Le 3 décembre 98, plus d’une vingtaine de squatteuses, squatteurs et solidaires décident d’occuper les locaux de la Compagnie des Eaux du XXe arrondissement de Paris. En effet, après s’être fait couper l’eau, les habitant-e-s du 11, rue des Orteaux engagent plusieurs démarches administratives non fructueuses pour se faire réinstaller l’eau. A croire que, quand on est aimables et complaisants, on n’obtient pas grand-chose… C’est pourquoi les quelques squatteuses, squatteurs et leurs ami-e-s se déplacent pour débloquer rapidement la situation, de façon offensive et ouverte. Les locaux, envahis par des pauvres, des chômeur-euse-s et je ne sais quoi qui se servent des photocopieuses, des téléphones et boivent le bon café du directeur, ne ressemblent plus vraiment à ce qu’ils sont d’habitude. Après quelques heures de parlote, un contrat est accordé, et la morale de l’histoire c’est qu’il ne faut pas hésiter à bousculer les services administratifs et bureaucratiques pour obtenir satisfaction. L’action directe est toujours plus efficace (et plus intéressante) que la pleurnicherie.
KAROSHI

Tract distribué ce jour-là par les occupants :

ON VEUT PÔ D'VIN MAIS D'L'Ô !

L'eau, ce besoin vital pour tou-te-s, est aujourd'hui sous le contrôle de quelques compagnies qui n'ont pas hésité à en faire une marchandise. Elles se permettent de punir les plus pauvres, pour mieux servir les plus riches (accumulation des dettes des propriétaires et des entreprises, tarifs privilégiés, etc.).

Avoir le droit de couper l'eau, c'est encore frapper sur les plus défavorisées (des familles, des chômeur-se-s, des précaires, des squatteur-se-s, etc.) avec comme seule contrepartie, pour se donner bonne conscience, un robinet sur le trottoir, le fameux " col de cygne ". La belle affaire ! Lorsqu'on habite au quatrième étage, avec des enfants en bas âge, quelle joie d'aller chercher des seaux d'eau sous le pluie ! Sans parler de l'humiliation...

Nous refusons cette punition arbitraire qui ne fait qu'empirer la situation des gens.

Nous n'allons pas revenir sur la nécessité d'avoir l'eau courante, tout le monde en a conscience : pour boire, bien sûr, mais aussi pour se laver, faire la vaisselle, aller aux WC, cuisiner, etc. En d'autres plaines, steppes ou montagnes, nous pourrions adapter notre besoin d'eau à la nature (sources, lacs, recyclage des pluies... ). Mais dans le monde de béton que les planificateurs des villes nous ont laissé, il est évident que nous sommes dépendantes des " propriétaires " de cette eau, tout comme nous sommes dépendantes des "propriétaires ", de l'énergie électrique. A noter qu'EDF non plus ne manque pas d'imagination pour mieux restreindre ses client-e-s les plus pauvres : compteurs à cartes, compteurs à débit énergétique restreint qui permettent d'alimenter uniquement une ampoule et une plaque électrique (joyeux Noël !). Et si ça ne suffit pas, il reste toujours la coupure pure et simple. Dans tous les cas, il y a la volonté de transformer des besoins vitaux en services de luxe, et ce sont les pauvres qui en font les frais.

Quand nous feront-ils payer l'air que l'on respire ?

En attendant, la trentaine d'adultes et d'enfants qui habitent le 11, rue des Orteaux ne peuvent pas se passer d'eau.

C'est pourquoi nous occupons aujourd'hui les locaux de la Compagnie des Eaux.

Nous demandons l'arrêt de toutes les coupures d'eau et la remise en service de l'alimentation du 11, rue des Orteaux !

Nous invitons toutes les personnes ayant des difficultés de paiement, ou se sentant concernées, à nous rejoindre.

L'eau n'est ni un luxe ni une marchandise ! Qu'elle coule à flots pour tou-te-s !

Les habitant-e-s et occupant-e-s du 11, rue des Orteaux.

[Tract reproduit dans Karoshi n°1, été 1999]