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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Amour divin et amour anarchiste
Article mis en ligne le 19 mars 2014
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Amour divin et amour anarchiste

« L’amour vrai, réel, expression d’une nécessité mutuelle et égale, ne peut exister qu’entre égaux  ».
Bakounine.

Séville. Fin de l’année 2013 [Ndt : en réalité le 5 janvier 2014, voir ici]. Des inconnus attaquent une église par le feu. Personne ne revendique rien ; cela n’est pas nécessaire. A Séville, comme dans le reste de l’Andalousie, l’Eglise (avec une majuscule, l’Institution) possède une grande tradition de complicité avec le système des caciques et la bourgeoisie locale pour ce qui est de réprimer les pauvres - et pas seulement spirituellement. Chacun peut comprendre le (ou les) motivations d’une telle action. La presse montre les images du temple. Timidement, sur un des murs de l’édifice, on peut lire un tag faisant clairement allusion à des prisonniers anarchistes.

Ces derniers mois, les attaques contre cette institution, les tags et autres actes de “vandalisme” se sont multipliés. Croyaient-ils que le rôle de l’Eglise dans la législation contre l’avortement passerait inaperçu ?
Mónica et Francisco, deux anarchistes chiliens qui vivaient à Barcelone, ont été arrêtés et se trouvent actuellement en prison, sous le coup de la loi antiterroriste, accusés d’avoir, selon la police, attaqué une église, la Basílica del Pilar, à Saragosse, de conspirer en vue attaquer la cathédrale de Montserrat (Barcelone), et d’appartenir en outre à une supposée organisation terroriste qui n’existe que dans la tête des flics et du juge Eloy Velasco. Tout en ne reconnaissant pas les accusations et en ne revendiquant pas les faits qui leurs sont reprochés, ils s’affirment en même temps anarchistes et ont souligné dans leurs lettres leur position d’affrontement contre ce monde de merde ; et comme le disait un vieux poète, celui qui fait cela, celui qui affirme une position réfractaire “est déjà jugé, les couteaux sont affûtés et les hyènes rient”. Le plus grossier dans leur arrestation (avec trois autres compagnons libérés mais sous le coup des mêmes accusations), c’est la complicité et l’alliance manifeste entre la presse, la police et l’Etat, ou plutôt LES Etats. En effet, l’Etat chilien a joué un rôle clair dans tout cela. Quel est l’intérêt de l’Etat chilien ? Mónica et Francisco viennent d’être acquittés dans l’affaire que l’Etat chilien a menée plus de deux ans durant contre plus d’une douzaine d’anarchistes et d’antiautoritaires, affaire connue sous le nom de “Caso bombas”. Cette histoire a fini par démontrer d’elle-même qu’elle n’était qu’un bricolage mal ficelé et a placé le parquet, et la justice chilienne en général, dans une position délicate dont elle pourra difficilement sortir. Mais l’Etat ne pardonne pas.

Et soudain, sortent des bouches ces bruits, de fausses tonalités avec des mouvements de mandibules, tous les autres gardent le silence” continue le vieux poète. Contre la propagande de l’Etat et ce qu’il appelle l’"opinion publique" (c’est-à-dire la répétition jusqu’à satiété de SES propres messages, faisant croire que ce sont des messages généraux), on ne peut guère que rire. Et agir.

Une fille est arrêtée pour avoir fait des tags contre la loi sur l’avortement sur la façade de la même église à Séville. La police, comme dans un de ses plus minables manuels, croit tenir la “coupable” de l’incendie survenu quelques mois auparavant. Absurde. Ridicule. Selon leurs théories, “on revient toujours sur les lieux du crime”. Selon nous, “vous êtes vraiment des cons”. Cette accusation n’ira certainement pas plus loin qu’une amende pour tags, mais la fantaisie policière nous met face à quelque chose que nous n’avions peut-être pas tous remarqué : pendant que certains, comme nous, luttent contre les lois qui cherchent à nous rendre toujours plus dépendants de l’Etat et de sa divinité, toujours plus soumis et adaptés au rôle que Dieu (et le patriarcat) nous assigne, des compagnons sont emprisonnés et accusés d’attaquer les institutions répressives.

Pendant ce temps, l’Eglise nous parle d’amour. Tandis qu’elle condamne à mort des milliers de femmes chaque année, tant d’autres à la misère, à la prison (avorter est puni par de dures condamnations dans de nombreux pays, pour celles qui survivent à un avortement dans des conditions terribles), elle nous parle d’amour. L’amour dont nous parle l’Eglise est l’amour soumis, l’amour de l’opprimé envers son maître, celui de l’esclave qui attend de son supérieur (Dieu, le patron, le père, le mari, l’Etat) qu’il lui concède la vie ou la mort.

Quand à nous, nous parlons d’un autre amour. De l’amour pour nos compagnon-ne-s, pour celles et ceux qui luttent, qui résistent, qui ne baissent pas la tête. Un amour complice, par delà leurs grilles, leurs accusations, leurs lois, leurs menaces et leurs châtiments. L’amour envers celles et ceux qui cherchent la liberté. L’amour de la liberté elle-même, même si nous n’avons ni même pu l’imaginer.

Contre toute loi qui cherche à s’immiscer dans nos corps, dans nos vies, en particulier celle sur l’avortement mais pas seulement, et contre la loi antiterroriste.
Solidarité avec Mónica et Francisco.
L’Eglise et l’Etat sont les terroristes.

Des anarchistes
Barcelone, 19 mars 2014

[Traduction de l’espagnol de Indy Barcelone, 19 mar 2014]

A propos de l’arrestation des 5 compas de Barcelone, on pourra lire "Barcelone : cinq compagnons arrêtés après une attaque explosive" (14 novembre 2013) ; "Barcelone : Deux textes espagnols sur les récentes arrestations" (18 novembre 2013) ; "Espagne : deux nouveaux textes sur les arrestations de Barcelone" (23 novembre 2013) ; "S’ils touchent à l’un d’entre nous... Solidarité avec Mónica et Francisco" (janvier 2014)


Pour écrire aux compagnons :

Mónica Caballero Sepúlveda
Centro Penitenciario Ávila
Ctra. de Vicolozano-Brieva, s/n
05194 Brieva
Ávila (España)

Francisco Javier Solar Domínguez
Centro Penitenciario Córdoba
Autovía de Madrid-Cádiz Km 391
14014 Córdoba (España)

Les deux compagnons se trouvent en régime FIES 3, selon l’article 10, et de plus Francisco, jusqu’au jour d’aujourd’hui et depuis un mois ou plus, se trouve dans un module de punition où il est en isolement.