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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Bristol (Angleterre) : lettre de prison de la compagnonne Emma Sheppard
Article mis en ligne le 4 mars 2015
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Bristol, Royaume-Uni : Lettre de la prisonnière anarchiste Emma Sheppard en réponse à sa condamnation

Samedi 28 Février 2015

Je viens juste de me voir à la télé, ce que j’espère être une expérience que je ne répéterai jamais. Mais au moins ça a remonté le moral de tout le monde dans l’aile ! J’ai pensé à écrire pour essayer de digérer certaines des choses qui se sont passées. Mais je ne me sens pas au top de mon éloquence (et en plus, clairement, je suis limitée par ma surveillance) donc j’ai pensé à utiliser certaines des citations qui m’ont inspiré depuis que je suis en prison.

Dolly Parton dit que, « Si tu veux l’arc-en-ciel, tu dois supporter la pluie. » Je me sens vraiment chanceuse d’avoir autant de genTEs dans ma vie avec qui survivre à l’orage et je suis heureuse d’avoir moins de pluie que je ne pensais avoir. Ca m’attriste que cela est peut-être le fait de mon portrait de « bonne fille qui a mal tourné ». Pourquoi l’empathie et la colère ne peuvent co-exister ? Pour moi elles font toutes partie de la solidarité. Je ne suis pas spéciale. Je me contente de faire ce qui me semble juste. Je pense que c’est du fait de mon genre (et peut-être de ma classe) que ces distinctions sont faites.

« Quand tu as eu peur de quelque chose pour suffisamment longtemps et que cette chose arrive, ce qui est terrible se fait soulagement. Car au coeur du mal il n’y a plus de peur. » – Lionel Shriver

Ce n’est qu’après ma condamnation [*] que j’ai réalisé à quel point je la redoutais. Les médias, l’horrible discussion « bon vs méchant personnage », mes « regrets ». L’ensemble me dégoûte. Mais maintenant je ressens un calme las.

Ils disent que je suis « trop intelligente » pour ne pas aimer la police, et que mes actions ont empêché la police de s’occuper des cas de violences domestiques et de maltraitance d’enfants. Est-ce qu’ils ne se rendent pas compte combien de femmes sont ici avec moi parce que ces problèmes sont systématiquement ignorés ? Ce système entier est pourri jusqu’à l’os !

Je n’étais pas surprise, mais en colère, de voir que la cour s’est focalisée sur l’expression de ma solidarité envers les genTEs de Jackson et de Grèce mais ont ignoré les très concrets problèmes que j’ai avec la police de ce pays, que j’ai listé de façon détaillée : les mortEs en garde-à-vue et dans la rue, les prisons de migrantEs et le racisme institutionnel, les interpellations et fouilles, l’usage de tasers, je pourrais continuer encore et encore. J’ai aussi essayé de souligner ma propre expérience de la violence policière (me visant moi et mes camarades), de la répression et des tentatives d’infiltration. Mais je vois bien pourquoi ils ont choisi d’ignorer tous ces points et détourner l’attention ailleurs.

Je regrette de m’être fait prendre et l’impact que cela a eu sur ma famille et celleux auxquels je tiens. Je suis déterminée à ne jamais revenir ici, et je sais qu’en tant que femme à abattre, je vais devoir rester du « bon » côté de la loi. Mais je pense déjà à beaucoup de façons de soutenir les genTEs faisant face au « complexe » prisonnier. Pas juste parce que je me soucis des autres, mais parce que je suis en colère.

Je vous laisse avec l’une de mes citations préférées de Dylan Thomas :

« N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit,
Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour ;
Rager, s’enrager contre la mort de la lumière
. »

Solidarité, amour, rage et les mauvais rappeurs de demain [tomorrows chip rappers],

Em X


Enigme en fil de rasoir

Je suis une terroriste, et une libérale
Je suis un homme, et une femme malavisée
Je suis bienveillante, et téméraire
Je suis anarchiste, et je ne suis pas anarchiste
Je suis intelligente, et insensée
Je suis pleine de regret, et provocateurice
Je suis seule, et bien soutenue
Je suis queer, et discriminatoire
Je suis triste, et sans remords

Que suis-je ? Je suis moi, Em (supposément).

Depuis le Nouvel An, j’ai été désigné par toutes ces choses et je suis fatiguéE du jugement des autres. Du jeu rampant de la salle d’audience, qui me fait suffoquer. Des autres prisonnierEs qui me questionnent et me menacent. De mes « camarades » qui font une croix sur moi. Des médias qui construisent une image de moi. De la police qui est « concerné par mon bien-être ».

Je n’ai jamais caché le mépris que j’ai pour la police. J’ai essayé de minimiser l’impact que mon arrestation a eu sur celleux auxquels je tiens sans me vendre.

Je suis toujours unE anarchiste en colère au coeur provocateur. Mais je suis las. Je ne veux pas de compassion. Je garderai le menton haut et ma tête baissée.

Emma Sheppard A7372DJ
HMP Eastwood Park, Church Avenue, Falfield
Wotton-under-Edge, Gloucestershire, GL12 8DB
Angleterre, Royaume-Uni

[*] Emma a été condamné à 2 ans de prison pour avoir dégradé des voitures de flics à Bristol.

[Traduit de l’anglais par contrainfo de l’ABC Bristol, February 28, 2015]