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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

La DCRI & la station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute (Auvergne), ou « l’organisation de la composante nucléaire de la défense nationale »
Article mis en ligne le 9 avril 2013
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[Une fois n’est pas coutume, voici les liens vers des sites communs, pour consulter ces infos qui dérangent la DCRI avant qu’elles ne dégagent :
- l’article sur la station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute (Auvergne), en date de juillet 2012 avant retouche
- la vidéo du reportage sur le site de la télé régionale TL7 qui a servi à rédiger l’article sur wikichose (et contient plus d’infos "sensibles")
- on pourra aussi consulter sur wikichose les articles nouvellement créés sur les Stations hertziennes militaires d’Henrichemont (Cher) et de Lacaune (Tarn)]

Censure de Wikipédia : à quoi joue la DCRI ?

Le Point, 09/04/2013 à 12:16

Mais quelle mouche a bien pu piquer la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) ? Les agents du très réputé contre-espionnage français ont estimé que les informations contenues dans un article francophone de Wikipédia mettaient en péril la sécurité nationale, même si elles étaient déjà publiées depuis des années, et ont convoqué un administrateur bénévole de Wikimedia en France pour le menacer de poursuites. Celui-ci a fini par céder et a supprimé le texte, tout en avertissant la communauté. Cet article dont la DCRI a exigé la suppression, concerne la station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute (à la frontière des départements de la Loire et du Puy-de-Dôme), gérée par l’armée de l’air. Résultat des courses : l’entrée a été supprimée, mais presque immédiatement remise en ligne par des contributeurs du site hors de France, qui l’ont complétée et traduite en plusieurs langues. L’article est même le plus lu de la version francophone de l’encyclopédie, avec plus de 75 000 visites en 24 heures. Des entrées concernant deux autres stations similaires ont même été créées. Gros échec...

Le service de communication de l’armée de l’air, joint par Le Point.fr lundi matin, ne semblait pas habitué à évoquer cette station hertzienne et a demandé un délai pour nous répondre : visiblement, la DCRI attribue un caractère plus vital à ce bunker flanqué d’antennes que son actuel exploitant... Il faut dire que les trente hectares du terrain militaire, qui abrite aussi un émetteur civil de TDF, sont perdus au bout d’une route souvent impraticable, avec six mois de neige par an.

Des journalistes guidés par l’armée sur le site

Ces installations militaires, dont il existe trois autres copies conformes ailleurs en France, sont conçues pour maintenir les télécommunications de la chaîne de commandement en "environnement dégradé" : les antennes militaires et le bunker "peuvent résister au souffle d’une explosion nucléaire", explique le major Pierre Jeansac, commandant de la base lors du tournage en 2004 d’un reportage d’une télévision locale, Télévision Loire 7, qui a servi de source essentielle à l’article de Wikipédia. Fait surprenant : cette émission avait été réalisée avec la coopération de l’armée de l’air, et les journalistes avaient été guidés dans le bunker par le patron des lieux, visiblement très accueillant.

Peut-être l’article renfermait-il une information classifiée : impossible de le savoir, puisque personne ne souhaite communiquer sur le fond (et c’est compréhensible). Il n’en reste pas moins que le zèle de la DCRI est troublant, puisque sa mission première est de lutter "contre les activités inspirées, engagées ou soutenues par des puissances ou des organisations étrangères". Pour les menaces venant de l’intérieur et ciblant le secret de la défense nationale (une terminologie qui regroupe les différents échelons d’informations classifiées, dont le secret-défense), c’est plutôt le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) qui veille au grain, sous les ordres directs du Premier ministre. Surtout lorsqu’il s’agit d’installations du ministère de la Défense, qui n’aime pas que l’Intérieur (dont dépend la DCRI) se mêle si ouvertement de ses affaires...

La DCRI soufflée par l’effet Streisand

Interrogés par Le Point.fr, l’armée de l’air comme le SGDSN ont demandé du temps pour nous transmettre une éventuelle réponse, tout en renvoyant vers la DCRI. Mais, justement, le service de communication et de communication de la police (SICOP) a été dessaisi du dossier au profit du cabinet de Manuel Valls, qui a refusé lundi soir d’apporter plus d’éléments. Le sujet semble piquant... On suppose que les militaires n’apprécient que modérément cette bourde monumentale des policiers, qui ont réussi à focaliser une attention planétaire sur les - jusque-là - discrètes installations de Pierre-sur-Haute. "L’action de la DCRI et ses suites suscitent une attention médiatique nationale et internationale", ironise désormais la page Wikipédia.

C’est ce que l’on appelle sur Internet un "effet Streisand", depuis que la chanteuse avait essayé de faire interdire une photo aérienne de sa propriété, n’arrivant finalement qu’à attiser la curiosité et donc à décupler sa diffusion. Les pressions exercées par les agents du contre-espionnage sur un bénévole de Wikimedia ont suffi à exaspérer la communauté, qui fait désormais tout le nécessaire pour saper le travail des policiers français. De son côté, Jérémie Zimmermann, porte-parole du collectif citoyen La Quadrature du Net, dénonce un "abus de droit" et craint une "volonté de créer un précédent". Dommage que la DCRI se soit abaissée à de telles pratiques, elle qui essayait justement de se faire apprécier en aidant les entreprises françaises à mieux se protéger de l’espionnage, par exemple.


Comment un responsable de wiki-france s’écrase malgré le refus de la "Wiki-Foundation", et comment Wiki-france travaille "en détail" avec les RG

La DCRI fait pression sur un bénévole pour supprimer une page Wikipédia

Le Figaro, 07/04/2013 à 17:42

Rémi Mathis, président de l’association Wikimedia-France et administrateur de Wikipédia, a été convoqué puis menacé d’être placé en garde à vue s’il ne supprimait pas une page sur la station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute au motif qu’elle contenait des éléments prétendument classifiés.

La Direction centrale du renseignement intérieur vient de perdre une occasion de rester discrète. Jeudi dernier, ses services ont convoqué un administrateur bénévole français de Wikipédia, Rémi Mathis, pour exiger qu’il supprime une page sur la station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute au motif qu’elle contrevenait au Code pénal français protégeant le secret-défense. Cette méthode autoritaire soulève ce samedi un tollé chez les partisans de la diffusion libre de l’information. L’affaire débute le 4 mars quand la DCRI contacte la Wikimedia Foundation (surnommée « La Fondation » en France), organisation à but non lucratif qui héberge l’encyclopédie participative, pour lui signifier que cet article particulier contient des informations classifiées protégées par l’article 413-10 du Code pénal. « La DCRI a demandé le retrait de l’article dans son intégralité sans explication plus détaillée », explique la Fondation dans un communiqué. « Nous avons pris l’avertissement au sérieux et nous sommes renseignés sur le sujet. » Résultat : aucune information présente dans la page ne semblait provenir d’une source autre que publique. « Le contenu de l’article est en grande partie issu d’une vidéo librement disponible dans laquelle le major Jeansac, chef de la station militaire en question, donne une interview détaillée à un journaliste et lui fait visiter les installations. »

Rémi Mathis obtempère sous la pression

La Fondation refuse donc d’obtempérer. C’est dans ce contexte que la DCRI contacte une première fois Rémi Mathis, conservateur à la BNF de son état, en lui demandant d’utiliser les droits d’administrateur Wikipédia dont il dispose pour supprimer la page. « Ce bénévole a été visé et convoqué parce qu’il était facilement identifiable publiquement, par ses actions régulières de promotion de Wikipédia et des projets Wikimedia en France » via l’association Wikimedia-France qu’il préside, explique l’association dans un communiqué. « Nos noms et nos adresses sont déposés à la Préfecture », précise au Figaro son vice-président Christophe Henner. « C’est très facile de nous avoir sous la main. Nous avons d’ailleurs déjà été en contact avec les renseignements généraux par le passé pour leur expliquer en détail le fonctionnement de Wikipédia. »

Mais Rémi Mathis renvoie cette fois-ci la DCRI vers les services juridiques de la Fondation après leur avoir déclaré qu’il n’avait pas participé à la rédaction ou à l’édition de cet article et qu’il n’avait aucune raison valable de le supprimer. Cette réponse ne semble pas satisfaire ses interlocuteurs. Il est convoqué le 4 avril dans les locaux de la DCRI. « Les agents l’ont menacé de le placer en garde à vue et d’engager des poursuites judiciaires contre lui s’il n’effaçait pas l’article immédiatement », explique Christophe Henner. Devant ce coup de pression, Rémi obtempère. Bousculé par cette affaire, il n’a pas souhaité répondre aux questions du Figaro préférant « rester à l’écart » pour le moment. Le ministère de l’Intérieur a quant à lui contesté samedi soir le terme de « menace ». « Dans un État de droit, on ne peut pas assimiler à une menace l’engagement d’une procédure judiciaire » portant sur un « passage qui pose problème à la sécurité nationale », relève-t-on Place Beauvau. En l’occurrence, « l’organisation de la composante nucléaire de la défense nationale ».


Un syndicat de police évoque le filtrage de Wikipédia

Le Point.fr - 10/04/2013 à 15:19

EXCLUSIF. Le SCPN rappelle que la justice peut ordonner la censure de Wikipédia, après l’échec de la suppression d’un article sensible par la DCRI.

La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) ne veut pas prendre la responsabilité du magistral échec de la censure de Wikipédia. Pour rappel, les policiers ont fait supprimer, de façon cavalière selon la communauté Wikipédia, un article francophone qui donnait des informations précises sur la station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute. Résultat : les internautes se sont défendus en remettant en ligne les informations depuis la Suisse, et en traduisant la page en 18 langues. C’est ce qu’on appelle un effet Streisand : le résultat de la censure est l’inverse du résultat escompté.

Cette polémique a tourné en ridicule le très réputé contre-espionnage français sur les cinq continents. Dès lundi, Le Point.fr avait essayé de prendre contact avec le service de communication de la police nationale. Celui-ci nous avait renvoyés vers le cabinet du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls... qui avait prudemment préféré se taire. C’est finalement par le biais du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN, majoritaire) et de son secrétaire général, Emmanuel Roux, que les fonctionnaires de la DCRI peuvent avoir voix au chapitre, même si le SCPN ne parle pas officiellement au nom de la DCRI.

Le Point.fr : Après l’échec de la suppression de la page, quelles sont les prochaines étapes ?

Emmanuel Roux : Le parquet de Paris va probablement relancer la coopération judiciaire, à destination des pays sur le territoire desquels Wikipédia publie ces informations. Nous avons des moyens juridiques en France, il faudrait que les différents opérateurs internet reçoivent l’ordre judiciaire de bloquer l’accès aux pages concernées. Nous n’avons cependant aucune légitimité pour préconiser une solution plutôt qu’une autre.

Les informations étaient en ligne depuis 2009. Pourquoi avoir mis tant de temps à réagir ?

La DCRI ne passe pas ses journées à scanner le Web. Des officiers ont constaté l’infraction et ont averti le parquet de Paris. Ce dernier a saisi la DCRI car elle dispose d’une compétence exclusive sur ce type de problème. Après quelques recherches, le parquet a saisi la justice américaine, dans une procédure de coopération judiciaire, pour demander le retrait mondial de la page. Sans succès.

Pourquoi avoir convoqué un bénévole sans lien avec l’article visé ?

Sur instruction du parquet de Paris, la DCRI a convoqué le responsable juridique de Wikimédia France, Rémi Mathis, à son siège de Levallois. Il a dit : "Ça ne me dérange pas de supprimer la page, si elle est interdite." Il est évidemment reparti libre, mais il a demandé l’avis des chefs de Wikimédia aux États-Unis, qui lui ont dit : "Non, on ne supprime rien." Sur instruction du parquet, il a été de nouveau convoqué pour supprimer lui-même la page, avec ses accès d’administrateur. S’il avait refusé d’obtempérer, le parquet aurait décidé des poursuites pénales.

Le parquet avait déjà donné son accord pour une garde à vue ?

Oui, c’est certain. Nous ne sommes pas dans la négociation du droit, nous l’appliquons ! Nous avons donné une chance à celui qui a les moyens de mettre fin à l’infraction. S’il ne le fait pas, nous appliquons le droit.

Ne pensez-vous pas que l’effet obtenu est très différent de l’effet escompté ?

Ce n’est pas la DCRI qui a fait une mauvaise opération. La DCRI est tenue de dénoncer au parquet toute infraction qu’elle constate : c’est l’article 40 du Code de procédure pénale, qui s’applique à tout fonctionnaire. Le support libre de Wikipédia fait que l’article est en ligne sur d’autres versions, hébergées à l’étranger.

N’aurait-il pas mieux valu laisser l’article tomber dans l’oubli ?

Ce sont des informations confidentielles qui peuvent concerner la dissuasion nucléaire française ! La page était extrêmement précise, elle donnait, par exemple, des taux de résistance de matériaux. Cela dit, le format numérique des informations sur Internet rend ces actions judiciaires inefficaces. En résumé, on peut être juste... et inefficace.

Pourquoi la demande de suppression envoyée aux États-Unis par la France n’a-t-elle pas abouti ?

Il y a deux hypothèses. Premièrement, il est possible que les Américains soient de mauvaise foi, et qu’ils n’aient pas envie de voir disparaître cette page gênante pour la France. Nous sommes dans un monde en guerre, ne l’oublions pas. Deuxième hypothèse : il est possible que le droit américain soit incompatible avec la demande française, ou que la traduction de la demande française en droit américain soit problématique.