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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Odium fidei, sur le rôle de l’Eglise et la nécessité de s’en prendre à elle
Article mis en ligne le 27 juillet 2014
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Malgré l’influence historique de l’église catholique en Espagne, depuis la Sainte-Inquisition, les croisades et l’expansion coloniale ; malgré le fort endoctrinement que cela a signifié socialement, ou peut-être justement pour tout cela, diverses vagues anticléricales ont secoué la Péninsule à différentes reprises, brûlant temples et couvents.

Au milieu du XIXe siècle, au cours des bullangues [tumultes] de Catalogne, des églises furent attaquées en même temps que d’autres symboles de l’absolutisme royal. Plus tard, lors de la Semaine Tragique en 1909, une orgie de feu et de ferveur athéiste rasa la plupart des bâtiments religieux de Barcelone. Par la suite, une attaque généralisée des institutions ecclésiastiques se déchaîna à Madrid et quelques autres villes comme Malaga, Cádiz ou Alicante, au cours de ce qu’on a appelé plus tard L’incendie de couvents de 1931. Et bien entendu, lors du court été de l’anarchie de 1936, une grande partie des symboles du catholicisme furent de nouveau saccagés et réduits en cendre sur l’ensemble du territoire. Par ailleurs, hormis ces attaques de masse, des actions plus isolées ont continué à se produire jusqu’au jour d’aujourd’hui, que ce soit avec des bombes, par l’incendie ou sous la forme d’attentats contre des membres du clergé. En effet, l’Eglise et ses temples ont été, sont et resteront un ennemi naturel des anarchistes. Un ennemi qu’on ne peut oublier sur le chemin vers la libération totale. Cet Odium fidei est le fruit de siècles de domination et de répression catholique au cours desquels elle a toujours été du côté du pouvoir, des Etats, des intérêts économiques. Son impact sur l’histoire de l’humanité s’est traduit par une série d’atrocités s’enchaînant les unes après les autres : guerres, invasions, pillages, viols, tortures, assassinats, esclavage, allant de pair avec les idylles la liant aux grands empires, aux monarchies absolues, aux dictatures fascistes ou au capitalisme le plus sauvage, rien ne manque au tableau sous le signe de la foi.

L’acceptation du concept de “péché” établit la ligne de séparation entre ce qui est moralement acceptable et ce qui est reprochable au regard de l’église catholique, privant l’individu de sa propre capacité à penser et décider, et le préparant à accepter une autorité sur sa vie dépassant ses impulsions et ses intérêts propres. L’endoctrinement patriarcal a converti le plaisir en péché et a rendu impures les femmes, qu’il a tenté de maintenir soumises au rôle de mère dévouée et d ’épouse soumise, les assujettissant, les réduisant à une fonction de fabricantes de prolétaires à exploiter (en cela la différence avec le marxisme est assez ténue), les aliénant en grand partie à leur corps, ainsi qu’aux hommes, et justifiant de manière très particulière leur position sociale. Ils se sont aussi permis de condamner et de poursuivre l’homosexualité comme tout ce qui peut s’éloigner de ces rôles bien définis et de cette sexualité normative. Le contrôle de l’éducation à l’obéissance, avec leur main de fer, a permis d’enraciner de force leur morale chrétienne, nous rendant moins confiants et plus dociles, moins autonomes et libres, nous éloignant de notre perspective présente et terrestre, et nous domestiquant pour accepter l’autorité, le pardon et la culpabilité. Encenser le divin, le monde de la foi, aveugle les possibilités qu’offre l’incertitude présente, tout en pathologisant nos vies avec la souffrance, la peur et la résignation.

Comme si ne suffisaient pas toutes ces choses que l’on peut reprocher à l’église -en l’occurrence catholique-, une des plus aberrantes a été sa complicité, quand cela n’a pas été sa participation active, dans l’expansion de divers impérialismes tout au long de l’Histoire et son soutien plus ou moins actif aux génocides et à l’esclavage.

A partir du XVe siècle, les conquistadores castillans sont allés, au nom de dieu et avec la bénédiction du Pape, en Amérique pour exploiter, conquérir, coloniser et massacrer des milliers de personnes, peuples et tribus. Plus de quarante millions de morts, des dizaines de milliers de viols et un pillage sans précédent de la nature et des richesses des peuples américains. La blague a coûté cher aux habitants originaires du continent, que le despote du nom de Christophe Colomb aurait découvert selon l’Histoire occidentale. L’Eglise a joué un rôle de protagoniste dans ce génocide aberrant, dirigeant ce qu’on a appelé les « réductions », toujours au nom de dieu, de la charité et des pauvres, bien sûr. Il s’agissait en réalité de véritables camps de concentration où s’entassaient les indiens à qui on imposait la foi catholique (évangélisation), la langue castillane, la culture et le mode de vie des conquérants, et tant qu’on y est, où on les obligeait à travailler dans des conditions d’esclavage explicite pour l’Église Catholique et la Couronne de Castille, puissance mondiale à ce moment-là.

Certes, quelques prêtres jésuites ont protesté et dénoncé ces faits, à titre individuel, comme par exemple Bartolomé de las Casas, mais il n’en reste pas moins vrai que ces sacerdotes et leurs ordres religieux n’ont jamais condamné l’esclavage (c’est même sur leur initiative que des noirs africains ont été amenés en Amérique comme esclaves, n’ayant pas le statut de personnes), et leurs disputes se limitaient à la manière dont le pouvoir gérait la “noble” institution fondée par Saint Paul.

Guère plus tard, au XVIe siècle, la séparation des Eglises protestantes de la catholique déclencha des guerres de religion dans tout le centre de l’Europe, les deux Eglises cherchant à étendre leur emprise. Elles n’eurent cependant aucun mal à se mettre d’accord pour écraser les révoltes paysannes et prêcher l’obéissance qu’un serf doit à son seigneur. Ces révoltes écrasées accélérèrent la paix et la coexistence, tendue mais pacifique, des deux credo chrétiens. Le nombre de morts s’est élevé à deux cent mille. A cette époque, la guerre contre l’Islam (et contre l’Empire turc musulman) a aussi connu une certaine recrudescence (après le Moyen-Age où elle recouvrait des motifs politiques et économiques sous prétexte de lutter contre les infidèles auquel ont rapidement adhéré les chrétiens).

L’Eglise avait déjà une longue expérience en impérialisme et en guerres de religion, puisqu’elle avait déjà lancé des milliers de mercenaires dans les croisades, avec la justification de la foi et la motivation du butin, non seulement contre les musulmans du moyen-orient, mais aussi contre d’autres chrétiens de la Baltique, dont le crime était d’appartenir à une autre ethnie et de vivre sur des terres convoitées par la papauté.

Sans nous étendre beaucoup plus, nous pourrions parler de la collaboration de l’Eglise avec les nazis, soutenant l’église catholique allemande et le régime d’Hitler, et le Pape se taisant face au génocide qui ôta la vie à plus de 6 millions de personnes (plus de cinq millions étaient d’origine juive, mais il y avait aussi des gitans et d’autres « non-aryens », ainsi que des musulmans, des communistes, des anarchistes et des personnes d’autres tendances politiques). Plutôt étrange que l’Eglise se soit tue, alors qu’elle n’a jamais su fermer sa gueule quand les politiques d’un Etat ne vont pas dans le sens de consolider son pouvoir. Les Etats ne sont évidemment pas moins responsables que les Eglises et que le capitalisme de ces incartades si fréquentes tout au long de l’histoire humaine depuis que l’autorité existe sous sa forme institutionnalisée.

Aujourd’hui, même si le clergé a perdu du terrain dans son influence sociale, il continue à maintenir en tant qu’institution son statut de pouvoir, avec ses privilèges exquis, son immense patrimoine et sa fortune incalculable. L’héritage catholique est encore palpable de nos jours dans les codes moraux du citoyen, dans les familles patriarcales, dans la sexualité réprimée, dans l’altruisme caritatif. L’église peut bien geindre et se déguiser en agneau pour se faire passer pour une victime, elle reste de fait l’une des multiples serres de l’oppression et doit donc être traitée en tant que telle. Toute attaque contre cette institution en particulier ne peut qu’être bien reçue [en fonction du pourquoi elle est menée, NdT].

Aujourd’hui comme hier, l’Eglise est un ennemi très réel que nous devons combattre aussi bien physiquement que sous sa forme résiduelle, en détruisant au quotidien toute trace de son dogme si dangereusement intériorisé.

Contre les bergers, contre les troupeaux …

Celui qui a affirmé qu’on ne peut penser librement à l’ombre d’une chapelle ne s’est pas trompé, expression qui veut souligner le rejet de l’ancien, de ce qui a été construit par la force, le rejet d’un monde d’oppression avec lequel il est impossible de coexister pacifiquement. Et pour pouvoir commencer à penser réellement, sans les poids morts qui posent par avance de fausses questions, il faut commencer vraiment, ou vraiment continuer à tout questionner par la pratique, avec la capacité de nous révolter, en jouant toujours plus finement, en frappant de mille manières possibles, en brisant… Il y a beaucoup d’exemples d’attaques contre l’Eglise tout au long de l’histoire. Les GARI, par exemple, le savaient, lorsque dans les années 70, ils incendièrent 13 autobus de pèlerins espagnols à Lourdes [juillet 1974], comme longtemps avant, au début du siècle passé et dans les années 30, des icônes religieuses et même des églises furent détruites ici par le feu de la foule révolutionnaire. Aujourd’hui encore, des gestes rebelles continuent de frapper cette néfaste institution.

Certains ont aussi affirmé en une autre occasion qu’à force de tant penser à préparer la révolution du futur, on finit par trop respecter le présent, ce à quoi nous pourrions ajouter qu’à force de tant insister sur le passé de luttes sans comprendre l’aujourd’hui, on néglige et on méprise le présent qu’on finit par sous-estimer pour être trop pauvre en comparaison. Nous sommes beaucoup d’anarchistes et de rebelles à comprendre le présent comme un présent de lutte, à rejeter l’attente et les remises à plus tard. Sur l’ensemble de la planète, nombreux sont celles et ceux qui refusent d’obéir et se révoltent, y compris dans les “pires conditions”, en prenant des risques et en faisant des efforts pour continuer à avancer. La machine démocratique a fait croire à beaucoup que la liberté existe, dans le cadre de certaines limites imposant le consensus social et le vivre en “paix”. Nous sommes beaucoup à savoir que la liberté n’est octroyée par personne, elle existe ou elle n’existe pas. La construction d’un imaginaire qui est basé sur le suivisme ne contribue qu’à renforcer le système. Les “actes de foi” vis à vis des bergers des partis -grands ou petits-, des syndicats, etc. en croyant qu’ils apporteront des solutions “magiques” pour la survie ne font que rendre toujours plus lointains les désirs et les comportements combatifs qui, eux, prétendent détruire complètement la soumission, la délégation, et se mettent en quête de choses vraiment nouvelles qui restent à imaginer. Un credo cherche à s’installer depuis longtemps : la foi inébranlable dans un système dégoûtant et abominable. Les bergers restent les mêmes… ne participons pas au troupeau…

La seule Église qui illumine… est celle qui brûle !

Nous n’oublions pas nos compagnons incarcérés par l’Etat, à tou-tes les rebelles, un salut chaleureux et combatif à Mónica Caballero, Francisco Solar, Gabriel Pombo da Silva, Nikos Maziotis, récemment arrêté par l’Etat grec après deux ans de clandestinité. En ayant toujours à l’esprit tou-tes les anarchistes, antiautoritaires, et rebelles sous le coup de la répression, nous continuons la lutte !

Salut et Anarchie !

[Traduit de l’espagnol de Contra info, 25 July 2014]