idées bien affirmées des 5 camarades et compagnons accusés (anarchistes et anti-autoritaires), malgré la présence d’une balance hallucinante, malgré la cible des attaques (la DCRI et le ministère de la Défense chiliens, une église, une école de carabiniers) et la méthode employée (engins explosifs et incendiaires), malgré l’énorme couverture des chacals de l’information (nombreuses ouvertures de JT lors des perquisitions ou du verdict, presse), malgré l’enjeu juridique (établir dans la post-dictature de Pinochet et du 11 septembre si oui ou non des attaques de ce type sont du "terrorisme" et si des anti-autoritaires rentrent dans le cadre d’une "association terroriste"), malgré même une certaine rationalité économique (des années d’enquête, des mois de procès) ou judiciaire (des années cumulées de préventive)... tous ont été acquittés.
Cela nous dit au moins une petite chose : même en matière de procès anti-"terrorisme", tout n’est pas forcément joué d’avance, parce que ce sont aussi les rapports de force qui déterminent ce genre de verdict (ceux que nous pouvons développer, pas uniquement ceux internes aux appareils de la bourgeoisie). Comment les juges s’arrangeront ensuite juridiquement pour relaxer ou condamner n’est ensuite qu’une question technico-politique, dont le texte ci-dessous rend compte.
Est-ce encore utile d’en dire plus sur la non-solidarité qui s’est développée à l’occasion des procès récents de Paris et Chambéry, souvent au prétexte de "ne pas tomber dans l’anti-répressif", comme si défendre dans la rue ses idées et les pratiques qui leurs sont liées devait s’effacer face à l’imminence d’un procès. On reviendra une autre fois sur l’ensemble des ingrédients qui ont pu esquisser un rapport de force dans cette histoire chilienne.
En attendant, on trouvera le communiqué traduit en son temps de l’attaque contre la DCRI chilienne (ici :Cette Semaine n°88, mars 2006), celui contre l’église (là : Cette Semaine n°91, décembre 2006], et celui contre le ministère de la défense (ici : Cette Semaine n°92, mai 2007). Quant à la mort tragique de Mauricio Morales, des perquisitions de squats, de leur défense et de textes chiliens parus suite à cet épisode, on pourra relire le décrié Peste Noire paru en septembre 2009 et qui, s’il n’est pas exempt de défauts... présente des qualités et des arguments qu’il serait peut-être intéressant de rediscuter aujourd’hui.

Santiago du Chili : Verdict du procès "Caso bombas", tous acquittés !

Traduit par nos soins de l’espagnol de solidaridadporlxspresxs, sábado, 2 de junio de 2012

Vendredi 1er juin 2012 vers 11h commence la lecture du verdict contre les 6 accusés du Caso Bombas ["L’affaire des bombes", NdT]. Dans une salle d’audience pleine de journalistes, de pontes du parquet mais aussi remplie de compagnons, de proches et d’amis (environ 80), la lecture du verdict s’est fait dans une ambiance tendue et pleine d’expectatives.

Plus de 6 mois après la fin du procès le plus long de l’histoire inquisitoriale du Chili, le tribunal a commencé à relater les faits certains, ne conservant finalement que les suivants :

1. Attaque contre l’ANI (Agencia Nacional de Inteligencia, soit la DCRI chilienne), 18 janvier 2006 : il est certain qu’un engin explosif a été placé contre l’ANI, mais qu’un balayeur l’a déplacé plus loin, où se produisit finalement l’explosion. Les dégâts produits sur le lieu de l’explosion (à une rue plus loin) ne peuvent être pris en considération parce que l’accusation représentée par le procureur ne parle que de l’ANI, et pas d’autres bâtiments.

2. Attaque contre le CDE (Consejo de Defensa del Estado, Haut commandement militaire chilien), 21 décembre 2006 : il est certain qu’un engin a l’apparence explosive a été posé, lequel n’explosa pas et fut démonté. Mais jamais il n’a été prouvé que ce qui semblait être de la poudre noire l’était vraiment. Le tribunal a donc décidé qu’il manquait un article du code pénal pour qualifier ce fait, vu qu’il n’existe aucune expertise qui affirme que le contenu de l’engin était de la poudre noire.

3. Attaque contre Automotora Atal (concessionnaire automobile), 27 mars 2007 : il est certain qu’a explosé un engin, provoquant des dégâts.

4. Attaque contre Chilectra (compagnie électrique) à La Cisterna, 6 octobre 2007 : il est certain qu’ a explosé un engin à l’aide de TNT, provoquant des dégâts contre cet immeuble et contre d’autres. On ne considèrera que les dégâts contre Chilectra et pas contre les autres locaux, vu qu’ils sont absents de l’accusation.

5. Ecole de Gendarmerie, 22 mai 2009 : il est certain que le 22 mai 2009, Mauricio Morales se déplaçait à bicyclette, qu’il en est descendu pour manipuler un engin qui a explosé, provoquant sa mort et des dégâts contre deux bâtiments du secteur.

6. Iglesia los Sacramentios, 21 novembre 2009 : il est certain qu’un engin incendiaire a été placé et s’est allumé contre la porte de cette église.

7. Financement d’association illégale terroriste : il a été impossible d’accréditer le fait de financement, vu qu’il existe une incohérence entre l’accusation et le non-lieu (il est impossible de financer une association qui n’existe pas).

Requalifications

L’attaque contre l’ANI est requalifiée de "blessures légères" contre le balayeur ; l’attaque contre Chilectra, Automotora Atal et "Ecole de Gendarmerie" sont constitutifs de "dégradations", dans le dernier cas contre le lieu devant lequel Mauricio s’est arrêté pour manipuler l’engin. Quant à l’Eglise de los Sacramentinos, le délit d’incendie est maintenu. L’application de la loi antiterroriste est levée pour tous les faits, vu qu’ils ne sèment pas la terreur dans la population.

Participation

La balance délirante Gustavo Fuentes Aliaga : sa déclaration (où il s’auto-accusait de l’ attaque contre Automotora Atal et balançait le nom de compagnons) fut extra-judiciaire et sans la présence d’un avocat. De plus, lors de l’audience du 12 janvier 2012, un capitaine de carabiniers a reconnu qu’une partie de la déclaration a été dictée par le procureur (au Chili, comme en Italie, c’est le proc qui mène l’enquête, pas un juge d’instruction) Francisco Jacir Manterola. Pour n’avoir pas effectué cette déclaration en présence d’un avocat, la preuve est sans fondement.
Acquitté, mais reste en prison pour avoir poignardé son ex compagne.

Francisco Solar Domínguez, accusé par la balance ci-dessus des attaques explosives contre l’ANI, le CDE et Chilectra. Le proc avait demandé 10 ans (pour l’association) + 15 ans (pour les faits) de prison. Le verdict dit que "l’innombrable documentation présentée ne permet pas de relier cet accusé avec les épisodes qu’on lui reproche, vu notamment que selon la preuve présentée par la défense, l’accusé travaillait avec des matières qu’on pouvait retrouver sur les engins." Cela fait tomber un des éléments principaux contre lui, vu que le reste ne tenait qu’aux déclarations de la balance, c’est-à-dire des traces infimes [de poudre ou autres] retrouvées sur ses vêtements. Acquitté.

Mónica Caballero Sepúlveda, accusée de l’incendie de l’Eglise. Le proc avait demandé 10 ans (pour l’association) + 10 ans (pour les faits) de prison. Il existe une incohérence entre l’accusation qui signale que les papiers retrouvés [tracts, brochures, etc] lors de la perquisition au squat Sacco et Vanzetti seraient en rapport avec le "plan criminel de l’association", vu que l’association terroriste n’est pas retenue. "Il n’est pas non plus prouvé que l’habitation ait été occupée exclusivement par elle, même si lors de perquisition ont été retrouvées des choses à son nom comme un cahier" [ce qui veut dire qu’on ne peut lui attribuer de façon certaine des textes ou objets trouvés au squat]. Le verdict précise aussi que le bidon de combustible trouvé dans la maison ou deux dessins qualifiés d’ "antireligieux" ne sont pas des preuves suffisantes. Acquittée.

Felipe Guerra Guajardo, accusé d’avoir été avec Mauricio de soir de sa mort accidentelle, et donc de l’attaque prévue contre l’Ecole de Gendarmerie. Le proc avait demandé 10 ans (pour l’association) + 10 ans (pour les faits) de prison. Le verdict précise que "la présence du sus-mentionné n’a été confirmée par aucune preuve digne d’être prise en considération, et n’est qu’une hypothèse spéculative des enquêteurs". Acquitté.

Omar Hermosilla Marín et Carlos Riveros Luttgue, accusés d’être les pourvoyeurs de fonds de l’association terroriste. Le proc avait demandé 10 ans (pour l’association) + 3 ans (pour les faits) de prison. "La preuve à charge est plus que faible et sans pertinente, en tout cas insuffisante pour accréditer les faits." Acquittés.

En résumé, tous les inculpés ont été relaxés, et les délits quant à eux requalifiés de dégradations et incendie. Le verdict précise aussi que les squats concernés réalisaient des activités culturelles, politiques et des bibliothèques, ce qui est bien insuffisant pour en soi les qualifier de "vitrines" ou "façades" du terrorisme.

A la fin du verdict, les personnes présentes dans la salle se sont embrassées, félicitées et ont insulté aussi bien la presse que la balance et le groupe de procureurs et des parties civiles, qui ont du sortir par une porte dérobée sous les injures. Des slogans contre le ministre de l’Intérieur Hinzpeter, la loi antiterroriste et l’ex procureur Peña [qui a mené l’enquête] ont retenti dans la salle d’audience, pour se poursuivre dehors lors d’un rassemblement où une banderole a été déployée et des tracts distribués.

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