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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

[Brochures] : Quelques remarques autour de la lutte contre la prison
Article mis en ligne le 19 février 2015
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Brique par brique - Quelques remarques autour de la lutte contre la prison
Contributions à la lutte contre la construction d’une maxi-prison à Bruxelles N°3

Brochure de 20 pages sortie en février 2015 à Bruxelles, contenant deux textes :
- Contre toutes les prisons (octobre 2010)
- Quelques remarques autour de la lutte contre la prison et ses défenseurs (printemps 2012)

A télécharger sur le site de La cavale ou ci-contre.


Une cage dorée reste une cage. Les nouvelles prisons et le mensonge de l’humanisation
Contributions à la lutte contre la construction d’une maxi-prison à Bruxelles N°3

Brochure de 16 pages sortie en février 2015 à Bruxelles, contenant :
- Introduction
- Toute prison est invivable
- Enfermer humainement n’existe pas
- Nouvelle prison, même merdier
- Même merdier bis

A télécharger sur le site de La cavale ou ci-contre.

Chaque fois que le pouvoir s’apprête à construire une nouvelle structure répressive telle qu’une prison, il n’économise pas sur les mots pour justifier sa démarche. Généralement, afin d’obtenir un consensus maximal auprès des populations, ses arguments vont se référer à une valeur absolue, qui varie évidemment en fonction des époques et des contextes historiques.
Quand il s’agissait de justifier l’ouverture de camps de concentration en France et en Angleterre afin d’y enfermer, préventivement, les possibles saboteurs de l’effort militaire à l’aube de la Deuxième Guerre Mondiale, c’était autour de la valeur de « Patrie » que l’Etat cherchait à rallier la population.
Quand il fallait neutraliser le refus du travail salarié dans les années 70, fruit et source d’une vaste subversion révolutionnaire, s’exprimant notamment à travers la délinquance sociale et les braquages de banques, l’Etat français, et d’autres pays à leur façon, ont réformé le système pénitentiaire. Si d’un côté de véritables prisons dans les prisons, à la fois oubliettes et centres de torture qu’on a appelé QHS, étaient introduites afin d’éradiquer l’élan de révolte, d’un autre côté le discours portait surtout sur l’introduction de mécanismes de réinsertion, du changement de l’optique de l’enfermement de « punition » en « réhabilitation ». Un discours profondément humaniste donc, afin de justifier l’écrasement dans les QHS et la répression meurtrière dans la rue.
Quand il s’agit aujourd’hui de justifier le plus grand programme de construction de prisons que l’Etat belge n’a jamais connu, le fil rouge du consensus à obtenir porte aussi sur « l’humanisation des prisons ». Prenant prétexte des dizaines de mutineries qui ont secoué l’univers carcéral belge entre 2006 et 2011, mettant à nu la réalité des conditions de détention, la violence des gardiens, la surpopulation, la vétusté de certains prisons, l’Etat base sa légitimation de nouvelles prisons non seulement sur l’appel au sécuritaire, mais aussi sur le réaménagement de ces conditions jugées aujourd’hui « inacceptables ».

Pourtant, la construction de nouvelles prisons a toujours eu comme but principal l’augmentation de la capacité d’enfermement, c’est-à-dire le durcissement répressif. Si l’enfermement est en effet un mode de gestion des contradictions sociales sur lesquelles cette société est basée, l’augmentation ininterrompue du nombre de détenus indique que cette stratégie répressive n’est en rien obsolète aux yeux de l’Etat. Et donc, en toute logique, il doit construire toujours plus de prisons.

Pour critiquer le discours d’humanisation des prisons (qui a des fortes ressemblances avec le discours qui tend à humaniser la guerre en la présentant comme une « opération chirurgicale », avec le discours qui humanise le contrôle capillaire en déshumanisant les « ennemis des valeurs démocratiques » et ainsi de suite), il faut oser pénétrer au fond des choses. Le pouvoir existe et, devant la menace toujours présente d’être détruit par ceux qu’il opprime, il doit se protéger. C’est dans son essence même de continuer son existence, de prolonger et d’étendre son règne. A force d’analyser les développements historiques, il faut constater que le pouvoir ne mise pas toujours sur le même cheval, ou plutôt, il mise en général sur tous les chevaux en même temps. Il est prêt à bombarder, à massacrer, à faire des génocides et mener des guerres pour se préserver, et il est aussi prêt à donner à manger, soigner les malades, adoucir le sort des détenus si cela renforce son emprise sur ses sujets. Ainsi, torture et progrès vont main dans la main. Le pouvoir, c’est la torture et c’est le progrès. C’est sa force, c’est sa puissance.

Si l’humanisation des prisons est de toute façon un mensonge, vu que l’enfermement en soi constitue une torture, on le voit davantage si on perce les discours de propagande pour aller vers la réalité. Une prison plus propre, c’est aussi une prison aseptisée, stérile, avec un contact humain minimal entre détenus. Une prison mieux équipée, c’est aussi une prison où tout est automatisé, où les portes ne s’ouvrent plus avec des clés, mais à distance, où les fenêtres ne s’ouvrent pas (vu qu’il y a l’airco pour aérer). Un enfermement plus axé sur la « réinsertion », c’est aussi la dictature « scientifique » et donc « incontestable » des psychologues et des psychiatres, des médecins et des assistants sociaux. Si un semblant d’un peu plus de confort est offert au détenu, c’est au prix d’un contrôle renforcé. Ce qui n’est pas différent à l’extérieur, dans l’ensemble de la société.