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Incendies de voitures : le Nord fatigué de s’enflammer
(Le 19 octobre 2006)

Incendies de voitures : le Nord fatigué de s’enflammer

LE MONDE | 19.10.06 | 15h17 • Mis à jour le 19.10.06 | 15h17

LILLE CORRESPONDANT

Jean-Pierre Balduyck, le maire de Tourcoing (Nord), n’a pas vraiment envie que les médias évoquent les violences urbaines de l’automne 2005 : "Nous craignons un phénomène d’anniversaire. Je sens le commissaire inquiet." L’élu PS a une image toute prête : "Tous les maires de France sont assis sur un chaudron."

Ceux du Nord plus particulièrement. Ce département arrive en tête des statistiques d’incendies de voitures, motos ou deux-roues : 1 587 pour les neuf premiers mois de l’année, contre 1 540 en 2005 pour la même période, soit une augmentation de 3 %. Et le district de Lille-Roubaix-Tourcoing est en pole position, avec 591 véhicules partis en fumée.

La pyromanie serait-elle dans les "gènes" nordistes ? "Bien sûr que non, rectifie Jean Chabrol, nouveau directeur départemental de la sécurité publique. Simplement, ce département est le plus peuplé. Et Lille la métropole la plus dense. Il faudrait faire un ratio. J’arrive de la région parisienne et j’ai du mal à croire que l’on dépasse ici le 93 (Seine-Saint-Denis) par exemple."

Le mal est d’abord français. Au point de s’arrêter à la frontière qui longe le Nord sur 100 km : ne brûlent en Belgique... que des voitures françaises ayant servi aux actes de banditisme. "On ne connaît pas un phénomène de cette ampleur ailleurs dans le monde. Sauf le 1er mai en Allemagne, où cela semble une tradition comme le triste jeu de fin d’année dans le Bas-Rhin", explique le directeur départemental. Selon lui, ces dégradations remontent aux années 1982-1983, quand un incendiaire de Méhari sévissait à Paris : "Il n’a jamais été pincé. On se souvient ensuite d’émeutes dans la région Rhône-Alpes. Puis c’est devenu une habitude ludique."

Chaque région a ses tics. "Dans le Nord, on constate un pic aux vacances de printemps et à la Toussaint." L’heure du crime ? "Entre 2 heures et 4 heures du matin." Les autres grandes villes ne sont pas épargnées : le Valenciennois (155 voitures brûlées de janvier à septembre), le Dunkerquois (102), Maubeuge (99). "Même le Douaisis est touché (70), alors qu’il n’a pas de cités."

Depuis le début de l’année, Roubaix et Tourcoing sont en baisse de 14 % et 32 %, alors que Lille est en hausse de 13 %. Sans crier victoire, M. Balduyck note que la municipalité de Tourcoing "a travaillé dans les quartiers, a relancé l’office HLM, s’est désenclavée grâce au métro". A l’automne, Tourcoing a subi des actions de commando. "Mais ils ne sont pas partis de la ZUP de la Bourgogne, si décriée. Les 17 personnes interpellées habitaient dans tous les quartiers", insiste M. Balduyck. Roger Vicot, adjoint municipal lillois auprès de la police, craint aussi la caricature : "Lille-Sud est injustement qualifié de quartier chaud."

Grâce au logiciel Prevu (programme de recensement et d’évaluation des violences urbaines), on connaît aujourd’hui assez précisément les raisons des incendies de voitures. Environ 30 % des feux sont provoqués par les propriétaires des véhicules pour éliminer une épave quand la fourrière rechigne à se déplacer (l’activité est peu rentable). Et puis il y a 20 % de petits malins. Selon M. Chabrol, des assurances offrent une somme forfaitaire même quand un véhicule n’est plus coté. "Le propriétaire perçoit 500 euros. Certains sollicitent des amis du quartier, leur offrant 250 euros pour mettre le feu." Ensuite, 40 % seraient des effacements de preuves. "La voiture qui a brûlé hier à Tourcoing venait d’un hold-up à Villeneuve-d’Ascq", raconte M. Balduyck.

Le logiciel compte 5 % de jeux idiots, de vengeances, et 5 % de réactions consécutives à une opération de police. On peut comparer ce chiffre "ordinaire" au bilan des violences urbaines de l’automne 2005. Celles-ci faussent le bilan "à l’année" : entre 2004 et 2005 la variation fut de + 64 % dans le Nord.

Mais qui sont ces incendiaires lillois ? Roger Vicot évoque des phénomènes ponctuels : "En 2005, une bande de gars éméchés est partie de Loos-lez-Lille, est passée par le quartier des Bois-Blancs puis le Marais de Lomme. Les pompiers les suivaient à la trace..." Jean Chabrol mentionne un incendie à Moulins : "Un type avait bu et était tombé sur des lettres d’anciennes copines. Son vague à l’âme l’a poussé à l’acte."

La plupart des auteurs courent toujours. "Difficile de les coincer : cela se passe la nuit, dans des zones pavillonnaires. Les preuves ont dépéri, les témoins sont rares ou n’osent parler." La police a interpellé dans le Nord, ces huit derniers mois, 365 personnes dont 119 pour des incendies de véhicules. Les mineurs sont presque aussi nombreux que les majeurs, et sont généralement libérés. "Sur 119 individus, 83 sont repartis libres, 26 ont reçu une convocation, et 10 ont été écroués, dont deux mineurs", précise M. Chabrol, qui aimerait mettre en place un dispositif préventif. "Dix départements doivent expérimenter un service citoyen volontaire. Mon intention est de le mettre en oeuvre à Lille-Sud sur le thème des voitures brûlées. Je sélectionne les candidats : pompiers, médecins, anciens policiers, animateurs, mais aussi grands frères."

L’expérience doit commencer en décembre. "Il s’agira de sensibiliser les pyromanes potentiels au danger pour les autres et pour eux-mêmes. Il faut leur faire comprendre qu’ils risquent d’être défigurés par un retour de flamme, d’endetter leurs parents ou d’être inculpés d’homicide volontaire. Nous vérifierons que les personnes condamnées payent les dégâts, nous suivrons les victimes pour vérifier qu’elles se constituent partie civile. Il faut réveiller les consciences."

Geoffroy Deffrennes

Article paru dans l’édition du 20.10.06

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