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Expropriation et politique en Val Susa
(Le 14 avril 2013)

[Le 23 mars 2013 au matin, en Val Susa, près de 70 députés et sénateurs nouvellement élus du Mouvement 5 Etoiles (de Beppe Grillo) et du Sel (gauche écologiste) ont visité le chantier du Tav. Ils avaient désignés 55 accompagnateurs pour les suivre (dûment autorisés par le Préfet, 10 sont restés à la porte), dont Alberto Perino, leader citoyenniste, Lele Rizzo, un des chefs de l’Askatasuna, et l’anarchiste Luca Abbà (celui qui était tombé du pylône fin février 2012 à la Baïta Clarea). La communauté de lutte "citoyennistes" / "autonomes" / "anarchistes mouvementistes" a donc été adoubée par les élus du peuple, pour venir discuter sur place et devant les caméras avec des responsables du projet honni. "Une grande victoire du mouvement", selon le site notav france. Dans l’après-midi, se déroulait une manifestation de plusieurs dizaines de milliers de personnes, de Susa à Bussoleno, et à la fin, un supermarché Carrefour a été délesté de nombreuses marchandises, de quoi boire et manger, par une quarantaine de personnes (selon les journaux). Par contre, ça, ça n’était pas prévu par tous les cogestionnaires de la lutte...
Cette fois, sur le site notav.info (dont Lele Rizzo est "un des principaux rédacteurs"), qui sert toujours et encore de référence aux comités d’un peu partout, a été publié un communiqué qui non seulement se dissocie une fois de plus d’une action offensive anonyme, mais reprécise aussi la manière de voir la lutte de ces leaders qui se permettent de signer d’un générique "Mouvement No Tav". Ce texte affirme notamment “nous sommes une communauté où personne n’est exclu, personne n’est abandonné ou laissé seul ; c’est pour cela que nous exprimons toute notre proximité et notre solidarité avec l’entreprise et avec ses employés”. Parlant au nom de tout le monde comme il est malheureusement coutume de le faire dans la plupart des grrrandes luttes populaires, ce site, les centres sociaux et les comités No Tav qui sont derrière, continueront à représenter de fait celle du Val Susa, notamment tant que les compagnons et camarades qui y passent ne s’opposeront pas à toute représentation et à toute politique.]


Gendarmes et voleurs

Lors de la manifestation No Tav du 23 mars dernier en Val Susa, certains manifestants sont entrés dans un établissement commercial de Bussoleno, y ont prélevé des marchandises avant de sortir sans passer par la caisse. Ils les ont tout simplement volées. C’est le Mouvement No Tav qui nous le fait savoir dans un communiqué, où il y dénonce l’épisode comme "très grave", en le stigmatisant durement. Les auteurs du vol sont comparés pour leur "brutalité et ignorance" à ceux qui occupent et dévastent la vallée, vu qu’ils ont été "arrogants" et "autoritaires" avec les braves gens qui tentent de survivre "de manière honnête" en ces temps de crise, et doivent donc être déclarés - oyez ! oyez ! - comme des personnes "indésirables sur cette terre [du Val Susa] et dans notre lutte". Le Mouvement No Tav intime donc ceux "qui se sont salis avec cette infamie" d’éviter de fouler dans le futur le sol de la vallée, parce que "cet épisode ne représente pas la lutte no tav, ceux qui ont perpétré ce geste ne peuvent se définir no tav ou porter ce drapeau. Ceux qui ont perpétré ce geste ne peuvent qu’être chassés du mouvement no tav".

On sait désormais qui est ce Mouvement No Tav qui distille des communiqués contre tout acte qui risque de jeter un discrédit public sur cette lutte auprès des braves gens. C’est un NoTav, par ailleurs militant autonome turinois, qui nous l’a expliqué au cours de la présentation d’un livre*. Ce sont certains activistes "reconnus par le mouvement" qui, dans de telles circonstances, s’appellent entre eux et décident ce qu’il faut dire. Parce que le Mouvement No Tav se vante de n’appartenir à personne et d’être pluriel, multiple, il n’est concédé à aucune de ses composantes particulières de le représenter. Toutefois, la lutte populaire a ses exigences et ses urgences. Comme nous l’apprend un anarchiste plutôt pratique et peu métaphysique, il ne s’agit pas de se passer tranquillement un bâton [de parole] bucolique pour décider de quelle couleur repeindre la grange. Lorsque l’eau bout, il faut bien que quelqu’un décide pour d’autres et égoutte les pâtes. Mais ne l’appelez pas petit chef, ses bonnes intentions seraient froissées et il finirait par s’offenser. Nous, en mufles que nous sommes, nous nommons ce quelqu’un, un politicien. Le politicien No Tav est celui qui - démocrate, autonome ou anarchiste, il n’y a pas de différence pour nous - se réunit dans un lieu à part, établit la stratégie, la ligne de conduite collective, puis la soumet à la ratification assembléaire. Dans ce sens, nous avons encore sous les yeux l’assemblée populaire qui a précédé la manifestation du 23 octobre 2011, celle qui a immédiatement suivi les affrontements qui ont éclaté à Rome le 15 octobre. C’est un exemple lumineux de la carotte de la démocratie de base, directe, populaire : le leader médiatique fait son entrée, accueilli par une ovation, communique que la veille au soir au cours de la rencontre des comités une manifestation pacifique a été décidée, et menace d’exclusion ceux qui ne se conforment pas à la décision déjà prise, après voir évoqué le côté dramatique du moment. L’assemblée, non pas comme lieu de débat entre tous, mais comme caisse de résonance des précisions prises par quelques uns.

Nous sommes vraiment frappés par la double morale de ce fantomatique Mouvement No Tav, qui applaudit les sénateurs qui marchent dans ses manifestations, les juges qui participent à ses initiatives, les chasseurs-alpins présents à ses rassemblements, les prêtres officiant à ses rendez-vous... mais qui est toujours prêt à condamner saboteurs et voleurs. Ceux qui allongent leurs mains sur la propriété des autres accomplissent un geste "infâme". Ceux qui siègent au Parlement et administrent la vie des autres, ceux qui remplissent les prisons, ceux qui sont prêts à faire la guerre, ceux qui serrent les menottes aux poignets... non ! Eux ne sont ni arrogants ni autoritaires, ce sont des personnes acceptables, auxquelles il est concédé de fouler le sol sacré valsusain, à la condition qu’elles aient prêté serment au drapeau No Tav. Avec eux, on peut partir et revenir ensemble, avec eux on peut partager : avec les autres, non. Encore une fois, voilà la voix qui s’élève - forte et puissante, et d’autant plus qu’elle n’est pas contestée - dans la vallée qui résiste. La collectivité (qu’elle soit un mensonge habile ou une pieuse illusion) doit être suivie, l’individu être mis au ban.

La Val Susa est vraiment devenue un bénitier, il suffit de s’y plonger pour être lavé de tous ses péchés. Un bénitier de la société civile, en mesure de faire apprécier journalistes et juges, hommes politiques et militaires, patrons et curés. Et un bénitier du mouvement, en mesure de faire apprécier calomniateurs et dissociés. Ceux qui osent entrer dans l’église sans faire le signe de croix "n’ont rien compris à la lutte no tav et à la vallée de Susa". Le politicien en déduit en toute humilité que ceux-là "n’ont rien compris à la vie et à la lutte de toute façon" - et doivent donc en être chassés. Amen.

Il faut beaucoup, beaucoup de masses pour que soient satisfaites les ambitions des meneurs. Mais il suffit de quelques individus pour qu’elles soient ruinées. A jamais.

* “A sarà düra. Storie di vita e di militanza NoTav”, édité chez Derive Approdi par le centre social Askatasuna de Turin. La présentation à laquelle il est fait référence ici s’est déroulée dans le Salento (Pouilles) en février 2013. Voir Verticalismes, sur finimondo, 22/02/13

[Traduit de l’italien du texte paru sur finimondo le 30/01/13]


Quelques considérations sur la propriété...

En analysant bien ce qu’est le "mouvement no tav", il n’y a pas de quoi être surpris d’un tel communiqué [celui signé justement Mouvement No Tav].

C’est un mouvement composé de poissons pris dans les filets de la pêche à la traîne, dont les mailles recueillent aussi très souvent un peu de déchets présents dans les fonds marins.

Un mouvement composé en plus des prêtres, des conseillers municipaux et des politiciens en tout genre, de citoyens qui luttent avant tout pour sauver leur propriété (qu’on pense au fait que le Tav a désormais éventré toute l’Italie et on ne se souvient pas qu’il y ait eu de gros mouvements dans les autres villes ou régions où il y a eu des chantiers).

Le mouvement no tav est aussi formé d’associations et de composantes du mouvement qui ont toujours été autoritaires à travers l’histoire.

Un mouvement, transformation de celui des "No Global" qui est mort à Gênes lors du G8 de 2001 parce qu’il a même été incapable d’exploiter une supériorité numérique sur les flics, et qui pourrait aussi servir de rampe de lancement pour les futurs gouvernants.

Une question surgit alors : que font les anarchistes ensemble avec tous ces gens ?

Gênes n’a pas suffit ?... à l’évidence non.

Evidemment, comme c’est aussi arrivé à Gênes en 2001, dans la vallée aussi sont présents des chiens perdus, parce que lutter contre n’importe quelle forme de nuisance est une chose qui appartient à tous, et pas à quelques spécialistes.

Et puis à chacun sa manière... chacun se bouge comme il préfère.

Il y en a toujours qui se détachent du troupeau, ou n’en ont jamais fait partie, et prennent des chemins de traverse.

Il y en a même encore, heureusement, qui entrent dans un commerce... même pas de base, un Carrefour, et l’exproprient !

Malheureusement, et cela ne nous étonne pas, il y a encore beaucoup de gens, et parmi eux ceux qui se remplissent la bouche de termes comme "expropriation prolétarienne", qui défendent la propriété de manière pas si différente de celle dont elle est protégée par l’Etat dans le cas de ce chantier TAV.

Le chantier est défendu par des flics qui tentent de maintenir les manifestants le plus loin possible de lui... le caractère intouchable de la "propriété privée" est défendu par une grande partie du mouvement no tav qui tente de maintenir les moutons noirs le plus loin possible d’elle.

La propriété reste une propriété quelles que soient ses formes, et peut être expropriée quelles que soient ses formes.

"Pour éliminer un effet il faut, auparavant, éliminer la cause. Si le vol existe, c’est parce que "tout" appartient uniquement à "quelques uns". La lutte ne disparaîtra que lorsque les hommes mettront en commun joies et peines, travail et richesses, lorsque tout appartiendra à tous" (Marius Jacob)

Le commerçant n’est rien d’autre que le petit ou le grand morceau d’un puzzle qui forme le cadre capitaliste de l’Etat. L’arrogance et l’autoritarisme ne sont pas du côté de celui qui vole, mais de l’autre côté du comptoir. Ceux qui, en tant que travailleurs et donc esclaves, défendent la propriété de leur propre patron, ne sont en rien différents de ceux qui, revêtus de n’importe quel uniforme et insigne, protègent les intérêts de l’Etat. Le commerçant ne regarde personne en face, et base son rapport avec les autres individus sur la forme de l’échange : "je te donne ça si tu me donnes quelque chose d’autre".

Le vol remet à zéro ce type de rapport capitaliste.

A partir du moment où on affirme "nous invitons donc ceux qui se sont salis avec cette infamie à ne plus fouler cette terre", on est en train de défendre une propriété ; que ce soit une terre ou un mouvement !

Enfin, même si ma complicité et solidarité vont à ceux qui ont pratiqué l’expropriation dans la vallée, ils feraient bien de vous jeter du mouvement... au moins vous y penserez à deux fois à la prochaine, à propos de qui se trouve à côté de vous.

Pour l’expropriation, contre la propriété privée !

[Traduit de l’italien du texte paru sur RadioAzione le 1/04/13]

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