" />
Slogan du site

Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Journalistes et médias : Les raisons d’une inimitié
Article mis en ligne le 8 janvier 2015
Imprimer

La question n’est pas la plus ou moins grande correction d’un journaliste en particulier, mais au contraire le rôle en soi de l’appareil médiatique. Les médias ont en effet la prétention d’être la représentation totale de la réalité. En témoigne ce simple fait : pour eux, celui qui refuse de parler avec les journalistes « ne veut communiquer avec personne ». Comme s’il était impossible de communiquer de manière directe, sans le filtre de la presse, de la radio ou de la télévision. C’est la même attitude qu’ont les autorités politiques : celui qui refuse tout rapport avec elles refuse, selon elles, tout dialogue avec les gens. Pourtant, malgré les progrès constants de la domestication sociale, le monde n’est pas uniquement peuplé d’autorités, de flics et de journalistes. Mieux même, c’est justement au-delà et contre leur pouvoir que commence le dialogue réel.

Les médias font ainsi partie intégrante de la domination. Tout comme elle, ils font participer, ils excluent, ils récupèrent et ils répriment en même temps.

Ils font participer. Chacun doit croire que la seule réalité est celle que journaux et télévisions façonnent tous les jours, la réalité de l’Etat et de l’économie. Les médias sont un instrument indispensable pour imposer le consensus. Ils sont la version moderne du mythe, c’est-à-dire la représentation qui unit exploités et exploiteurs. Les médias socialisent les gens.

Ils excluent. Les pensées et les actions hostiles à cette société ne doivent pas apparaître. Il faut les taire, les falsifier ou les rendre incompréhensibles. Les taire quand leur existence même est une attaque contre l’ordre établi. Les falsifier quand ce qu’on ne peut pas taire doit être opportunément reconstruit. Les rendre incompréhensibles quand il est nécessaire d’accorder à la révolte quelques vérités partielles afin que s’évanouisse leur sens global. Les médias enlèvent à tous les sans-pouvoir tout moyen d’expression autonome. L’unilatéralité de l’information est le contraire de la communication entre individus.

Ils récupèrent. Ils invitent à dialoguer avec les institutions, ils créent des porte-parole et des leaders, ils intègrent toutes les idées et les pratiques subversives une fois qu’elles ont été rendues inoffensives en les séparant de leur contexte, en les faisant consommer sans les vivre, en les étouffant dans l’ennui du déjà-vu.

Ils répriment. Ils collaborent avec la police en dénonçant et calomniant, ils lui préparent le terrain avec des menaces opportunes, ils en justifient publiquement le travail. Parfois, ils répriment en donnant raison –ce que quelqu’un appelait la « répression laudative »–, c’est-à-dire en présentant comme subversif ce qui ne l’est pas, lointain ce qui est au coin de la rue, terminé ce qui vient tout juste de commencer.

Bien souvent, on ne saisit des médias que l’oeuvre de falsification et de répression, c’est-à-dire les aspects les plus ouvertement calomniateurs et criminalisants. Mais la rage contre le mensonge journalistique a alors le souffle court, en pouvant facilement être liquidée dans des périodes moins conflictuelles par une série d’articles suffisamment corrects. Le problème n’est pas l’honnêteté de tel ou tel journaliste ou la fidélité des articles, mais bien l’action sociale des médias. Dans la machine médiatique, les qualités intellectuelles et les normes déontologiques sont emportées par la masse des informations, par un « totalitarisme du fragment » qui est le véritable visage des infos. L’intelligence critique se construit à travers l’association, l’analogie et la mémoire. Les infos, au contraire, sont le produit de la séparation, du détail, de l’éternel présent. La passivité médiatique n’est que le reflet de la passivité salariale et marchande. On le sait, la vie qui nous échappe revient au galop sous forme d’image et de scoop. Plus on est informés, moins on connaît, c’est-à-dire moins on vit.

Personne ne peut faire aujourd’hui de la politique sans vendre sa propre image. Celui qui ne veut pas rompre avec la représentativité politique sous toutes ses formes (y compris celles qui sont antagonistes), ne peut pas rompre avec la représentation médiatique. Il pourra insulter les journalistes pendant quelques semaines, dans l’impossibilité de faire autrement, puis il recommencera à dialoguer. Pour négocier avec le pouvoir, les médias sont nécessaires. Ce sont eux-mêmes –et les faits récents le confirment– qui poussent au dialogue, favorisant ainsi la répression de ceux qui ne dialoguent pas avec leurs ennemis. Dans le bavardage du consensus, le fichage policier commence contre celui qui se tait. C’est pourquoi couper court avec la presse et la télévision, ainsi qu’avec les images et les étiquettes qu’elles nous collent, signifie couper court avec la politique.

La conclusion ne peut pourtant pas être celle de l’autisme de ghetto, mais celle d’une rébellion qui se donne ses propres moyens de communication autonome.

(Extrait du Loup Garou n°3, Paris, février 1999 et de Si raccoglie ciò che si semina, Rovereto (Italie), novembre 2003)

[Publié dans Cette Semaine n°96, été 2008, pp. 28-29]


Humains !

Vous n’avez qu’un ennemi. C’est le plus dépravé de tous. La tuberculose et la syphilis sont des fléaux terribles qui font souffrir l’homme. Mais il existe un fléau plus dévastateur que la peste qui ravage le corps et l’âme de l’homme, une épidémie incomparablement plus terrible, plus sournoise et plus pernicieuse : j’ai nommé la presse, cette catin publique. Toute révolution, toute libération de l’homme manque son but si on ne commence pas par anéantir sans pitié la presse. Tous les péchés seront remis à l’homme, mais le péché contre l’esprit ne lui sera jamais pardonné. Anéantissez la presse, chassez de la communauté des humains ces maquereaux à coups de fouet, et tous vos péchés vous seront remis, ceux que vous commettez et ceux que vous n’avez pas encore commis. Pas une réunion, pas une assemblée d’êtres humains ne doit se dérouler sans que retentisse la déflagration de votre cri : Anéantissez la presse !

Ret Marut, Der Ziegelbrenner n°15, 30 janvier 1919.