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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Espagne : deux nouveaux textes sur les arrestations de Barcelone
Article mis en ligne le 23 novembre 2013
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[Quelques nouvelles traductions de l’espagnol et du catalan, en provenance de Barcelone sur les compagnons arrêtés le 13 novembre. A titre d’infos, pour faire discuter et réfléchir ici aussi]


Réflexions d’une mouche noire sur les arrestations de 5 anarchistes à Barcelone

« Certainement une chaîne
invisible et idéale liait leurs esprits
rêvant d’une lumineuse paix et justice ;
et ils s’éveillèrent de leur rêve magnifique les
poignets menottés et entassés
comme des bêtes dangereuses derrière les barreaux
de cette cage qui les enferme. »
L’anarchie face aux tribunaux, Pietro Gori

A présent, tous les compagnons seront probablement au courant de l’arrestation de 5 anarchistes le 13 novembre dernier à Barcelone. Ces derniers ont ensuite été transférés à Madrid où ils ont passé 5 jours à l’isolement et sans aucun contact, accusés de délits de terrorisme. Maintenant 3 d’entre eux (Gerardo, Yune et Valeria) se trouvent en liberté conditionnelle, tandis que les autres (Francisco et Mónica) sont en prison préventive.

Les accusations

Les 5 sont accusées d’appartenance à une « organisation terroriste », de "destruction" et de "tentative de destruction".
La Loi Antiterroriste espagnole, la plus dure d’Europe, a besoin, pour juger, de l’existence d’une « organisation » dont la simple existence fait augmenter les peines de manière disproportionné. Ainsi, la presse et l’accusation (police et parquet) ont sorti de leur manche une telle « organisation », en utilisant le nom d’une quelconque coordination (dans ce cas GAC, selon la presse), pour lui attribuer des intentions qui n’ont rien à voir avec celles d’une coordination anarchiste. Cela nous rappelle en tout point le procès absurde du procureur Marini, connu comme « Montage Marini » [sic], qui reposait aussi sur l’existence d’un sigle, ORAI, qui n’était rien de plus que le sigle d’un titre d’un texte intitulé « Nouveau tour de vis du capitalisme » de Alfredo Bonanno. A quelques subtiles différences près et bien qu’en ce qui concerne les récentes arrestations nous n’ayons pas beaucoup d’informations à cause du secret de l’instruction, car l’enquête est encore en cours, n’en demeurent pas moins de nombreuses similitudes.

Les médias

Dès le départ, la presse a eu un rôle inquisiteur. Ce qui a paru peut-être le plus étrange pour certains, c’est le rôle principal qu’y a joué le quotidien El País, le discours porté dénotant quelque peu avec la manière dont ce journal traite d’autres sujets et dépassant en grande partie sa tendance (supposément non-fasciste). Il n’y a pourtant rien d’étonnant. L’ensemble de la presse défend certains intérêts, ceux de la démocratie et du Capital. Et le fait que les infos de ce journal et ce sur quoi il a mis l’accent (en particulier sur l’« origine étrangère » de tous les arrêtés), nous surprenne n’est qu’une piqure de rappel pour toutes celles et ceux qui croyaient ingénument qu’à certains moments la presse du Capital « peut être utilisée en notre faveur ».

Les tactiques

Quand nous parlons de répression médiatique et policière, nous ne faisons pas référence au fait que parfois la presse agit de manière « policière » ou que la police met à profit son influence dans la presse au travers d’ « exclusivités ». Nous parlons de cela aussi, mais pas de manière partielle, exceptionnelle ou isolée : la presse cible et la police tire, mais ce n’est pas le diable qui charge les armes, mais bien la presse et la police à l’unisson. Ces derniers jours, l’expression « recharger la cartouche d’encre » a pris tout son sens.
A ce propos, il suffit de voir la continuité des infos que la presse de tout l’Etat sort régulièrement depuis un an et demi (un croquis partiel en est fait dans le texte « Préparant le terrain » sur le web) et dont les arrestations du 13 novembre ne sont que le sommet. Ou peut-être le début ?

Les finalités

L’intention du Pouvoir est assez évidente, tout au moins pour les anarchistes proches des arrêté-es : terroriser.
Au delà des accusations concrètes, des filatures et des arrestations, le côté disproportionné des moyens (policiers et médiatiques) ne laisse pas de place au doute. Des forces spéciales armées jusqu’au dents pour arrêter des couples en train de dormir, et une autre personne rentrant chez elle à vélo ; des équipes TEDAX recherchant des explosifs et n’ont rien trouvé d’autre que quelques allumettes ; une Brigade d’Information [équivalent de la Police Criminelle, NdT] qui ne savait même pas ce qu’elle cherchait, même si tout et n’importe quoi (de lunettes de soleil à une affiche de la Mostra del Llibre Anarquista) a pu servir de "preuves" ; des dizaines d’anti-émeutes bouclant la zone et contrôlant les arrêté-es. Puis le traitement médiatique, avec des images des arrestations diffusées dès le premier moment, les visages et les noms au complet des arrêté-es (même s’ils ne sont pas condamnés, et pour certains d’entre eux, n’étaient pas encore mis sous enquête). A cela s’ajoute l’ombre de l’Audiencia Nacional et tout ce qu’elle représente (la distance des proches, une détention prolongée, les histoires de tortures dans l’imaginaire collectif, etc). Enfin, il s’agit de créer une paralysie et une absence de solidarité.
Malgré tout cela, dès le premier moment, des compagnon-nes et ami-es des arrêté-es n’ont pas perdu de temps et se sont organisé-es de manière exemplaire pour au moins démontrer leur solidarité envers les arrêté-es, ce qui donne plus de force et de courage dans ces durs moments d’isolement. Savoir que celles et ceux qui sont dehors ne succombent pas au chantage et à la peur, est la forme la plus douce pour supporter l’isolement et l’enfermement.

Actuellement Cariñoso et Mónica sont en prison. Selon ce que nous savons, ils sont plein-es de force et de courage. Comme celles et ceux qui sont dehors, qui tout en ayant été libérés doivent affronter de lourdes accusations. Il est important, pour toutes et tous, de garder son sang froid. La répression n’est pas quelque chose qui apparaît pour disparaitre, qui se manifeste seulement quand elle sort ses crocs, c’est quelque chose qui est toujours là. C’est son ombre, son spectre qui créent la peur et pas seulement sa matérialisation.
Cette situation met une chose en évidence : l’anarchie n’est pas un jeu. Le Pouvoir le sait. La possibilité d’auto-organisation hors des réseaux de la Domination et de la représentation, la nécessité de subvertir les concepts et les normes, avec des idées et des pratiques, au-delà de tous les fantasmes qui fleurissent des deux côtés de la barricade, sans sur-dimensionner nos capacités ni les leurs.

Ce qui est bien réel, c’est que deux compagnons sont en prison, trois autres en liberté conditionnelle avec diverses restrictions. Il faut le prendre en compte et c’est sérieux, mais il est plus important d’assumer le fait que l’accusation de terrorisme plane au dessus de nos têtes. Toute forme de dissidence, tout acte défiant ou subvertissant la paix sociale peut se trouver confronté à cette accusation, la sorcellerie du XXI.siècle. Nous n’oublions pas ce que l’écrivain irlandais George Bernard Shaw disait il y a une centaine d’années : « Tant que les prisons existent, peu importe qui est dedans et qui est dehors ». C’est la même chose pour l’accusation de terrorisme, tant que quelqu’un en est accusé, peu importe qui c’est [sic].

Solidarité avec celles et ceux qui sont réprimés et en particulier avec celles et ceux qui sont enfermé-es !

Barcelone, le 21 novembre 2013

Pour écrire aux compagnon-nes incarcéré-es :

Francisco Javier Solar Domínguez
C.P MADRID IV, NAVALCARNERO
Ctra. N-V, km. 27.7, C. P : 28600.
Madrid

Mónica Andrea Caballero
C.P MADRID VII, ESTREMERA
Ctra. M-241 KM 5.750, C. P : 28595
Madrid

[Traduit de l’espagnol de Indy Barcelone, "Una mosca negra. Reflexiones sobre las detenciones de 5 anarquistas en Barcelona", 21 novembre 2013]


Rassemblement devant le siège du journal "El Pais", en solidarité avec les anarchistes incarcérés

Aujourd’hui, à 8’30 du matin, nous sommes allés coller des affiches et distribuer des tracts devant le siège du journal bourgeois EL PAÍS dans la rue Casp de Barcelone afin de désigner ce media comme responsable de créer l’alarme sociale qui a participé à l’incarcération de nos compagnon-nes anarchistes. Nous sommes ensuite partis en manif sauvage aux alentours de la place Urquinaona.

LE GOUVERNEMENT INDIQUE, "EL PAÍS" CIBLE ET LA POLICE ARRÊTE

Nous sommes venus au siège de "El País" dénoncer le rôle dégueulasse que ce média a joué dans les arrestations récentes de 5 compagnon-nes anarchistes et la mise en détention postérieure de 2 d’ entre eux. Ils se sont ainsi vues associées au terrorisme et les deux personnes emprisonnées se trouvent en isolement sous régime FIES II, en attendant le jugement. Il nous est égal que la justice les considère coupables ou innocents, nous savons de quel côté ils sont et de quel côté nous sommes. Aux compagnon-es vont tout notre soutien,notre force et notre solidarité inconditionnelle [sic] !

Nous savons bien quelle est la fonction des médias dans cette société, aussi progressistes qu’ils veulent se présenter comme "El País"... Qu’ils se considèrent de droite ou de gauche, ils sont fondamentalement les défenseurs acharnés de l’ordre sur lequel repose la société capitaliste. Ainsi, moyennant la création de l’opinion publique et la diffusion des valeurs et idées de la classe dominante ils tentent de diffuser dans la population la soumission et l’acceptation de la vie qu’on nous impose d’en haut. Évidemment, les démocrates complices de l’Etat comme "El País" sont les ennemis déclarés de toutes celles et ceux qui affrontent le système et ses institutions -particulièrement en plus ils passent des paroles aux actes.

Quoique la manière de procéder de ces mercenaires de la plume ne nous surprend en rien, nous voulons malgré tout souligner quelques points : Dès le début "El País" a fonctionné comme courroie de transmission du Ministère de l’Intérieur pour se faire la voix la plus directe de la Police Nationale, reproduisant et répétant des informations biaisées et fausses afin de créer délibérément le climat propice à l’incarcération. D’autre part, le lynchage médiatique a augmenté et s’est généralisé par la diffusion des noms complets et des photos des personnes arrêtées, ce qui en réalité est illégal [sic] (aussi démocrates qu’ils soient, ils piétinent leurs propres lois). A tout moment, ils ont insisté sur l’intoxication qui consiste à relier l’anarchisme et la terreur, l’anarchisme et la violence, jusqu’à l’extrême d’affirmer que le mouvement anarchiste copie la forme organisative d’al Qaeda, ce qui est aussi ridicule qu’absurde pour quiconque connaît un minimum le fonctionnement sans hiérarchies et en réseau que propose l’idéal anarchique depuis plus d’un siècle.

La création de l’ennemi intérieur (les anarchistes dans ce cas) est une stratégie historique du pouvoir politique qui sert à criminaliser et à réprimer la dissidence pour assurer la gouvernabilité sociale. Dans ce climat social et politique toujours plus tendu à cause de la mal nommée « crise », ils est sûr qu’ils craignent que les pratiques et idées anarchistes s’étendent à toujours plus de personnes et à d’autres secteurs comme cela a déjà été le cas il y a peu.

Que les sbires du pouvoir et les complices de la répression, comme "El País", sachent que nous avons aussi les moyens et la capacité de les désigner et que nous profiterons de chaque opportunité de le faire. Ils ne vont pas nous oublier !

CONTRE TOUTE AUTORITE !
LA REPRESSION NE NOUS ARRETERA PAS !
SOLIDARITE ET FORCE AUX ANARChISTES EMPRISONNES !

[Traduit du Catalan de Indymedia Barcelona, 22 novembre 2013]


fichiers joints

  • "Aux vautours qui bouffent en dépouillant nos rêves et notre liberté... toute notre haine !!! Encadré : Jorge A Rodriguez Arroyo Chef de la section Politique/Espagne de El Pais Spécialisé dans le Terrorisme d’Etat Responsable de la diffamation contre toutes celles et ceux qui décident d’affronter l’oppression et l’autorité" Affiche collée lors du rassemblement devant le siège d’El Pais, 22 novembre