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Naples : deuxième nuit d’affrontements sur la question des ordures

(22 octobre 2010)

par

Naples : réunion de crise avec Berlusconi après les heurts autour d’une décharge

Le Parisien, 22.10.2010, 09h53

Après une nouvelle nuit d’affrontements entre police et riverains opposés à l’utilisation d’une décharge de déchets près de Naples, Silvio Berlusconi tenait vendredi une réunion de crise sur ce dossier sensible ayant contribué à sa victoire et son retour au pouvoir en 2008.

La réunion a commencé après un conseil des ministres également consacré au problème des déchets, selon le ministre des Affaires européennes, Andrea Ronchi, qui a fait part de la "grande préoccupation du gouvernement".

Sur le terrain, la police et les pompiers ont déblayé dans la matinée des barrages routiers érigés par les habitants, et une vingtaine de camions ont pu atteindre la décharge Sari à Terzigno, à 20 km au sud de Naples (sud).

Une personne a été arrêtée pour détention d’explosifs, mais il n’y a pas eu de blessés contrairement à la nuit précédente quand une vingtaine de policiers avaient été légèrement touchés.

Cela fait près d’une semaine que la population de Terzigno manifeste toutes les nuits contre l’utilisation du site, parvenu selon elle à saturation, et contre l’ouverture d’une deuxième décharge appelée à devenir l’une des plus grandes d’Europe avec une capacité de 3 millions de tonnes.

Les habitants montent des barricades de matelas, déchets et troncs d’arbres. Quand la police en tenue anti-émeute charge, ils ripostent par des lancers de gros pétards, de feux d’artifices ou de pierres, des scènes qualifiées de "guérilla urbaine" par les médias italiens. Dans le centre de Naples, des montagnes de déchets ont recommencé à s’accumuler rappelant les images de la crise de 2007/2008 quand des dizaines de milliers de tonnes avaient envahi la ville jusqu’au centre historique.

Mal géré par le gouvernement de centre gauche de Romano Prodi, la crise des déchets avait contribué à la victoire de M. Berlusconi aux législatives de 2008 et à son retour au pouvoir.

Malgré l’opposition des riverains, le président de la Campanie (région où se trouve Naples), Stefano Caldoro, membre du Peuple de la liberté (PDL), le parti de Berlusconi, a affiché sa détermination. "La deuxième décharge de Terzigno sera réalisée" mais "elle sera sûre, moderne et sans risques pour les citoyens", a-t-il assuré au journal Repubblica.

M. Caldoro a dit avoir hérité d’un problème vieux d’"au moins 15 ans", trouvant son origine, selon lui, dans l’infiltration de la camorra, la mafia napolitaine mais aussi dans l’incurie d’administrations locales qui n’ont pas installé suffisamment de décharges, d’incinérateurs ni mis correctement en place le tri sélectif. Les riverains de la décharge, située à environ 800 m des premières habitations et à 8 km environ du site archéologique de Pompéi, affirment que la nappe phréatique est polluée et se plaignent d’émanations pestilentielles qui provoquent des maladies respiratoires notamment chez les enfants et les obligent à garder les fenêtres constamment fermées. A côté d’une poignée d’émeutiers masqués, beaucoup de manifestants de Terzigno sont pacifiques notamment les "mères du Vésuve", un groupe de femmes mobilisées depuis des semaines avec leurs jeunes enfants.

Vendredi, les villages de la zone (Terzigno, Boscoreale, Boscotrecase) célébraient la fête de "la Madonne des Neiges", incarnation de la Vierge qui, selon la légende, les sauva lors de la grande éruption de 1822 en arrêtant l’émission de lave et cendres. A Terzigno, une pancarte l’invoquait en lui demandant d’"arrêter les déchets comme vous avez stoppé la lave".

La zone est proche du parc national du Vésuve, une réserve naturelle à la faune et flore protégées située sur les flancs du volcan toujours en activité dont des éruptions détruisirent Pompéi et Herculaneum.



Référence : http://cettesemaine.info/article.php3_id_article=3622.html