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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Barcelone : 4e nuit d’émeute suite à l’expulsion du squat Can Vies [mis à jour]
Article mis en ligne le 30 mai 2014
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Mise à jour vendredi 30 mai, 13h

Hier jeudi 29 mai, la police annonce avoir arrêté 38 personnes lors des émeutes. Ils sont en garde-à-vue au commissariat Les Corts des Mossos d’Esquadra. Le soir, deux mineurs et 12 majeurs étaient relâchés, et 18 autres avaient leur GaV prolongée.

Le soir du 29 mai, une nouvelle manif de 2000 personnes s’est rendue devant le comico de Les Corts, exigeant la libération des arrêtés ("Liberté pour les prisonniers, flics hors du quartier"), avant de se disperser. Les premières vitrines sont alors tombées (dont une agence Banco Popular incendiée) et de nouveaux containers de poubelle ont brûlé. Des panneaux publicitaires ou des feux de circulation ont aussi été détruits. Il y a eu au moins 23 nouveaux arrêtés cette nuit. Comme les nuits précédentes, Barcelone est survolée par un hélicoptère de police doté d’une puissant phare. Certains tags à Sants disaient "No negociamos. Luchamos" (Ne négocions pas, luttons), ou "Sants, Gamonal, Atenas, Río".

Aujourd’hui vendredi 30 mai au matin, la mairie annonce 16 000 euros de dégâts pour cette nuit (171 000 euros depuis le début), entre matériel urbain et 16 containers cramés de plus. Elle donne le chiffre de 200 containers renversés chaque nuit de lundi, mardi et mercredi (28 mai), et 200 cramés en tout jusqu’à présent, ce qui donne une idée de l’ampleur des barricades dans différents quartiers.

Enfin, plutôt que de se dissoudre dans le mouvement en cours, les squatters du CSOA Can Vies ont fait une conférence de presse à 10h, où ils ont formulé des revendications à la mairie, entamant de fait un dialogue avec elle et commençant ainsi à médier le conflit et à proposer des portes de sortie aux institutions. Cette conférence de presse a été faite avec un membre de la Plataforma de apoyo a Can Vies et un autre de la Asamblea de Sants.
Ils exigent, en bons syndicalistes demandant plus pour obtenir moins : la démission de maire de Barcelone Xavier Trias et du conseiller du district de Sants-Montjuïc, Jordi Martí [les autres, non] ; la remise en liberté immédiate des arrêtés ; le départ des forces anti-émeute du quartier de Sants [merci bien pour les autres quartiers qui se bougent aussi depuis trois nuits] ; et surtout l’arrêt de la démolition du lieu (il reste le bâtiment principal). Ces travaux sont de toute façon arrêtés depuis le début des émeutes (la pelleteuse a cramé et le bâtiment est seulement vigilé), le maire ayant déjà annoncé dans la nuit sur TV3 qu’il était prêt à suspendre officiellement la démolition pour ouvrir le dialogue*. Les squatters proposent d’ailleurs demain un rassemblement devant le lieu... pour commencer une "reconstruction citoyenne" de la partie démolie !

On remarquera que non contents de renouer le dialogue, les squatters et leurs amis associatifs tentent également de relocaliser le conflit à Sants pour y mettre fin, plutôt que de chercher à l’étendre à tout Barcelone et bien au-delà, alors que des manifestations sont prévues ce week-end à travers tout le pays et que la presse et le pouvoir agitent en permanence le chiffon rouge de Gamonal** - cette lutte émeutière et victorieuse d’un quartier de Burgos en janvier dernier, qui est devenue le symbole de comment la poudre du mécontentement social accumulé peut exploser dans d’autres villes par contagion...

Hasard ou coïncidence, au moment où les protagonistes initiaux tentent de récupérer une situation qui est en train de les dépasser, un rapport interne des Mossos d’Esquadra filtre dans la presse de ce matin. Il est question comme d’habitude de "mercenaires entraînés en Italie qui dirigent les éléments violents de Barcelone", etc. etc. Et quand certains titres n’insistent pas sur les "anti-système experts en guerilla" de Madrid, Valence et Saragosse (c’est-à-dire les anarchistes) ou ceux de Galice et du Pays-Basque (c’est-à-dire les indépendantistes), ils se lâchent contre les jeunes des quartiers qui participent à ces émeutes, en faisant des comparaisons avec... les "banlieues de Paris". Bien sûr, il s’agit de sensationnalisme et de contre-mesures policières pour opposer "méchants étrangers au quartier" à "vrais habitants pacifiques", ou "étrangers" tout court à "braves citoyens". Mais quand le pouvoir commence à tirer ces cartouches-là (il a attendu quatre nuits pour voir si ces émeutes allaient durer ou pas), cela est révélateur à la fois de l’enjeu qu’il y met, lui, et du fait que la question sociale dans l’air reste explosive.

La fin du résumé d’hier est toujours plus brûlante : "une des questions qui se pose maintenant est assez banale : comment continuer à étendre et approfondir des feux de la révolte qui commencent à dépasser le cadre initial (l’expulsion du CSOA et le quartier de Sants), pour qu’ils détruisent tout ce qui nous détruit et ouvrent de nouveaux chemins sans médiation vers quelque chose de complètement autre ?"

* Il y avait eu une réunion juste avant entre des représentants de Can Vies et l’envoyé de la mairie, le conseiller du district de Sants-Montjuïc, et en présence de la Federación de Asociaciones de Vecinos de Barcelona (FAVB). C’est au cours de celle-ci que ce point a été acté informellement entre squatters et institutions, provoquant l’annonce du maire un peu plus tard à la télé. Par ailleurs, le collectif des ex-squatters se réunit à Can Batlló, un lieu sous convention avec la mairie du quartier de Poblenou.
** Comme ce titre de Hechos de hoy : "Dégoût et crainte de la guerilla urbaine à Sants et l’effet Gamonal" ou celui de El Pais du 30 mai : "Trias [le maire] négocie pour éviter que Sants ne se convertisse en nouveau Gamonal".


Mise à jour vendredi 30 mai, 23h

Ce soir vendredi, 26 des 61 arrêtés depuis le début des émeutes sont passés devant le juge de la détention. 24 sont ressortis sous contrôle judiciaire, avec un pointage mensuel au tribunal et une interdiction de manifester jusqu’au procès en janvier 2015, et 1 sans contrôle judiciaire. Le dernier par contre, âgé de 30 ans, a été envoyé en prison préventive pour "trouble à l’ordre public", "dégradations" et "blessures volontaires sur keuf". Vingt-trois autres arrêtés passeront demain samedi devant le juge de la détention.
Selon un point publié par la justice, sur les 61 arrêtés, six seulement avaient des antécédents, cinq sont mineurs, et six sont étrangers (deux italiens, un hollandais, un bengladi, trois colombiens, deux mexicains, un américain).

Un autre grand journal, ABC, a ressorti cet après-midi les rapports policiers sous le titre "La Policía destapa conexiones anarquistas en los disturbios de Can Vies" (La police détecte des connexions anarchistes dans les émeutes de Can Vies). Il s’étale avec des propos comme "terroristes urbains" ou que "la lutte à Gamonal (Burgos) fut un essai révolutionnaire" que les méchants infiltrés veulent reproduire à présent à Sants (Barcelone). Comme disent les compagnons espagnols, la presse vise et la police tire.

Ce soit à 20h, le rassemblement de solidarité à Madrid de Puerta del Sol était ultra saturé de policiers, qui contrôlaient les sac-à-dos et procédaient à des contrôles d’identité tout autour, et les 300 manifestants n’ont pas pu faire grand chose d’autre que gueuler des slogans pendant une heure et demie ("liberté liberté pour les détenus qui luttent", "Barcelone Liberté" et "A bas l’Etat policier").
Dans la ville de Girona, une centaine de personnes ont manifesté en soirée avec des torches, et balancé de la peinture noire contre plusieurs agences bancaires au passage. A Saragosse, une centaine de manifestants également, et un container qui crame symboliquement. Enfin, à Hambourg (Allemagne) hier 29 mai, 150 personnes ont effectué une manifestation sauvage de solidarité, suite à un appel lancé sur Indymedia (Linksunten, là-bas), et malgré les keufs (leur gaz au poivre et leurs chiens). Un des slogans les plus repris était “Kein Gott ! Kein Staat ! Kein Mietvertrag !” (Ni Dieu ni Etat ni Contrat d’occupation !).

Enfin, à 21h, 300 personnes se sont rassemblées plaza de Sants (contre 4000 puis 2000 les soirs précédents) pour le traditionnel concert de casseroles, avant de se réunir en assemblée (et non plus de finir devant le comico de Les Corts, où partait ensuite l’émeute). Les représentants du CSA Can Vies y ont distribué un tract affirmant "si la mairie a autant de bonne volonté qu’elle le prétend, c’est facile : qu’elle nous laisse reconstruire en paix ce qu’ils ont détruit avec violence", avant d’inviter demain samedi 10h les habitants à venir devant le lieu (désormais aussi entouré de barbelés et gardé) avec du matériel pour commencer les travaux de reconstruction de la partie démolie. C’est le mot "paix" qui compte dans ce tract... après une centaine de blessés, 40 arrêtés qui passeront en procès et vingt autres encore aux mains des Mossos.
De toute façon, la grande manifestation est prévue à 19h Plaça Universitat à Barcelone hors des jeux politiciens du quartier, et elle risque d’être importante, comme toutes celles annoncées à travers tout le pays, à un moment où il semble qu’il n’y aura pas de 5e nuit d’émeute à Sants.


Barcelone s’embrase à nouveau

AFP, vendredi 30 mai 2014 à 15h34

La police catalane a interpellé 23 personnes jeudi soir, lors d’une quatrième nuit d’incidents à Barcelone entre forces de l’ordre et groupes de jeunes protestant contre l’évacuation et la démolition d’un immeuble occupé depuis 17 ans et transformé en centre social. En fin de soirée, les policiers ont chargé contre "un petit groupe de personnes", selon un porte-parole de la police, qui venaient de participer à une nouvelle manifestation dans le quartier populaire de Sants, où se trouve l’immeuble Can Vies, évacué lundi sur décision de justice.

Comme les nuits précédentes, du mobilier urbain a été détruit, des poubelles incendiées et une agence bancaire vandalisée, a indiqué ce porte-parole. 23 personnes ont été interpellées, portant à 61 le nombre d’arrestations depuis le début des violences lundi.

Occupé depuis 1997 par des groupes de la gauche radicale, l’immeuble abandonné appartenant à TMB, l’entreprise qui gère les transports publics de Barcelone, était devenu un centre social populaire, organisant des concerts, projections de films, débats ou ateliers de formation.

En 2006, son propriétaire avait décidé de le récupérer pour le détruire afin de réaménager le paysage urbain, dans ce secteur où passent des lignes de métro et de train à grande vitesse, situé non loin de la gare de Sants, la plus importante de Barcelone.

Après des mois de négociations entre la mairie, TMB et les occupants de l’immeuble, un tribunal avait fixé à lundi la date d’expulsion des occupants de Can Vies. La destruction de l’immeuble a commencé aussitôt.

Jeudi, des représentants de la mairie et des squatteurs se sont réunis pour tenter de négocier. Alors que la mairie demande la fin des violences comme condition à tout dialogue, les représentants de l’immeuble réclament l’arrêt de la démolition.