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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Distr(a)ctions
Article mis en ligne le 4 décembre 2015
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« L’inconscient se venge la nuit. »
Louis Scutenaire

Bruxelles, la capitale de l’Europe, est une ville sous état de siège. Les soldats —mitraillettes en joue et doigt sur la gâchette— y patrouillent jour et nuit.

A partir de maintenant, quiconque est animé de mauvaises intentions, et pas seulement celles qui exhortent à la guerre sainte, doit apprendre à marcher dans les rues en rasant les murs et la tête baissée. La vie du centre de ce pays, qui est aussi celui du centre politique du vieux continent, doit s’écouler de manière tranquille, normalisée, pacifiée. C’est le but de toute surveillance, le sens même de la paix sociale : rien ne doit se passer.

Et en effet rien ne s’est passé à Bruxelles la nuit du 29 au 30 novembre. Tout était sous contrôle. Mais dans la région de Ath, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest, quelqu’un a incendié en plusieurs points les câbles du réseau ferroviaire de la grande vitesse. Le lendemain, plus de Thalys ni d’Eurostar qui relient Bruxelles à Londres ou Paris, plus de TGV en direction du sud de la France. Tout était bloqué. Parmi les noms exquis de ceux qui ont du annuler leurs rendez-vous à cause du sabotage, figure également celui du ministre français de l’Economie, attendu dans la capitale belge pour un sommet avec ses "homologues" européens, mais aussi plusieurs de ses collègues belges qui se rendaient à la Cop21.

Non, il ne s’est vraiment rien passé à Bruxelles la nuit du 29 au 30 novembre. Tout était sous contrôle. Mais à Heverlée, situé à une trentaine de kilomètres à l’est, quelqu’un est entré dans la caserne qui fait office de siège des forces spéciales et des services secrets. Il s’est rapproché de plusieurs véhicules militaires, sous lesquels il a placé des engins incendiaires artisanaux. La chance a aidé des audacieux (qui ont pu s’éloigner sans problème), mais pas le climat : la mèche s’est éteinte, peut-être à cause de l’humidité nocturne. La chaleur n’est donc pas montée à l’intérieur du périmètre militaire le plus surveillé et protégé de Belgique, mais seulement sur les joues de toutes les autorités.
Malgré des milliers de soldats déployés sur le territoire, malgré l’alerte au niveau maximum, quelqu’un a défié l’Etat et l’a humilié en pénétrant juste sous leur nez chez ses forces d’élite.

Ces deux événements concomitants (peu importe si c’est par hasard ou par choix) sont une magnifique démonstration que rien ne pourra jamais arrêter une volonté individuelle armée de détermination. Du centre à la périphérie, il y a une civilisation entière à détruire. Parlements et Assemblées, mesures législatives et calculs politiques, raisons d’Etat et stratégies de mouvement, gel social et brise activiste... rien ni personne ne peut réussir à étouffer ce feu nommé liberté.

[Traduit de l’italien de finimondo, 3/12/15]