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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Saint-Astier (Dordogne) : 140 hectares pour tester le produit “gendarmerie”
Article mis en ligne le 28 mai 2014
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Dans le Périgord, les gendarmes enseignent l’art de maintenir l’ordre

20Minutes, 28/05/2014 à 14h30

REPORTAGE - « 20 Minutes » a suivi la formation des « moblos » au centre national d’entraînement des forces de gendarmerie...

Au cœur du Périgord blanc, dans la commune de Saint-Astier (Dordogne), d’irréductibles manifestants continuent de jeter des pavés sur les forces de l’ordre. Les affrontements sont quasi-quotidiens. Gaz lacrymogènes, cocktails Molotov, barricades, incendies de poubelles. Une ville-fantôme à l’odeur de caoutchouc brûlé s’érige au nord de la ville, sur un terrain militaire de 140 hectares. Un terrain de jeu rêvé pour les gendarmes mobiles - « moblos » dans le jargon -, spécialistes en maintien de l’ordre.

Le centre national d’entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG) accueille les escadrons qui viennent y apprendre de nouvelles méthodes et mettre à jour leurs techniques. Les exercices - ce sont bien des exercices - se doivent d’être au plus proche de la réalité. Et les scenarii, joués par les militaires eux-mêmes, sont divers. Tantôt, des jeunes calédoniens de tribus adverses veulent s’étriper : aux gendarmes mobiles de s’interposer ; tantôt ils sont pris à partie dans une cité urbaine : à eux de s’adapter... Parfois, ils doivent intervenir en milieu rural, comme à « Notre-Dame-des-Landes ».

Pas de « bavure »

A Saint-Astier, les gendarmes s’exercent à la délicate mission de la gestion des foules. « Le maintien de l’ordre, c’est l’acceptation d’un désordre raisonnable », résume le colonel Philippe Thiriot, responsable de la formation au centre. Contenir des manifestants, les disperser, les tenir à distance, isoler les éléments violents... Sans faire de « bavure ». Et en respectant les ordres de l’autorité administrative ou civile, « pas toujours énoncés clairement », concède un gradé.

« Les manifestants ne sont pas plus durs qu’il y a trente ans. Il y a toujours eu des gens en colère, poursuit le colonel Thiriot. En revanche, la difficulté aujourd’hui est la présence de manifestants très différents qui se retrouvent au même endroit, au même moment. Des jeunes mais aussi des personnes âgées, des poussettes, des femmes et des individus très radicaux, voire violents. »

Des magistrats viennent s’y former

Outre la formation de ses propres pelotons, le centre propose son expertise aux autres pays. Ivoiriens, Jordaniens, Béninois, Mexicains... Régulièrement, des délégations étrangères viennent y observer l’art du maintien de l’ordre à la française : garder la foule à distance en procédant à des charges ou en ayant recours à des moyens de forces intermédiaires (lanceur de grenades lacrymogènes, lanceur à balles de défense de 40mm, flashball...). « On leur présente notre produit “gendarmerie”. Ils en font ce qu’ils veulent à leur retour », précise-t-on. Mais ce n’est pas toujours concluant. Comme pour les Ukrainiens avec qui un important partenariat avait été noué, avant que n’éclate la révolution du Maïdan.

Des responsables civils, bien souvent au contact de la justice, ou encore des journalistes, viennent aussi découvrir le dispositif et l’armement des gendarmes. « On veut faire comprendre aux magistrats que lorsqu’on fait usage de son arme, c’est dans un cadre bien précis de réponse graduée à la violence et que le temps de réflexion est très court », souffle un gradé. La semaine dernière, un futur procureur adjoint de la région parisienne a « testé » les effets du pistolet électrique. « Ce que j’en retiens, c’est la douleur. On a réellement envie que la décharge s’arrête », réagit-il. Pas d’ennemis, mais des « adversaires »

Cet été, des chefs d’établissements scolaires qui prendront leur poste en septembre, seront formés à la gestion de crise, en cas d’agression d’un professeur, d’un incendie à l’école, ou, plus grave, d’attaques. « On va leur expliquer, entre autres, le concept d’intervention et les conduites à tenir sur les tuerie de masse », détaille-t-on à Saint-Astier. Le « produit » de la maréchaussée se veut réellement différent de celui proposé par leurs homologues policiers des compagnies républicaines de sécurité (CRS). « C’est le même savoir-faire mais pas le même savoir-être », insiste-t-on.

Le coup de bâton est-il moins appuyé par les gendarmes mobiles ? Les différences sont essentiellement sémantiques. Mais elles ont leur importance ajoute-t-on. « Par exemple, on ne dit pas “ennemi”, mais “adversaire” », indique le lieutenant-colonel Philippe Ganche, un instructeur du centre. « Et tous les manifestants ne sont pas des adversaires », conclut le chef de corps Pierre Casaubieilh, commandant du CNEFG.

Opérations extérieures

Le CNEFG a été créé en 1969, à la suite des événements de mai 68, où des faiblesses sont apparues. Il a pour vocation le perfectionnement des gendarmes mobiles et la préparation des unités aux opérations extérieures.