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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Réforme du terrorisme d’Etat : naissance de la DGSI et du SCRT
Article mis en ligne le 20 mai 2014
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Ce qui va changer au renseignement intérieur avec la DGSI

Le Monde.fr | 12.05.2014 à 16h10

Le ministère de la défense avait son service d’espionnage extérieur (DGSE). Depuis lundi 12 mai, le ministère de l’intérieur a son équivalent : la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), issue de la transformation de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Cette nouvelle structure bénéficiera de moyens techniques et humains renforcés pour lutter contre les filières djihadistes en France et déjouer les attentats qui pourraient viser le territoire.

Lancée un an après les ratés de l’affaire Merah, la réforme du renseignement était un grand chantier de Manuel Valls lorsqu’il était ministre de l’intérieur. C’est son successeur, Bernard Cazeneuve, qui finalise ce travail lancé en 2008 par Nicolas Sarkozy, lorsqu’il a créé trois nouveaux services : la DCRI, chargée de l’antiterrorisme et du contre-espionnage, la sous-direction de l’information générale (SDIG), qui s’occupe de tout ce que la DCRI ne traite pas (mouvements sociaux, ordre public, religion - hors radicaux -, violences urbaines et bandes, sectes et lutte contre l’économie souterraine) et la direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP), compétente à Paris et en banlieue. Les effectifs des anciens renseignements généraux ont à cette occasion été répartis entre la SDIG et la DCRI.

LA RÉFORME SARKOZY CRITIQUÉE

De nombreuses critiques ont visé cette nouvelle organisation, notamment la DCRI. Le service, marqué par la personnalité controversée de son premier directeur, Bernard Squarcini, a vu son efficacité remise en cause après les assassinats commis par Mohamed Merah, en mars 2012. Manuel Valls a affirmé que le djihadiste toulousain - suivi mais mal évalué par la DCRI - avait révélé des « failles ».

Le rapport de la mission d’information sur le cadre juridique du renseignement, publié le 13 mai 2013, est venu corroborer cette analyse. Ce texte a été rédigé sous la houlette du président (PS) de la commission des lois de l’Assemblée nationale, Jean-Jacques Urvoas, un proche de M. Valls. Les auteurs dénonçaient le mépris pour les bureaux locaux, « ravalés au rang de pourvoyeurs d’informations », le nombre trop faible de fonctionnaires chargés du suivi de l’islam radical, la « coupure » persistante entre fonctionnaires issus des deux services (RG et DST, contre-espionnage) dont la fusion a donné naissance à la DCRI. Ils prônaient la création d’une direction générale.

DAVANTAGE D’AUTONOMIE BUDGÉTAIRE ET HUMAINE

« Je ne me situe pas dans une rupture par rapport à 2008. La DCRI a fait la preuve de son intérêt et de son efficacité. L’objectif est de la renforcer dans le cadre d’une meilleure coordination entre les services », explique Manuel Valls en 2013.

Le 17 juin 2013, Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, annonce la nouvelle étape de la réforme du renseignement intérieur. Le principal point de son dispositif est donc la transformation de la DCRI en DGSI, placée directement sous l’autorité du ministre de l’intérieur, avec des moyens techniques et humains renforcés.

Le modèle de la nouvelle DGSI est la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, services secrets), qui jouit d’une large autonomie au sein du ministère de la défense. Elle a su diversifier son recrutement et adapter ses moyens technologiques, au contraire de la DCRI.

De la même façon, en quittant la direction générale de la police nationale, le renseignement intérieur se libère des lourdes contraintes policières en termes de budget et de ressources humaines. La DGSI devrait recruter 430 civils, analystes, interprètes, informaticiens ou chercheurs en cinq ans s’ajoutant aux quelque 3 200 fonctionnaires de police actuels, avec un budget propre.


Pour mieux espionner, la DCRI devient la DGSI

Europe 1, 12 mai 2014 à 17h36

ESPIONNAGE - La DCRI, les anciens RG, va être rebaptisée DGSI. Et va changer d’envergure.

Rebaptisé. Exit la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), place à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) : les renseignements intérieurs changent de nom lundi. Et ce changement de sigle n’est pas anodin. Les policiers de la DGSI disposeront désormais d’une vraie autonomie financière. L’objectif est de diversifier le profil de nos espions, tout en leur confiant d’avantage de moyens, notamment pour recruter des experts de haut niveau.

Les raisons de la réforme. Tirant les leçons des dysfonctionnements mis en lumière par l’affaire Merah, Manuel Valls avait annoncé en 2013 une réforme des services de renseignement. L’objectif est simple : refonder les renseignements intérieurs pour s’adapter aux nouvelles menaces, notamment terroristes. La nouvelle DGSI sera ainsi le bras armé du plan anti-djihad lancé ces derniers jours par le successeur de Manuel Valls à Beauvau, Bernard Cazeneuve.

Ce qui va changer. Comme les espions de la DGSE, qui se consacrent à l’étranger et sont rattachés au ministre de la Défense, les policiers de la DGSI seront désormais directement rattachés à leur ministre de tutelle. En clair, ils quittent le giron de la police nationale et disposent désormais d’une vraie autonomie financière.

Très concrètement, cela signifie que, comme la DGSE, la CIA ou les services secrets britanniques, la DGSI n’est plus un simple service policier mais un vrai service de renseignement. Il va enfin pouvoir recruter des experts de haut niveau, dans tous les domaines et pas forcément issus de la police.

Recrutement de nouveaux "espions" en vue. Avec des moyens renforcés, la nouvelle DGSI va en effet pouvoir recruter de nouveaux profils. Elle a prévu d’en recruter 430 dans les quatre ans à venir et plus d’une centaine cette année : des traducteurs, des ingénieurs, des informaticiens, des psychologues, des experts en géopolitiques ou en prolifération nucléaire, des historiens, mais aussi des chercheurs et analystes, etc.

Car jusqu’à présent, les universitaires ou les diplômés de grandes écoles, qui voulaient mettre leur compétence au service de la lutte contre le terrorisme, n’avaient pas vraiment le choix. Pour espérer travailler à la DCRI, il leur fallait d’abord passer le concours de gardien de la paix, suivre un an de formation et courir le risque, à la sortie, d’être affecté à la circulation. On a ainsi déjà vu un diplômé de russe passer quatre ans dans un commissariat de banlieue avant d’être muté au contre-espionnage.

Des moyens renforcés pour y arriver. L’autre révolution, c’est que la DGSI va pouvoir proposer des salaires attractifs. Attractifs, par exemple, pour les élèves de Polytechnique, de l’école d’ingénieurs SupElec, à la recherche d’un premier emploi valorisant. Attractifs, également, pourquoi pas, pour des fonctionnaires de haut niveau de Bercy, experts en finances ou en intelligence économique.

L’objectif de ces recrutements, c’est d’élever le niveau d’analyse du renseignement intérieur pour mieux anticiper les menaces. Un signe qui ne trompe pas : pour sa nouvelle direction technique, le patron de la DGSI, Patrick Calvar, n’a pas choisi un policier, mais un ingénieur de l’armement.

La surveillance des mouvements sociaux aussi réformée. La réforme en cours ne s’arrête pas là : le renseignement dit "de proximité" est également en pleine mutation. La Sous-direction de l’information générale (SDIG) devient lundi le Service central du renseignement territorial (SCRT). Sa mission ? La surveillance des mouvements sociaux, dérives sectaires, violences urbaines et mouvements ultras à droite comme à gauche.


Contre-espionnage : priorité au terrain pour la DGSI

Le Parisien | 12.05.2014, 06h22

La DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), le service de contre-espionnage français, entame une révolution : désormais, des civils vont être recrutés selon leurs compétences techniques pour devenir des espions modernes. Réformée, elle devient ce lundi la DGSI, direction générale de la sécurité intérieure. Avec des moyens et des compétences élargies, la DGSI se veut le pendant policier du célèbre service d’espionnage extérieur, la DGSE, dépendant de la Défense, et présent partout dans le monde où les intérêts français sont en jeu.

A l’occasion de cette réforme, l’accent est aussi mis désormais sur la collecte de renseignements et d’informations au niveau local, dans tous les départements de France. L’objectif est de rétablir un maillage fort alors qu’à l’époque de l’affaire Merah, l’efficacité de la collecte de renseignements avait été très critiquée. C’est la mission dévolue au SCRT, service central du renseignement territorial. Philippe Bertrand dévoile les objectifs du service qu’il dirige, chargé de la collecte, de la centralisation et de la transmission aux autorités des renseignements collectés sur le sol national.

Quelles sont les raisons de cette réforme du renseignement territorial ?
Philippe Bertrand. Ce service n’est pas une nouveauté, mais est en phase de modernisation, comme d’autres directions qui forment la communauté du renseignement intérieur. En 2008 déjà, la sous direction de l’information générale (SDIG) a repris les prérogatives attribuées jusqu’alors aux anciens renseignements généraux. Six ans après cette évolution, il y a eu une volonté de moderniser le service et de le mettre en adéquation avec les problématiques actuelles et celles qui peuvent spontanément se dessiner.

Quelle est la vocation du service central du renseignement territorial ?
Les 2 200 policiers affectés au sein de ce service sont des généralistes du renseignement, chargés de recueillir sur le terrain diverses informations en lien avec tous les domaines de la vie traditionnelle, économique et social susceptible de provoquer des mouvements contestataires. Ainsi, nous pouvons travailler aussi bien sur les dérives urbaines et le communautarisme religieux, que sur les mouvements d’ultra gauche et d’ultra droite. A titre d’exemple, nous avons travaillé dernièrement sur le mouvement de protestation contre l’écotaxe, la Manif pour tous, et la détection filières djihadistes. Par la suite, ces informations font l’objet de notes qui sont transmises aux autorités gouvernementales et administratives.

Vous leur dressez un état des lieux ?
C’est l’un des objectifs majeurs. Dans le cas du mouvement des « bonnets rouges » par exemple, une partie de notre travail était de mesurer et de qualifier l’état de l’opinion en Bretagne et dans le grand ouest, afin de savoir de quelle manière le mouvement était susceptible d’évoluer. Sur la question des filières djihadistes par exemple, notre service est traditionnellement à l’origine des premières remontés d’informations, grâce aux différents contacts que nous avons pu nouer au fil des années dans différents secteurs. C’est une façon d’être prospectif et d’anticiper les événements pour le compte des Préfets de chaque département, mais aussi au niveau du gouvernement.

Allez-vous bénéficier de nouveaux renforts humains ?
Oui, environ 250 policiers et gendarmes supplémentaires vont venir garnir nos rangs, ce qui est particulièrement appréciable dans une période de rigueur budgétaire. Nous allons recréer des sections de recherches au sein des zones de défense réparties sur le plan national. Elles seront plus spécialement dédiées à la collecte de renseignement en milieu fermé, en direction de la contestation politique violente, de la radicalisation religieuse, et des dérives urbaines à l’image de la lutte contre l’économie souterraine. Sur ce dernier point, il n’est pas question de réaliser des missions de police judiciaire, mais davantage à la détection des phénomènes et à l’identification des réseaux qui gangrènent certains quartiers.

Depuis 2008, certaines voix laissaient entendre que l’information générale était le « parent pauvre » du renseignement. Pensez-vous que cela va évoluer ?

Il est vrai que depuis 2008, le travail de la sous direction de l’information générale (SDIG), a été parfois mal considéré, et je pense à tort. On mettait davantage en lumière les missions de la DCRI, alors que la majeure partie du renseignement territorial a été réalisée par les SDIG. Mais les dernières crises sociales évoquées précédemment ont démontré la nécessité d’avoir un renseignement territorial de qualité. Enfin, notre objectif est de travailler en parfaite concertation avec la DGSI, et de former une parfaite chaîne de renseignement complète et efficace.