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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Larmes sélectives
Article mis en ligne le 25 novembre 2015
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Beaucoup de monde est descendu dans la rue, dimanche 15 novembre, pour exprimer sa solidarité avec la France, choqués par la furie terroriste des fondamentalistes islamistes, et Lecce n’a pas fait exception, avec plusieurs centaines de personnes lors d’une manifestation organisée par le PD (Parti démocrate, au pouvoir), la plupart des syndicats et des conseils municipaux. Entourés de gens sensibles, les organisateurs n’auront pas manqué de condamner le massacre et de s’émouvoir sur les victimes, ce qui aurait pu être digne, si ce n’est qu’ils avaient perdu de vue quelque chose : que pour eux, les morts ne sont pas tous égaux.

On ne les a pas vus dans les rues, par exemple, lorsqu’un bombardement de l’OTAN en Afghanistan a détruit un hôpital, emportant du même coup la vie de plusieurs dizaines de médecins, infirmiers et patients, on ne les y a pas vus non plus lorsque les bombes et les projectiles des islamistes ont fait des massacres dans une autre région du monde, loin de l’Occident, et pas non plus, tous ces si sensibles élus du Parti Démocrate, lorsque leur ex-leader D’Alema –il y a plus de quinze ans– décidait de faire des massacres de civils de l’autre côté de la mer Adriatique en inaugurant la saison des "guerres humanitaires". Juste pour donner quelques exemples.

Dans tous ces cas, y compris lors des derniers attentats de Paris, la mort a été distribuée de manière indiscriminée, terrorisant les populations. C’est l’essence même du terrorisme. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que le terrorisme est l’arme commune, et privilégiée, de tous les Etats, qu’il s’agisse d’Etats démocratiques qui entendent exporter la démocratie, ou qu’il s’agisse d’Etats islamiques qui entendent imposer la charia. Que cela vienne de généraux "qui s’illustrèrent lors de batailles avec des cimetières de croix sur la poitrine" * ou de combattants qui se vantent de combien d’infidèles ils ont réussi à tuer, l’essence de leurs actes est exactement la même. Que la terreur vienne du ciel, par un missile balancé sur un village par un drone, ou qu’elle vienne de la terre, par une voiture bourrée d’explosifs au milieu d’un marché, le but est toujours le même : inspirer la terreur.

La violence étatique et le fondamentalisme religieux ne se combattent pas entre eux parce qu’ils sont ennemis, mais parce qu’ils sont concurrents ; ce sont les deux faces d’une même médaille qui essayent d’imposer leurs choix en adoptant la même méthode. Ce qui change est seulement la perception que chacun a, là où il vit, de ce déploiement de forces ; une perception forgée par des années de propagande de l’un ou de l’autre côté, avec pour conséquence une perte de la capacité à regarder, penser, raisonner et comprendre subjectivement le monde qui nous entoure, sans aucun brouillage.

Si nous étions capables de le faire, nous nous rendrions clairement compte de ce qui est en train d’arriver ces derniers jours : exploitant la vague d’émotion, et au prétexte de protéger notre liberté, on tente d’appliquer des mesures liberticides. C’est ainsi que doivent être interprétés les rumeurs sur l’arrivée d’ "agents de l’anti-terrorisme" à Lecce, ou l’intention déclarée d’y étendre encore plus la vidéosurveillance : comme un pas supplémentaire vers plus de contrôle étatique.

NdT : vers de la chanson de Fabrizio de André, Dormono sulla collina (1971).

[Traduit de l’italien de Brecce n°4 (Lecce), journal mural @périodique, novembre 2015, p.2]