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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Bobigny (Seine St Denis) : les pacificateurs de la révolte débordés [re-mis à jour]
Article mis en ligne le 12 février 2017
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[Des politiciens à la tribune qui appellent au calme et des pacificateurs qui font chanter La Marseillaise à une partie de la foule (tandis que l’autre la siffle), puis reprendre le slogan "Nous sommes des Français !", c’était aussi ça ce rassemblement solidaire à Bobigny devant le tribunal. Tout comme les habituels grands frères, à l’image du rappeur à la mode Fianso (Sofiane) et ses potes, qui appellent à rentrer chez soi plutôt que d’affronter les keufs, "pour que les petits dorment ce soir chez leur mère" et "pour ne pas salir l’image des Noirs et des Arabes", ou encore cet ignoble slogan "les violeurs en prison !" lui aussi scandé par la foule, certes parmi d’autres ("Flics, violeurs, assassins !", "Tout le monde déteste la police", "Justice pour Théo"). Le tout était bien sûr en droite ligne avec les déclarations de Théo du 7 février adressée à "ma ville" depuis son lit d’hôpital, face un parterre de journaflics et juste avant de serrer la paluche du Président Hollande : "Les gars, stop à la guerre. Soyons unis. J’ai confiance en la justice. Et la justice sera faite. Donc, stop à la guerre."

Bien sûr, tout dispositif pacificateur a ses limites, et une partie des manifestants plus mobile et moins rassembleuse a affronté les flics à la fin, pillé un Franprix, un Decathlon, une station service ou un Speedy, défoncé banques et assurances, un Mc Do, et des bâtiments institutionnels (dont le siège du conseil départemental), saccagé la gare routière de Bobigny, cramé le camion de RTL ou attaqué celui d’Europe 1,... Comme quoi, la rage a souvent ses propres raisons qui peuvent allègrement déborder toute proposition raisonnable. Quant à la révolte, pour se répandre, elle devra aussi passer sur le corps de tous les pacificateurs de service et briser la ritournelle citoyenniste qui infecte les cerveaux. Que crève toute Justice (et ses rapports : innocent, coupable, victime, impunité, prison, tribunal,...) !

NB : 37 personnes interpellées étaient en garde-à-vue samedi soir, 8 l’étaient encore dimanche soir (GaV prolongée, dont 2 mineurs), plus 1 qui devrait passer en comparution immédiate demain lundi au tribunal de Bobigny pour "détention d’engin incendiaire".]


Bobigny : 31 interpellations après la manifestation pour Théo

Le Parisien | 12 février 2017, 10h50

Trente et une personnes ont été interpellées pour « vol en réunion » ou « dégradations volontaires » suite aux débordements survenus en marge de la manifestation contre les violences policières, organisée samedi après-midi à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Un CRS a été légèrement blessé par un jet de projectile.

Trente-neuf voitures ont été incendiées, dont 14 par propagation, ainsi que 19 poubelles. A Aulnay-sous-Bois, ville où a été interpellé Théo — le jeune mutilé par une matraque au rectum par un policier lors de son interpellation le 2 février et auquel les manifestants étaient venus apporter leur soutien — deux véhicules ont été incendiés. « Les faits ont eu lieu en début de soirée, la situation s’est calmée vers minuit  », souligne la préfecture de Seine-Saint-Denis.

De nombreuses dégradations ont été recensées dans la commune de Bobigny, notamment au supermarché Franprix où une cinquantaine d’individus ont pénétré dans les locaux, dérobé de l’alcool et environ 1 000 €. Des vitres du conseil départemental de Seine-Saint-Denis ont également été cassées, ainsi que l’ensemble des abribus de la gare routière. Neuf personnes ont également réussi à entrer dans le Décathlon de Noisy-le-Sec et à voler des vélos avant d’être arrêtés par les forces de l’ordre.


[93] Récit de l’émeute de samedi à Bobigny, pour Théo, contre la police

Indy Nantes, 12 février 2017

Ce samedi 11 février, un rassemblement "Justice pour Adama, justice pour Théo, justice pour toutes les victimes de la police" était appelé à 16h devant le palais de justice de Bobigny.

Sinistre lieu, que ce tribunal, où des condamnations tombent chaque semaine, créant des rancoeurs et de la tristesse chez beaucoup d’habitant-e-s de Seine-Saint-Denis... Parce que la "justice", on sait comment elle fonctionne, à protéger les riches, on dit parfois que c’est une justice à deux vitesses mais en réalité elle en a bien plus que ça, avec ses réflexes de classe dominante et son racisme institutionnalisé elle porte bien mal son nom [sic].

Bref, je me doutais que le tribunal serait sous haute protection policière, vu qu’on serait beaucoup à s’y rassembler sans vraiment porter ce lieu dans notre coeur...

Arrivé-e-s en retard avec quelques potes, on est agréablement surpris-es en voyant des milliers de personnes (à vue de nez, quelque chose comme 4 000 ?) rassemblées dans le parc situé en contrebas du tribunal. Les flics dominent la scène de haut depuis la passerelle qui mène au tribunal. Il y en a aussi un paquet tout autour, ça pue la flicaille à plein nez. Mais on est aussi super nombreux-nombreuses, et il y a de tout ici, ça fait plaisir à voir, on voit bien que même s’il y a surtout des jeunes des quartiers du 93, il y a aussi des gens d’ailleurs et de toutes générations.

Quelques prises de parole ont lieu, mais vous m’excuserez je ne peux pas en dire grand-chose, j’ai pas trop écouté... Quelques personnes diffent des tracts, notamment pour la marche pour la justice et la dignité du 19 mars prochain, ou le tract "Solidarité avec Théo" écrit par des anarchistes du 93. Il y a aussi quelques communistes paumé-e-s du journal stal Le Bolchevik ou du Parti ouvrier indépendant démocratique. Des drapeaux de la Ligue des Droits de l’Homme, aussi, ainsi que quelques drapeaux anarchistes (noir et rose, noir et rouge).

Divers slogans sont entonnés par la foule ("Flics, violeurs, assassins", "Justice pour Théo", "Tout le monde déteste la police", "Zyed, Bouna, Théo et Adama, on n’oublie pas, on ne pardonne pas"), et vers 16h50 des premières pierres sont lancées sur les flics. Puis un feu d’artifice, et une grande partie de la foule se dirige vers les bâtiments du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, puis vers la passerelle où les flics anti-émeute empêchent l’accès au tribunal. Le caillassage se fait plus intense, les flics ripostent à la lacrymo, puis des tags apparaissent sur les murs ("Vengeance", "Flics, violeurs, assassins", "Solidarité avec Théo", "Flics, hors de nos vies. Révolution", avec des symboles anarchistes, des codes postaux du 93, etc.). Les vitres des deux bâtiments du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis sont brisées, ainsi que leurs portes d’entrée. Les plus déters s’engouffrent sur la passerelle et tentent une charge vers les flics anti-émeute. En vain, les flics repoussent les émeutier-e-s à coups de lacrymo et de flashball (LBD40).

Noyé-e-s sous les lacrymos, l’ensemble des émeutier-e-s redescendent dans le parc. Les flics sont attaqués depuis d’autres endroits, et dans un coin de du parc, une camionnette de journalistes de RTL est attaquée. Ses fenêtres sont d’abord brisées, puis son capot tagué, avant que le véhicule soit tout simplement incendié, sous les acclamations de la foule.

Franchement, vu les déclarations de Théo et de ses soeurs, notamment à propos de ce rassemblement en particulier (deux soeurs de Théo disaient soutenir l’initiative du rassemblement mais souhaiter que ça se passe dans le calme), je ne savais pas trop comment l’ambiance allait être. Mais on peut difficilement empêcher la colère et le dégoût de s’exprimer. Et tous ces moments d’émeute se sont déroulés dans une ambiance géniale, avec beaucoup de bienveillance de part et d’autre : il y avait une solidarité réelle entre les personnes à fond dans l’émeute et celles venues en mode plus calme.

Le temps passant, l’ambiance émeutière est un peu retombée, alors certain-e-s ont commencé à sortir du parc pour voir ce qui se passait aux alentours. Et ça grouillait de flics anti-émeute. Des caillassages ont commencé à avoir lieu sur les flics postés de part et d’autre du parc. Les nombreux jets de grenades lacrymogènes ont fini par éparpiller le rassemblement en plusieurs parties, créant différents points de fixation et d’affrontement. De fait, ça a pété un peu partout autour du tribunal.

Aux alentours de 19h je crois, avec quelques potes on était du côté où des immeubles de bureaux ont été attaqués : des banques et assurances, notamment, avec portes vitrées pétées et ouvertes, casse de matos à l’intérieur, sous les acclamations de la foule là aussi. Des pubs et abribus sont pétés, des grandes poubelles incendiées et mises sur la route en guise de barricades. Un véhicule commercial est vite fait autoréduit de certains packs d’eau, de Coca et d’Orangina. Le partage est immédiat, dans la bonne humeur, là aussi.

Le temps passe et les flics anti-émeute se mettent en place à différents coins de rue. À chaque défilé de véhicules de police, ceux-ci sont copieusement caillassés, tandis qu’aucune voiture de particuliers n’est attaquée. Partout où j’étais, la casse était globalement très "ciblée", par tout le monde, quelles que soient les étiquettes qu’on pourrait mettre sur les différent-e-s émeutier-e-s en présence.

On essaye d’attaquer une ligne de flics pour nous déplacer mais ceux-ci ripostent à coups de flashball et de lacrymo. Puis, l’arrivée de dizaines de fourgons de flics termine de disperser ce grand groupe de manifestant-e-s. Ça part alors dans plusieurs directions.

Du côté où je suis parti, une station essence BP a été attaquée, du matos de la station servant à ériger des barricades sur la route. Juste à côté, un magasin Speedy a été défoncé et en partie pillé. Plus loin, chaque véhicule de flics qui passait était attaqué à coups de pavasses. Puis sur les coups de 19h45, la dispersion était effective de ce côté-là. Ça a aussi été une petite aventure de rentrer en contournant les flics (qui étaient partout dans la ville), sachant que le terminus du métro et plusieurs arrêts de bus/tram étaient fermés, mais ça va on s’en est sorti-e-s.

Ailleurs, sur d’autres points autour du tribunal de Bobigny, ça a été la fête aussi, avec un centre commercial envahi, un Mc Do dévasté (sa caisse a été volée !), un Décathlon dépouillé, un Franprix pillé, une camionnette d’Europe 1 aux vitres pétées, des voitures renversées et/ou incendiées, des flics sous les caillasses, bref, même quand les flics sont en grand nombre, si on est nombreux-nombreuses et déters, on peut imposer un rapport de force conséquent.

Cette société est une injustice permanente. Notre révolte aussi est permanente. C’est logique qu’on l’exprime. Ce qui est étonnant, c’est qu’on ne soit pas plus nombreux-nombreuses à s’insurger. L’État, ses politiciens, ses flics, ses juges, les médias et les bourgeois-es en général se foutent de nos gueules en nous faisant croire qu’on peut protester calmement en dressant des listes de revendications. Mais on sait bien qu’ils veulent juste conserver leur pouvoir tranquillement, rien ne changera si on reste calmes. Et si tout niquer ne suffira pas à changer le monde, c’est déjà bon de constater que la colère est partagée dans différentes couches de la société, qu’on peut lutter ensemble, sans leader, sans chef, sans parti pour récupérer notre révolte.

Pour Théo, Adama, Zyed, Bouna, Lamine et tou-te-s les autres : rage et solidarité.

Un anarchiste du 93


A Bobigny, un rassemblement contre les violences policières tourne mal

Le Monde.fr avec AFP | 11.02.2017 à 23h24 |

Vitres cassées, gaz lacrymogènes et un camion-régie RTL incendié : des incidents ont éclaté samedi en marge d’un rassemblement réclamant « justice pour Théo ».

Tout avait pourtant bien commencé. Dans le calme. Issa Bidard et Yanis Rezzoug, 18 ans, avaient insisté sur les réseaux sociaux : « Pas de violences ! » Ce sont eux qui ont appelé à un grand rassemblement, samedi 11 février à 16 heures devant le tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis), en soutien à Théo L., jeune homme de 22 ans victime d’un viol présumé par un policier lors d’une interpellation le 2 février à Aulnay-sous-Bois. Habitants de la cité Karl Marx, à Bobigny, les deux étudiants de l’université de Paris-VIII – le premier en sciences politiques, le second en histoire – copains depuis le collège, ont été si « choqués par ce qui est arrivé à Théo » qu’ils ont voulu agir pour « soutenir la famille et réclamer justice ».

Ils ne s’attendaient pas à un tel écho : des milliers de citoyens, venus de toute l’Ile-de-France, ont répondu présents. Des jeunes, des parents, et quelques enfants. Tous là pour manifester leur soutien et leur indignation. « Nous sommes tous révoltés, a expliqué Ouleye Goudiaby, restauratrice de 32 ans venue de Villeparisis, en Seine-et-Marne. Ces faits de violences policières envers les jeunes des quartiers populaires ne cessent de se répéter encore et encore. Théo a eu le courage de le dénoncer mais beaucoup n’osent rien dire. » Des jeunes ont brandit des panneaux affichant le nom et le visage de ceux qui ont précédé le jeune homme : Adama Traoré, Hocine Bouras, Amine Bentounsi, Abdoulaye Camara, Lamine Dieng, Zyed et Bouna… « Dans nos cités, nous subissons ce type de violences au quotidien », a insisté Yanis Rezzoug.

« Montrez-leur qu’on sait se tenir »

Face aux policiers postés sur la passerelle surplombant le lieu de rassemblement, la foule n’a cessé de scander plusieurs slogans : « Les violeurs en prison », « Tout le monde déteste la police », « Justice pour Théo », « Pas de justice, pas de paix ». Sur une estrade improvisée, plusieurs personnes, associatifs ou simples citoyens, ont pris le micro à tour de rôle, dénonçant les violences policières et « l’acte criminel dont est coupable le policier qui a enfoncé sa matraque dans l’anus de Théo », revendiquant leur droit à la justice – « Nous sommes tous des citoyens français » – et insistant sur le fait qu’ils sont « pacifistes ». Issa Bidard l’a rappelé à la foule : « Montrez-leur qu’on est intelligent, montrez-leur qu’on sait se tenir ». « On sait que les violences nous desservent, expliquait le jeune homme quelques minutes avant que des incidents éclatent. Ça nous fait passer pour des sauvages et plus personne n’entend notre indignation ».

Issa Bidard et Yanis Rezzoug étaient confiants, convaincus que leur appel au calme serait entendu. C’est ce qu’ils avaient aussi martelé sur les réseaux sociaux à toute personne leur écrivant qu’elle allait venir pour « tout casser ». Leur message a été reçu. Jusqu’à 17 h 30 environ, lorsque quelques dizaines de jeunes ont commencé à lancer des projectiles sur les policiers postés sur la passerelle.

« Plusieurs centaines d’individus violents et très mobiles »

Feux de poubelles, vitres de bâtiments administratifs cassées, camion-régie RTL incendié… Les casseurs, qui ne participaient pas au rassemblement, ont également vandalisé des abris-bus et du mobilier urbain. Les forces de l’ordre, présentes en grand nombre, ont riposté en tirant des grenades de gaz lacrymogène. « Ça donne une très mauvaise image de nous, regrette Steven, 27 ans, coach sportif à Neuilly-sur-Marne. On va encore nous stigmatiser et nous mettre tous le même panier ». Et d’ajouter, avant de quitter les lieux : « C’est vraiment con comme façon de s’exprimer ».

Au total, près de 2 000 personnes étaient présentes à la manifestation a affirmé la préfecture de police de Paris dans la soirée. « Plusieurs centaines d’individus violents et très mobiles » ont commis diverses « exactions et dégradations », a ajouté la préfecture, listant notamment des projectiles lancés contre « des bâtiments publics, des établissements commerciaux », quatre véhicules incendiés, deux commerces et la gare routière « dégradés » et plusieurs poubelles incendiées. En début de soirée, aucun blessé n’était à déplorer.

Stéphane Troussel (PS), président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis a condamné « fermement » ces « débordements violents », précisant que « certains bâtiments du Conseil départemental » avaient aussi été dégradés.


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