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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

[Publication] « Contre l’offensive de l’ennemi, notre meilleure défense c’est l’attaque »
Article mis en ligne le 11 janvier 2014
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« Contre l’offensive de l’ennemi, notre meilleure défense c’est l’attaque » , recueil de textes de Sin banderas ni fronteras (Chili), ed. Sans Patrie, janvier 2014, 32 p., A5

Quelques mots d’introduction

Le mouvement anarchiste dans le Cône Sud a recommencé à se développer fortement au milieu des années 90, après une longue période de dictatures militaires dans plusieurs pays (Argentine, Uruguay, Brésil, Chili, Paraguay,…), qui n’a pourtant pas réussi à faire disparaître toute conflictualité sociale. C’est donc du croisement de la mémoire combattante issue de luttes à mort contre ces régimes, de ruptures successives avec la gauche marxiste lors de contre-sommets ou de luttes étudiantes, mais aussi en mélangeant contre-culture punk-rock et lecture de textes anarchistes subversifs venus du vieux continent (fruits d’années d’expériences offensives), qu’a resurgi en moins de 10 ans un mouvement à la fois jeune et déjà riche de ses propres luttes et perspectives anti-autoritaires.

Malgré toutes les difficultés liées au manque de ressources et à l’éloignement régulier d’une partie d’ex-compagnons vers des horizons moins révolutionnaires (comme partout ailleurs), des lieux, des publications ou des attaques dans la rue –de jour comme de nuit, en manifestations ou en dehors par groupes d’affinités, incendiaires et parfois explosives– se sont multipliés au début de ce nouveau millénaire. Peu à peu, les idées et les pratiques se sont toujours plus affinées, si bien que de nombreux anarchistes de l’autre côté de l’Atlantique Sud possèdent désormais une expérience collective qui ne peut que nous intéresser ici.

En ce qui concerne le territoire sous domination de l’Etat chilien, où les compagnons se posent aussi la question de la continuité et commencent à retransmettre l’histoire récente du mouvement [1], le pouvoir n’a pas tardé à tenter des opérations répressives de grande envergure. En août 2010, il a lancé ce qui deviendra le Caso Bombas, tentant de faire payer à quatorze camarades et compagnons différentes attaques qui ont secoué la capitale pendant plusieurs années. Leur acquittement général faute de preuves en juin 2012 –notamment de l’accusation d’association terroriste– n’a pas empêché que le centre social Sacco y Vanzetti ait cessé provisoirement ses activités (il a ré-ouvert en août 2013 sous forme de bibliothèque), et que beaucoup d’individus se soient éloignés du mouvement. Dernièrement, avec l’arrestation en novembre 2013 à Barcelone de deux ex-acquittés du Caso Bombas, Mónica et Francisco, suite à une attaque explosive contre une cathédrale, l’Etat chilien tente de relancer son affaire.

Mais au-delà de ce contexte particulièrement éloquent [2], on peut constater que plusieurs Etats sud-américains semblent à la manœuvre contre une partie des anarchistes. En Uruguay par exemple, douze compagnons sont arrêtés le 24 août 2013 sur le chemin d’une manifestation par les services de renseignement, le département des opérations spéciales et Interpol pour être durement interrogés. D’autres seront enlevés les jours suivants par la police en pleine rue ou lors de guet-apens administratifs, toujours pour interrogatoires musclés par les services spéciaux sur « le mouvement anarchiste. » Leur pauvre prétexte est une manifestation émeutière qui s’est produite une semaine plus tôt. En Bolivie, la FELCC (force spéciale de lutte contre le crime) embarque quatorze personnes le 29 mai 2012 lors d’une série de perquisitions à La Paz. Les cinq inculpés sont accusés d’un certain nombre d’attaques incendiaires ou explosives contre l’administration pénitentiaire, le vice-ministère de l’environnement, une caserne militaire, banques et entreprises entre 2011 et 2012. Plus encore que lors de l’opération Caso Bombas au Chili, les organisations anarchistes boliviennes formelles se dissocieront avec vigueur aussi bien des actes, que des inculpés qui gardent la tête haute [3]. Au Brésil, lors des gigantesques manifestations émeutières de l’été dernier, les anarchistes ont été plus que d’ordinaire pointés du doigt par le pouvoir et ses porte-paroles médiatiques, portant à quelques perquisitions et arrestations. Au Mexique enfin, la conflictualité acrate commence également à déclencher quelques opérations spécifiques qui n’augurent rien de bon pour les temps à venir, comme l’enlèvement puis l’expulsion de Gustavo Rodríguez le 31 décembre 2013 après les Rencontres informelles/Symposium anarchiste international qui se sont tenues à Mexico. Il ne fait aucun doute que ces différents Etats ont ouvert le bal en coopération avec leurs homologues européens, et forts aussi de l’expérience des ex-guérilleros qui peuplent désormais les cabinets ministériels de la gôche. Bien entendu, les anarchistes, là bas comme ici, n’ont rien à attendre du pouvoir, sinon une lutte sans merci d’un ennemi juré qu’ils n’épargnent pas non plus à chaque occasion propice.

Ce qui nous a intéressé dans cette brochure, ce sont les réflexions qui nous parviennent par bribes, dont les quelques textes de Sin Banderas Ni Fronteras traduits ici ne sont qu’un reflet, sur les manières d’affronter la répression (la solidarité ou les mises au vert) ou sur la continuité des luttes et de l’offensive insurgée, lorsque l’haleine fétide des chacals en uniforme vient souffler dans notre cou. Si l’Etat sait parfois sauter sur des occasions inattendues (la mort accidentelle de Mauri avec sa bombe au Chili lui a permis de mettre un nom sur certains noctambules jusqu’alors anonymes, et de tenter de tirer des fils à partir de lui, y compris en s’adjoignant sans succès les services d’une balance lorsqu’ils étaient trop maigres), à nous également de savoir partager à un niveau international ces expériences-là, afin d’affiner nos méthodes, d’approfondir nos idées et d’aiguiser nos affinités dans une perspective subversive contre toute autorité.

6 janvier 2014

1. Voir le texte Mémoire combative (août 2013), diffusé en version papier lors de la seconde Feria del libro y la propaganda anarquista à Santiago. Disponible en français dans Avalanche, correspondance anarchiste n°0, décembre 2013, pp. 40-43
2. Rappelons que l’Etat chilien n’a pas que les compagnons dans le viseur : il est en guerre au sud contre des groupes mapuche, et affronte régulièrement des révoltes sociales importantes, comme celle contre le Transantiago en 2007, ou le mouvement lycéen (2006, 2011/12). Plusieurs compagnons (Claudia López en septembre 1998, Jhonny Cariqueo en mars 2008, Sebastián Oversluij en décembre 2013) ont aussi été assassinés par les forces de l’ordre démocratique, tout comme plusieurs camarades mapuche lors d’occupations de terre.
3. Voir Chronique d’un chemin caillouteux. Compilation de textes à propos de la répression anti-anarchiste en Bolivie et du prisonnier Henry Zegarrundo, (Paris), février 2013, 32 p. A5

Quatrième de couverture :

• L’insurrection anti-autoritaire est une condition nécessaire pour détruire le pouvoir dans nos vies et construire la vie en liberté, en refusant la conception marxiste-léniniste de l’insurrection selon laquelle un contexte de déstabilisation de l’ordre social est compris comme un premier pas pour la prise du pouvoir et l’établissement de nouveaux régimes autoritaires.

• L’insurrection anti-autoritaire –comme processus permanent de libération– n’est pas l’oeuvre de spécialistes de la révolution, mais de personnes qui ont simplement abandonné les excuses ajournant le conflit direct avec les ennemis de la liberté, et ont décidé de ne pas attendre de supposées « meilleures conditions » pour passer à l’offensive contre les forces de domination.

• Dans une optique d’offensive anti-autoritaire protéiforme, tous les moyens de lutte sont valides et nécessaires, à condition qu’ils ne transigent pas avec les logiques du pouvoir, et qu’ils visent à construire au présent une vie fondée sur les valeurs de la liberté par la destruction de toute autorité.

• La valeur d’un acte passe par son contenu anti-autoritaire d’offensive, et pas nécessairement par les matériels utilisés ou le dégât matériel qu’il occasionne à l’édifice de la domination. Les livres, les réflexions, les bibliothèques, les barricades, les assemblées de quartier, la propagande écrite, les attaques incendiaires, les explosions et autres types d’actions ont été, sont et seront des formes d’expression de la lutte anti-autoritaire insurrectionnelle, dès lors que leur objectif n’est pas le compromis avec les oppresseurs, mais la libération totale qui requiert la destruction de toute forme de pouvoir et d’autorité.

Sin Banderas Ni Fronteras,
décembre 2013


fichiers joints

  • « Contre l’offensive de l’ennemi, notre meilleure défense c’est l’attaque » , recueil de textes de Sin banderas ni fronteras (Chili), ed. Sans Patrie 5paris), janvier 2014, 32 p., A5