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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Bruxelles : dans la rue contre la maxi-prison et contre les rafles
Article mis en ligne le 19 juin 2014
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Dans la rue contre la maxi-prison et contre les rafles (Anderlecht, 7 juin 2014)

La cavale, juin 2014

Samedi 7 juin. 16h de l’après-midi. Il fait particulièrement chaud et la ville semble être au ralenti. En arrivant à la Place du Conseil à Anderlecht, la présence de quatre fourgons de police, stationnés devant la maison communale, saute aux yeux. Faut changer d’air, la place pue trop l’ordre. Trois banderoles sont deployées. Sabotons la maxi-prison. Ni rafles, ni contrôles, ni expulsions, feu aux papiers. Promoteur immobilier, bourge, eurocrate ; dégage. Le haut-parleur porte la voix des compagnonnes qui expliquent notre présence, qui appelent à la lutte, qui rappellent aux policiers présents la liste sinistre des personnes mortes et torturées lors de leurs interventions.

Une demi-heure plus tard, la quarantaine de personnes descendues dans la rue se mettent en mouvement et prennent la rue. Les slogans résonnent fort. Ni flic, ni maton, ni maxi-prison. Il est temps de saboter la machine à expulser. Hors-la-loi, contre l’Etat. Vol, pillage, sabotage, inaugurons leurs nouvelles prisons. La flicaille court vers les fourgons. Elle se dépêche. En voyant se refermer un piège pour bloquer l’ensemble de la manifestation, un rapide virage est pris. Les policiers sont supris, ils sautent des fourgons et se ruent sur les compagnons. Quelques coups sont échangés, ils tapent avec leurs matraques. Au final, cinq personnes sont arrêtées. La police se met en rang pour protéger l’arrestation. Trois rangées d’au moins quinze flics chacune. Les personnes arrêtées sont traînées aux fourgons, elles passeront quelques heures dans les cachots du commissariats avant d’être relâchées.

Deux heures plus tard, un joyeux groupe coupe les grillages qui entourent le terrain vague le long de la rue Brogniez (toujours à Anderlecht). Les grands murs blancs se transforment en autant de cris de rage. Des grandes lettres dessinées, Feu aux prisons, d’autres plutôt faites avec hâte qu’on a d’en finir avec ce monde. Avec quelques plaques en bleu, le terrain est rebaptisé Place Robin des Bois (Célèbre bandit et cauchemar historique des riches et des autorités).

Pendant deux semaines, notre présence pour appeler à cette manifestation a été plutôt palpable dans les quartiers d’Anderlecht, Saint-Gilles, Forest, Anneessens et Molenbeek. Que ce soient la quinzaine de milliers de tracts distribués, le millier d’affiches collées sur les murs ou tout simplement les rencontres et petites discussions lors des différentes initiatives. On pense qu’on a quand même réussi à se donner les moyens, autonomes et non-médiés, pour faire en sorte que la plupart des gens habitant dans ces quartiers soient au moins au courant de cette initiative de lutte, qui a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme par de nombreuses personnes. Malgre l’enthousiasme qu’elles pouvaient exprimer pendant les distributions de tracts, on s’est retrouvé presque uniquement entre compagnons et compagnonnes. D’un côté, cela ne nous empêchera pas de continer à proposer des occasions pour lutter ensemble, et de l’autre, de construire un parcours autonome de lutte. On sait très bien que le problème de la prison, ce n’est pas seulement les murs, les gardiens et les barreaux, c’est aussi la réproduction du rôle de prisonnier qui en assure la perennité. Notre lutte, ce n’est pas seulement une lutte contre la construction d’une maxi-prison, les rafles ou contre l’aménagement de la ville en grande prison à ciel ouvert. C’est aussi un combat, plus profond encore, plus difficile encore, un combat acharné et virulent, un combat contre la resignation sur laquelle repose ce monde pourri.

Anderlecht, 10 juin 2014


Voici le texte du tract appelant à cette initiative :

Toujours plus de taules...
toujours plus de contrôles...
toujours plus de place pour les bourges...
Est-ce qu’on veut les laisser faire ?

De jour en jour, Bruxelles se transforme en ville fliquée, que les eurocrates et autres bourges aménagent pour leur propre confort. Suffit de voir ce qu’est devenue la zone du canal, avec ses lofts, sa tour pour riches et ses belles péniches. Ou encore la gare du midi, qu’ils « nettoient » pour accueillir les entreprises et leur sale pognon.

À cela s’ajoutent toujours plus de contrôles et de rafles pour mettre la main sur tous les illégaux, que ce soit dans la rue ou dans les métros. La Stib organise avec les flics des méga contrôles, pour s’emparer des sans-papiers, et des clandestins. Ils veulent par là se débarrasser de tous ceux qui ne respectent pas leurs lois. Dans cette logique, une nouvelle aile spéciale encore plus sécurisée vient d’ouvrir au centre fermé de Vottem pour les sans-papiers qui ouvrent un peu trop leur bouche.
L’État prévoit aussi de construire 12 nouvelles prisons, dont la plus grande de l’histoire belge à Haren dans le nord de Bruxelles. Ils nous font croire que ces nouvelles prisons seront « plus humaines », mais une cage reste une cage. Ils veulent surtout protéger leurs privilèges et leur pouvoir. La prison cherche avant tout à calmer les esprits de ceux qui n’acceptent pas la vie qu’on leur impose et met toujours plus à l’écart les gens qui ne respectent pas leur paix sociale...

Si toi aussi, t’en as marre de voir les caméras envahir la ville pour toujours plus nous contrôler, si t’en as marre de voir les uniformes se multiplier, si t’en as marre de voir tes potes devenir des agents de sécurité, si t’en as marre de voir Bruxelles se transformer en ville-prison et si tu veux en finir avec les mots « commander » et « obéir »...

Alors le samedi 7 juin à 16h, retrouvons-nous dans la rue (place du Conseil à Anderlecht) pour partager notre rage contre la prison et toutes ces merdes et trouvons de la force pour lutter contre tout ce qui nous révolte !