Retour au format normal


La flamme olympique harcelée en Italie

(28 janvier 2006)

par

La flamme olympique harcelée en Italie

Le parcours de la flamme olympique, qui doit arriver à Turin le 9 février à la veille de l’ouverture des Jeux d’hiver, n’est pas une promenade de santé. L’athlète italienne Eleonora Berlanda l’a vérifié, lundi 23 janvier, alors qu’elle parcourait les rues de Trente, dans le nord du pays. Un commando de huit personnes a surgi de la foule. Un homme encagoulé lui a arraché la torche, avant de détaler avec son précieux butin. Quatre des perturbateurs ont été arrêtés, et la flamme a pu finalement rejoindre son trépied avec vingt minutes de retard.

Cet incident, qui n’est ni le premier ni sans doute le dernier, est révélateur d’un malaise entretenu autour des JO (10-26 février). Le long voyage de la flamme olympique (11 300 kilomètres en 64 jours) est marqué depuis le départ, le 8 décembre à Rome, par une contestation tenace. Des manifestations ont perturbé la pacifique procession dans 25 villes. Plus on se rapproche du but, plus la tension est palpable. Dans une douzaine de villes, la progression de la flamme a subi des retards importants. A Parme, Vérone et Padoue, il a fallu modifier le parcours. A Gênes, la flamme a été éteinte une vingtaine de minutes.

Des heurts ont opposé les manifestants à la police à Crémone et à Venise. Les autorités craignent une montée en puissance lors de la traversée du Val di Susa. Cette vallée, qui accueillera 80 % des épreuves olympiques, s’est fait une réputation de rebelle s’opposant, cet automne, aux travaux préliminaires de la liaison ferroviaire Lyon-Turin.

Les groupes qui harcèlent quotidiennement les porteurs de la flamme ne sont pas des opposants au Jeux eux-mêmes. Militants écologistes, activistes d’extrême gauche ou sympathisants du Parti de la refondation communiste (PRC), ils profitent de l’écho médiatique pour rappeler leur refus de projets comme les lignes à grande vitesse (TAV), le système Moïse de digues mobiles sur la lagune de Venise ou encore le futur pont suspendu sur le détroit de Messine. Dans leur collimateur, surtout, il y a Coca-Cola, l’un des sponsors officiels de Torino 2006.

Depuis 2003, un mouvement de boycottage de la célèbre boisson d’Atlanta a recueilli près de 20 000 signatures en Italie. Les "No Coca" et les "No TAV" ont décidé de faire cause commune, avec le soutien de certains élus locaux. Le maire PRC de Bussoleno, l’une des cités du Val di Susa, a pris un arrêté interdisant la présence de stands, de banderoles, de camions publicitaires aux couleurs de la multinationale américaine lorsque la flamme traversera sa commune, le 5 février. "En Colombie, en Inde et dans le reste du monde, Coca-Cola est symbole de violation des droits de l’homme", a justifié l’élu communiste avant d’inviter les maires des communes voisines à l’imiter. Cette campagne contre l’un des gros contributeurs des Jeux (56 millions d’euros) consterne Mario Pescante, le superviseur des JO pour le gouvernement. Il a téléphoné à Fausto Bertinotti, le secrétaire du PRC, pour lui demander de retenir ses troupes. En vain.

Les autorités italiennes et les organisateurs des Jeux ne cachent pas leur inquiétude face à cette contestation très minoritaire mais incontrôlable, qui pourrait troubler la trêve olympique. Après avoir annoncé un plan de sécurité renforcé - six policiers pour un athlète -, le ministre de l’intérieur, Giuseppe Pisanu, a confié, mardi 24 janvier, qu’il ne craignait pas tant les attentats terroristes que " des actions peu violentes mais très dérangeantes".

Jean-Jacques Bozonnet (à Rome) Article paru dans l’édition du 28.01.06

LE MONDE | 27.01.06 | 15h35 • Mis à jour le 27.01.06 | 15h37

******************

La flamme olympique n’est plus sacrée

Samedi 28 janvier 2006 - ROME (AFP) - Elle a été victime d’un enlèvement, il a fallu modifier son parcours, parfois même l’éteindre : depuis son départ de Rome, le 8 décembre dernier, la flamme olympique a fait davantage parler d’elle pour les désagréments subis que pour l’engouement qu’elle a suscité.

Sa dernière péripétie sur le chemin qui doit la mener à Turin où elle éclairera les Jeux d’hiver n’est pas la moins spectaculaire. Lundi soir, dans les rues de Trente (nord-est), la championne italienne du demi-fond Eleonora Berlanda est bousculée par une poignée de contestataires qui réussissent à lui dérober le flambeau olympique. Les trouble-fête, des militants altermondialistes protestant contre un des sponsors de la flamme, Coca-Cola, sont rapidement maîtrisés, arrêtés, puis condamnés dans les jours qui suivent à des amendes de 3000 à 5000 euros.

Mais pendant un court instant, le feu symbolisant la paix universelle prônée par les Olympiades a complètement échappé aux organisateurs de son parcours.

Du jamais vu en 2700 ans

"En 2700 ans, ce n’était pas arrivé", s’est lamenté le sous-secrétaire aux Sports du gouvernement de Silvio Berlusconi, Mario Pescante, qui s’est dit "profondément amer et consterné".

Rarement en effet un voyage de flamme olympique aura été marqué par tant d’impondérables, après la bénédiction du pape Benoît XVI à Rome le 7 décembre, veille de son départ pour un tour de 11 300 km à travers l’Italie.

A Crémone (nord), des échauffourées ont opposé les forces de l’ordre à des manifestants venus crier leur hostilité à la construction de la ligne TGV Turin-Lyon.

A Gênes (ouest), des militants ont réussi éteindre la flamme, ressuscitée après seulement une vingtaine de minutes. Plus inspirés à Venise (nord-est), les organisateurs ont changé de parcours au dernier instant, réussissant à déjouer les plans des opposants au "Moïse", un projet controversé de digues mobiles destiné à sauvegarder la ville des inondations.

A chaque épisode, deux logiques s’affrontent. D’un côté, athlètes, vedettes du show-biz et spectateurs dégoûtés que l’on touche aux valeurs sacrées des Jeux. De l’autre, des militants ou responsables de la gauche radicale, des anarchistes ou des altermondialistes, soucieux de donner une visibilité à leurs revendications.

Interdite dans deux arrondissements de Rome

Tel est le cas de Sandro Medici et de Massimigliano Smeriglio, maires des Xe et XIe arrondissements de Rome et membres du Parti de Refondation Communiste (PRC), qui n’en finissent pas de savourer leur victoire arrachée l’automne dernier. Les deux élus avaient proposé avec succès à leurs équipes municipales de voter contre le passage de la flamme sur leur "territoire" pour soutenir une campagne internationale contre des répressions syndicales présumées de Coca-Cola en Colombie.

"Grâce à la médiation du maire de Rome Walter Veltroni, nous avons obtenu gain de cause, puisque Coca-Cola a promis de mener une enquête indépendante sur les conditions de travail dans ces usines, à laquelle nous serons associés", a expliqué à l’AFP Sandro Medici.

Un compromis vers lequel ne semble pas se diriger Giuseppe Joannas, maire PRC de Bussoleno, une petite commune perchée à 440 mètres d’altitude dans les Alpes italiennes. L’édile a lui aussi pris une ordonnance interdisant au logo de la boisson gazeuse de se montrer lors du passage de la flamme le 5 février. Un geste d’hostilité ajouté à d’autres qui font craindre à M. Pescante des difficultés "pour une nouvelle candidature à des événements olympiques".



Référence : http://cettesemaine.info/article.php3_id_article=306.html