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Nous n’avons aucune préférence pour les brèves dites "politiques" qui ne s’opposent aux brèves "sociales" que pour les chantres de l’avant-garde. Nous reprenons ici ces deux catégories pour être clairs, sans les partager pour autant : la guerre sociale n’a besoin ni de sigles ni de communiqués pour exister quotidiennement et n’attend pas les projecteurs médiatiques. Les secondes demandent cependant un dépouillement régulier des journaux, notamment locaux, ou bien des témoignages directs. Elles sont donc moins nombreuses.

Une dernière précision : les journaux étant la voix des flics, les notices sourcées d’eux sont à prendre avec précaution.

NB : sauf mention contraire, les traductions et synthèses seront anonymes, appartenant donc à tous. Si nous mettons un lien, ce sera donc uniquement vers la langue d’origine du texte.

Modène (Italie) : Lettre des trois compagnons en procès suite au rassemblement devant le CIE
Article mis en ligne le 24 novembre 2013
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Trois compagnons ont été arrêtés en juin dernier à Modène pour tentative d’incendie au terme d’un rassemblement devant le CIE. Libérés quelques jours plus tard, ils sont depuis 5 mois soumis aux arrestations domiciliaires et ont écrit une lettre que nous publions. Pendant que nous y sommes nous vous signalons que dimanche prochain à Modène se tiendra un rassemblement de solidarité avec eux.

Le 16 juin dernier ils nous ont arrêtés à bord d’une auto appartenant à l’un d’entre nous rue Ciro Menotti, à Modène. Ils nous ont perquisitionnés sur le moment, relevant qu’il y avait des habits sombres dans nos sacs et deux paires de gants, un couteau à cran d’arrêt et un de cuisine dans la voiture. Emmenés à la préfecture, nous avons été accusés de “tentative d’incendie”, après un rassemblement de solidarité aux détenus du CIE, défini par les enquêteurs comme un acte militaire réalisé devant la structure par une vingtaine d’encapuchés vêtus de noir. Parmi ces derniers, le chef (chef car il est habillé différemment des autres) aurait tiré avec un “pistolet lanceur de roquettes”(mortier, NdT) une dizaine de coups en direction des militaires, lesquels, pour “éviter le pire” auraient dû se cacher derrière une Jeep. Un de ces tirs aurait incendié la haie autour du poste de garde de la structure ; éteint par les pompiers peu de temps après, ce feu aurait endommagé l’installation lumineuse externe de la structure.

En juillet le tribunal du "réexamen" [chargé de décider des mesures préventives, NdNF] a modifié les quatre accusations, nous inculpant pour ”vandalisme pluri-aggravé en réunion” avec des inconnus. Les fait aggravants : le fait que la structure soit publique, et la violence sur les personnes. Depuis le 16 juin le procès a été reporté deux fois et nos nombreuses requêtes de révocation des obligations domiciliaires avec restrictions nocturnes imposées par la juge Manuella Cortelloni n’ont servi à rien. Ceci est le cadre du procès monté par la préfecture et soutenu par le magistrat. Nous avons voulu en faire la description pour vous expliquer comment les flics peuvent transformer un rassemblement de solidarité en quelque chose qui leur sert à réprimer les parcours conflictuels et de soutien/solidarité réels De cette manière les seuls parcours légitimes “contre” les Centres d’Identification et d’Expulsion sont ceux de l’indignation contre la violence policière sur les immigrés impuissants, pétitions au président de la chambre des députés, ou demande d’une quelconque réforme plus juste ; Ceci dans le but d’éviter qu’une critique des CIE puisse être une aversion pour le système qui les génère et les remplit.

Les CIE de Modène, Bologne, Crotone, Brindisi, Catanzaro,Trapani sont à présent fermés grâce aux révoltes continues des migrants détenus qui coup par coup ont rendu les structures inutilisables. Nous pensons que ceux qui se battent depuis des années contres ces camps de concentration ne peuvent pas s’attribuer le fait d’en avoir fermé certains ; mais nous pouvons sûrement nous attribuer le mérite d’avoir donné force et espérance aux détenus, d’avoir cherché à rompre l’isolement entre ceux dedans et ceux dehors, faisant sortir leurs récits, ou faisant entrer notre soutien, d’avoir mis des bâtons dans les roues de ceux qui cherchent à se faire de l’argent et à gagner du pouvoir sur la peau des retenus : Miséricorde, Croix rouge, Coopératives sociales, police, armée... de ne pas être restés à regarder.

Après les milliers de personnes mortes noyées dans la méditerranée, échouées sur les côtes de la Sicile ou prises dans les tempêtes, l’Etat nous fait voir son visage le plus hypocrite et dangereux, d’un côté il cherche à gagner le consensus à travers la propagande la plus vulgaire : funérailles d’état, direct TV, pitié mass-médiatique... de l’autre il renforce Frontex (la police aux frontières européennes), restructure et surveille les CIE fermés, continue les expulsions, utilise des drones et des destroyers pour intercepter les barques en approche, construit des énormes radars pour surveiller en détail la côte sud-européenne (MUOS).

Ce sont des évidences qui nous mènent à penser que la lutte contre les camps, les expulsions et le monde qui utilise ces moyens pour s’enrichir et dominer, sera encore longue. En conséquence, une énergie toujours renouvelée doit être attribuée à l’attaque, pour continuer à frapper les ennemis de la liberté et de la justice là où ils sont le plus à découvert, où leurs contradictions les plus exacerbées peuvent devenir des foyers de révolte, individuelle ou non.

Nous pensons que la solidarité (reçue en abondance et appréciée ces derniers mois de restrictions carcérales), en plus d’avoir une forte valeur humaine, est pour les anarchistes une des meilleures voies pour redonner de la force aux parcours conflictuels, toujours avec un regard constructif et critique sur les parcours passés, pour trouver des méthodes toujours plus incisives.

Andrea, Gabriele, Sabbo

[Traduit de l’italien par Sanspapiersnifrontieres de macerie @ Novembre 22, 2013]