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Chili : Réflexions à partir du combat minoritaire
(Le 20 septembre 2013)

Chili : Réflexions à partir du combat minoritaire

Traduit tout court de l’espagnol de contrainfo, 16 September 2013

En insurrection permanente contre l’oubli, le silence et l’aliénation qui alimentent le Pouvoir

A nos compagnon-nes de parcours dans la lutte pour la liberté. A nos frères et sœurs dans l’offensive anti-autoritaire. Aux nouvelles générations de rebelles et à celles et ceux qui dédient leur vie à la lutte anarchiste dans une perspective insurrectionnelle d’action protéiforme. Après deux mois passés sans écrire en tant que Sans Drapeaux ni Frontières, nous souhaitons partager ces réflexions sur l’état actuel de la lutte anti-autoritaire au Chili. Nous espérons qu’elles nourriront et stimuleront les analyses et tensions nécessaires qui renforcent notre lutte et alimentent la projection internationaliste de la guerre globale contre le Pouvoir.

Trois ans après l’opération Salamandre

En août dernier, trois ans ont passé depuis l’opération répressive que le Pouvoir a appelé « Opération Salamandre » - dans le cadre du « Caso Bombas »-, au cours de laquelle le 14 août 2010 quatorze lieux (centres sociaux, squats et domiciles particuliers) ont été perquisitionnés, quatorze personnes emprisonnées parmi les compagnon-nes antiautoritaires faisant partie d’espaces publics ou anciens prisonniers politiques d’organisations armées anticapitalistes. Avec un ostentatoire déploiement policier, juridique et médiatique, l’Etat, sa police, sa presse et le misérable ex-procureur Alejandro Peña, ont frappé l’environnement de lutte anti-autoritaire et les idées de liberté, sous prétexte de choper les responsables d’attaques à la bombe contre des lieux de pouvoir.

Il nous semble que, trois ans après ces événements, personne ne s’est prononcé, sauf les compagnons-nes de la Bibliothèque Sacco et Vanzetti qui ont inauguré de nouveau leur valeureuse bibliothèque le 14 août de cette année, redonnant ainsi signe de vie, après avoir été touchés par l’ennemi en 2010 (ils ont du affronter la fermeture de leur centre social occupé, ainsi que la prison et la clandestinité pour certain-es des participant-es).

Trois ans après que tout ceci se soit passé, nous pouvons dire chaque jour avec davantage de conviction que cette opération répressive a eu de sérieuses conséquences sur notre environnement de lutte. Nous avons déjà commenté dans nos publications -et d’autres compagnon-nes l’ont également fait dans des conversations ou au cours de diverses activités - que, malheureusement, suite au coup répressif d’août 2010, les idées et les propositions de lutte qui caractérisaient l’environnement anarchiste anti-autoritaire s’identifiant avec l’insurrection, la guerre contre le Pouvoir, l’offensive anti-autoritaire etc. ont manifesté un silence éloquent dans la diffusion de leurs positions.
Cela a eu pour conséquence un repli dans la lutte, comme de toute une série de postures et de propositions forgées, partagées et défendues collectivement, se retrouvant invisibilisées, comme par exemple l’idée d’agitation et de tension permanente dans tous les domaines de notre vie, la solidarité insurgée, les propositions sur les groupes d’affinité et l’organisation informelle etc. Cette situation, à laquelle de nombreux compagnon-nes ont contribué, dans une plus ou moins grande mesure, a participé à créer un contexte adverse pour la transmission et la continuité de la praxis anarchiste insurgée et un terrain favorable pour l’avancée de l’ennemi face au silence et à la peur qui ont fleuri parmi les compagnons.

Pour celles et ceux qui ont brisé le silence et la peur dans la rue et les espaces quotidiens, la tâche n’a pas été facile. Nous avons décidé de commencer à agiter pour les compagnon-nes emprisonné- es, dans une optique anti antiautoritaire et insurrectionnelle et sans nous laisser paralyser par la répression. Face à la fermeture d’espaces de rencontre et de réflexion collective, nous avons essayé d’ouvrir d’autres canaux de communication avec de nouveaux compagnon-nes. Et surtout, nous avons fait tout le possible pour comprendre pourquoi plusieurs de nos compagnon-es se comportaient comme si nous n’avions jamais ne serait-ce que parlé de la guerre contre toute forme d’autorité.

Malheureusement, ce n’est pas sans douleur ni perte de confiance que nous avons vu certain-es compagnon-nes avec lesquel-les nous avons grandi disparaître de la lutte ou remettre en question l’idée de la guerre contre le pouvoir pour adoucir leurs discours et leurs pratiques de vie et, aujourd’hui que les eaux sont redevenues plus calmes, réapparaître publiquement en défendant l’insurrection, parfois sans plus d’autocritique ni de de propositions pour le présent.

C’est pourquoi, aujourd’hui comme hier, il est important d’avoir clairement à l’esprit que ce coup répressif n’est ni ne sera le premier ni le dernier contre la lutte anti-autoritaire. Cela nous appelle à assumer le défi de réfléchir et d’agir pour contribuer maintenant à ce que la répression ne freine pas la lutte et que les environnement qui lui donnent vie ne disparaissent pas suite à la fragmentation, au silence et au défaitisme.

... soyons en continuité historique de la lutte protéiforme contre le pouvoir, et non pas de la défaite, la désertion et la commodité.

40 ans après le coup d’Etat au Chili : Nous en sommes en guerre contre toute autorité

Pendant 17 ans, de septembre 1973 à 1990, l’Etat chilien a appliqué la terreur systématique et quotidienne en la planifiant particulièrement à travers une dictature civico-militaire qui a réprimé, torturé, persécuté et assassiné des milliers d’hommes et de femmes luttant contre la dictature et le capitalisme.

Pourtant, il est aujourd’hui indispensable pour la projectualité de la lutte anti-autoritaire -surtout en ces temps d’élections présidentielles- de propager l’idée que la Démocratie constitue le perfectionnement de la domination et de la violence étatique sous des formes plus raffinées : caméras, lois, prisons, policiers, valeurs de commandement/obéissance et citoyen-nes complices qui soutiennent et défendent la continuité du système autoritaire et d’exploitation.

Comme le souligne un tract distribué par des compagnon-nes lors de la manifestation du 11 septembre, « ni dictature militaire, ni démocratie sociale, ni pouvoir populaire. Aujourd’hui, notre lutte est contre toute forme de gouvernement, de pouvoir et d’autorité. Nous sommes des combattant-es d’une lutte historique pour la libération totale qui ne peut être ni arrêtée ni anéantie, tant que notre volonté, notre conscience et notre action resteront en guerre et avec dignité. »

40 ans après le coup d’Etat, notre mémoire d’action insurgée est aux côtés de toutes celles et ceux qui ont été frappé-es par la répression ou sont mort-es en lutte.

Nous nous souvenons -comme d’autres l’ont déjà fait, renforçant notre mémoire antiautoritaire- de Flora Sanhueza, anarchiste assassinée durant la Dictature, le 18 septembre 1974 ; Claudia López, anarchiste assassinée par les keufs en Démocratie le 11 septembre 1998 ; Jonny Cariqueo, anarchiste mort sous les tortures des keufs le 29 mars 2008 ; et Mauricio Morales, anarchiste mort à cause de l’explosion de sa bombe près de l’Ecole de Gendarmerie, en 2009.

15 ans après la mort au combat de la compagnonne Claudia López

15 ans après la mort de cette compagnonne anarchiste, nous répétons ce que nous avons déjà écrit auparavant et que nous considérons toujours comme complètement valable.

La compagnonne Claudia López est le reflet d’une génération de compagnon-nes anti-autoitaires qui ont décidé de donner une continuité au conflit contre les puissants après le retour à la démocratie, au milieu de la léthargie des opprimé-es et après que les organisations armées marxistes aient été désarticulées. Claudia López fut l’une de ces compagnon-nes qui, en partant de l’autonomie insurgée, commencèrent à surgir dans des espaces universitaires comme le Cordón Macul, brisant la peur et la passivité régnantes par la propagande, les blocages de rues et les affrontements avec les gardiens de l’ordre. Ces compagnon-nes, toujours minoritaires, ont monté leurs barricades en attaquant la normalité oppressive de la domination démocratique, et ont mis sur le tapis des idées révolutionnaires en des temps, où beaucoup affirmaient la déroute de tout antagonisme contre le monde capitaliste. Surtout, ils et elles ont commencé à redonner vie en théorie et en pratique à l’expérience de l’autonomie et de l’organisation horizontale anti-autoritaire.

La compagnonne Claudia López a été assassinée le 11 septembre 1998. Les policiers lui ont tiré dans le dos, alors qu’elle participait à une barricade dans le quartier de La Pincoya. Elle est morte en combattant. Sa mort fut le prélude d’autres meurtres perpétrés par l’ordre démocratique : Daniel Menco, Alex Lemún, Jhonny Cariqueo, etc. Des compagnon-nes représentatifs du sujet social qui est devenu le nouvel objectif à réprimer pour le Pouvoir dès début 2000, le nouvel « ennemi intérieur » de l’Etat chilien : anarchistes, mapuches et autres cagoulé-es.

Lorsque certain-es d’entre nous, anarchistes et anti-autoritaires sortent dans la rue chaque 11 septembre, c’est pour agiter contre la continuité de l’oppression et manifester clairement que la démocratie torture et assassine aussi, qu’elle domine, soumet et trompe aussi. Cependant, la mort de de la compagnonne Claudia López donne une signification supplémentaire à cette date historique. C’est pour nous un appel à maintenir vivant en pratique le souvenir de la compagnonne qui a décidé de briser, dans sa vie et dans la rue, les chaînes de l’oppression, malgré le contexte toujours adverse de la massive aliénation sociale.

Parce que la mémoire combative n’est rien d’autre que le souvenir et la continuité des options de lutte qu’ont pris nos compagnons en vie. Que leurs vies ne s’éteignent pas. Qu’elles s’incendient avec chaque barricade.

Pour terminer ... 203 ans après la création de l’Etat chilien : toujours anti-patriotiques !

Après les commémorations des 40 ans du coup d’Etat et la production aussi massive que compulsive de célébrations mémoriales de divers secteurs -pour la plupart sans aucun contenu critique quant à la domination présente- , les commémorations historiques et les apparences de réflexion ont facilement été déplacées par les drapeaux chiliens et les outils d’aliénation déployés dans la société pour célébrer l’origine de la création de l’Etat chilien le 18 septembre 1810.

Avec beaucoup de barbaque, d’alcool et de défoulement circulant dans les rues et les quartiers, les patriotes citoyen-nes -sans compter ceux qui s’autonomment sujets révolutionnaires- prennent part à cette avalanche d’excès et d’aliénation qui renforcent l’existence et la continuité de l’Etat et de l’autorité.

Face à cela, notre position de guerre contre le Pouvoir est claire et nous place du côté de celles et ceux qui refusent par tous les moyens possibles de reproduire en acte le carnaval patriotard.

Nous sommes anti-autoritaires par essence et antipatriotique en conséquence. Nous ne faisons pas partie, ni dans la forme, ni dans le fond des célébrations déifiant l’Etat qui maintient en prison nos compagnons et camarades Hans Niemeyer, Freddy Fuentevilla, Marcelo Villaroel et Nicolás Sandoval.

Nous n’oublions pas nos compagnons qui résistent dans les prisons chiliennes et du monde entier. En des temps d’aliénation, nous reprenons la propagande contre le patriotisme, l’armée et le massacre des animaux lors des fêtes patriotiques comme partie prenante du conflit permanent contre toute autorité.

Contre vents et marées
Avec la force individuelle et la projection collective vers la Liberté
Avec toutes les formes de lutte autonome et radicale
Guerre sans trêve contre toute forme de pouvoir et d’autorité

Sin Banderas Ni Fronteras, núcleo antiautoritario de agitación y propaganda
Chili, Septembre 2013

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