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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Espagne : lettre de Mónica depuis la prison d’Avila
Article mis en ligne le 22 octobre 2014
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"Aux mains de l’Etat, la force s’appelle “droit”, aux mains de l’individu elle se nomme “crime” Crime signifie emploi de sa force par l’individu ; ce n’est que par le crime que l’individu peut détruire la puissance de l’Etat, quand il est d’avis que c’est lui qui est au-dessus de l’Etat et non l’Etat qui est au-dessus de lui.”
Max Stirner

Aujourd’hui, alors qu’il y a presque 10 mois que je suis emprisonnée dans les geôles de l’Etat espagnol, j’éprouve le besoin de vous livrer ces mots, à vous chers/es compagnons/nes en lutte pour la fin de toute autorité et le développement intégral de chaque individu.

Actuellement, l’anarchisme constitue pour de nombreux Etats occidentaux (et certains orientaux) une des majeures préoccupations au niveau de la sécurité ; tous les moyens sont bons dans cette chasse aux antiautoritaires informels, cette hystérie répressive est inhérente à la conquête de la libération totale, elle est aussi ancienne que les idées acrates. Ainsi une visite momentanée ou prolongée dans un des aimables monuments d’extermination humaine attend quiconque tente d’affronter ou simplement de remettre en question l’ordre établi. En ce qui me concerne, le fait de passer par une de ces cages n’est pas nouveau. Le châtiment est une des conséquences du fait de se décider à lutter contre l’existant, cette position va bien au-delà de la vision démocrate d’ Innocent/Coupable, qui n’a pas de place pour qui veut détruire ce monde fondé sur les lois, auxquelles je ne crois pas. Je ne reconnais aucun juge, leur droit me transforme en esclave, leur justice me fait prisonnière.
A l’intérieur des prisons se manifeste la pire crapulerie de la société. On y broie l’individu jusqu’au plus profond de son être, le chantage et la manipulation de la part des tentacules du Pouvoir se mêlent et se transforment en politique de réinsertion sociale. Face à cette politique, la cohérence est ma victoire, rester intègre et digne le combat quotidien.

Dans cette procédure político-jurídico-policière, lancée au départ contre un groupe de compagnon-nes pour se réduire finalement à mon compagnon aimé et moi, les appareils du Pouvoir ont usé des artifices les plus divers, certains frisent le ridicule, mais ceux qui se sont abreuvés de ce Système et tentent de le perpétuer ne comprendront jamais nos formes. Des formes qui brisent la hiérarchie, qui ne reçoivent d’ordres de personne, qui croissent et se multiplient comme la mauvaise herbe dans leur jardin tranquille et stérile. L’ensemble des idées anarchistes se développent dans la complexité de l’intégrité individuelle, cet individu libre associé avec d’autres individus en finissent avec cette société pourrie.
Les formes et les modes, comment les individus s’affrontent à la domination sont multiples et n’ont pas de limites, aucun n’est mieux ni pire, ils sont juste différents. Aucun anarchiste se considérant comme tel ne peut imposer quoi faire à personne et moins encore permettre aucune sorte d’imposition.
Sur le chemin de construction-destruction anarchiste, nous ne possédons (et n’en voulons pas non plus) aucun type de manuel ou de feuille de route, nous le construisons au quotidien en compagnie de celles et ceux avec qui nous sommes en affinité. A ceux qui croient que nous, les antiautoritaires, suivons à la lettre les postulats de quelque compagnon “renommé”, je dis qu’ils n’ont rien compris.
Si tout au long de l’histoire de la lutte contre l’autorité de très nombreux compagnons et compagnonnes de valeur ont apporté (et apportent) de grandes contributions, cela ne veut pas dire que nous vouons aucun culte à quiconque.

Cher-es compagnon-nes, j’aimerais beaucoup vous adresser des mots en davantage d’ occasions, mais vu les contraintes dans lesquelles je me trouve, je ne suis pas sure de pouvoir communiquer de nouveau de cette manière.
D’ici quelques mois aura lieu le procès à notre encontre, je tenterai à ce moment de rester à la hauteur des circonstances, jamais je ne baisserai la tête.
J’envoie une accolade fraternelle à celles et ceux qui se sont solidarisé-es avec nous, chaque geste solidaire illumine les ombres de ces murs froids.
Aux prisonniers politiques subversifs dans les geôles de l’Etat chilien : vous êtes toujours présents dans mes pensées, même loin, je suis avec vous. Et à vous, frères et sœurs librement choisi-es, bientôt nos regards se croiseront à nouveau.

Main ouverte pour le compagnon, poing serré contre l’ennemi !
Mort à l’Etat et vive l’anarchie !!

Mónica Caballero Sepúlveda
Prisonnière PolítiqueAnarchiste
C.P. Ávila, septembre 2014
Territoire dominé par l’Etat espagnol

(Note de transcription : ces mots de Mónica ont été écrits début septembre et auraient dû être publiés il y a plus d’un mois, mais pour des raisons que nous ignorons ils ne nous sont parvenus que maintenant, fin octobre)

[Traduit de l’espagnol d’Indy Barcelona, 22 oct 2014]