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Italie : le gouvernement veut porter à 30 000 le nombre de soldats déployés dans les rues des villes italiennes

(28 janvier 2009)

par

Berlusconi veut décupler le nombre de soldats déployés dans les rues des villes italiennes

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 25.01.09 | 10h55

Réagissant à une série de viols qui se sont produits ces derniers jours en Italie, le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, a envisagé samedi 24 janvier un renforcement des effectifs des soldats patrouillant dans les rues des villes de la péninsule pourrait être. Depuis son retour au pouvoir, Berlusconi a ordonné à l’armée de participer à la lutte contre la criminalité, déployant 3 000 soldats dans les rues des grandes villes d’Italie. Il envisage désormais de porter ce chiffre à 30 000.

Les ministres de la défense de de l’intérieur "ont proposé de multiplier par dix le nombre de militaires qui, au lieu de monter la garde dans le désert des tartares combattront l’armée du mal, la criminalité diffuse", a déclaré M. Berlusconi, qui précise que ces hommes évolueront dans "des patrouilles mixtes [militaires-forces de l’ordre] dans les quartiers à risque du plus grand nombre de villes possibles", a renchéri M. La Russa.

"Déployer aujourd’hui 30 000 militaires créerait de grands problèmes" reconnaît le ministre de la défense Ignazio La Russa dans une interview au quotidien Il Giornale. "Mais si l’on a recours à tous les corps disponibles et avec le temps nécessaire, c’est-à-dire environ six mois, les forces sur le terrain peuvent être décuplées", a-t-il ajouté. Le ministre a précisé que la proposition serait soumise au président de la République, Giorgio Napolitano, chef des forces armées, lors d’un Conseil suprême de la défense le 29 janvier.

"UN ÉTAT DE SIÈGE"

La proposition soulève les critiques de l’opposition, déjà hostile à l’utilisation de l’armée dans la lutte contre la criminalité. Un porte-parole de la gauche italienne, Marco Minniti, a ainsi jugé que la mobilisation "sans précédent" de l’armée revenait à mettre en oeuvre "un état de siège". "Il y a encore un mois, on disait que le problème de l’insécurité était réglé et aujourd’hui on fait appel à 30 000 militaires", a aussi ironisé le chef de l’opposition Walter Veltroni. Estimant que les militaires n’étaient pas formés pour assurer l’ordre public il a prôné des ressources supplémentaires pour les policiers et les carabiniers alors que celles-ci ont été nettement réduites par le gouvernement dans un souci d’économies budgétaires.

Des syndicats policiers se sont d’ailleurs aussi interrogés sur l’opportunité de recourir à l’armée. "Il ne suffit pas de mettre des soldats dans les rues pour combattre la criminalité. Le crime, surtout le crime organisé, se combat par des renseignements et des investigations", a dit Nicola Tanzi, du syndicat SAP.

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Les soldats italiens au secours des "belles filles"

LE MONDE | 27.01.09 | 15h16

Les affiches vantant le bilan sécurité du maire de Rome, Gianni Alemanno (Alliance nationale), sont partout sur les panneaux d’expression politique de la capitale italienne. Pourtant, trois affaires de viols survenus depuis le début janvier aux portes de la ville viennent rappeler M. Alemanno à sa promesse "d’éradiquer" le crime.

Sans attendre que le centre gauche ne puisse profiter de l’occasion pour demander des comptes, Silvio Berlusconi, président du conseil, a ouvert un nouveau front en proposant de décupler le nombre de militaires - actuellement autour de 3 000 - afin de "patrouiller dans les quartiers sensibles" des principales villes d’Italie. "Ils seront mieux utilisés qu’à faire la garde dans le désert des Tartares", a-t-il déclaré dimanche 25 janvier.

Pourtant, le président du conseil semble gagné par un certain fatalisme face à l’insécurité dont il avait fait, lui aussi, l’instrument de sa victoire, en avril 2008 : "Personne ne peut prévoir des choses de ce genre, cela arrive même dans un Etat policier", a-t-il concédé à propos de cette série de viols. Ministre de la défense, Ignazio La Russa ne cache pas qu’il faudra plusieurs mois - au moins six - pour trouver, former et mettre en position ces 30 000 hommes.

Ne résistant pas au plaisir d’une nouvelle boutade, M. Berlusconi a également ajouté : "Il faudrait tellement de soldats puisqu’il y a tellement de belles filles italiennes que cela ne sera jamais possible."

"ETAT DE SIÈGE"

Du coup, le voilà placé au coeur d’une double polémique. Ces adversaires l’accusant tout à la fois de vouloir placer le pays en "état de siège" et de "manquer de respect et de sensibilité envers les femmes italiennes".

Mais entre une annonce qui répond "à une exigence des citoyens" et la mise en place compliquée de "cette armée du bien", comme il l’appelle, le président du conseil n’a pas hésité. Cette proposition sera soumise au président de la République, Giorgio Napolitano, chef des forces armées, lors d’un Conseil suprême de la défense le 29 janvier. En attendant, l’Etat italien s’apprête à relever les 3 000 militaires déjà sur le terrain.



Référence : http://cettesemaine.info/article.php3_id_article=1875.html