Du bâton pour les guignols


Samedi 15 Octobre à la Fête de la Science, dans les jardins du Sénat au Luxembourg à Paris, le stand de l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) a été assailli par un Comité de Lutte Antinucléaire (CLAN) sur le coup de 15h30. Il s’agissait de dénoncer en actes l’infâmie de cette mascarade où l’on prétend expliquer aux enfants, dans la joie et la bonne humeur, que ce qui empoisonne est bon. Un court texte intitulé «du bâton pour les guignols» a accompagné un déluge d’œufs pourris et d’insultes essuyé par les fiers pédagogues ébahis du risque radioactif. Notons aussi qu’à cette occasion, Nucléon, «mascotte virtuelle interactive» censée présenter «le travail de l’Institut», nous a quitté.

« Maintenant on pourrait presque enseigner aux enfants dans les écoles comment la planète va mourir, non pas comme une probabilité mais comme l’histoire du futur. On leur dirait qu’on a découvert des feux, des brasiers, des fusions, que l’homme avait allumé et qu’il était incapable d’arrêter. Que c’était comme ça, qu’il y avait des sortes d’incendie qu’on ne pouvait plus arrêter du tout. Le capitalisme a fait son choix : plutôt ça que de perdre son règne. »
Entretien avec Marguerite Duras, Le Matin, 4 juin 1986

Le prix Nobel de la paix a été attribué au président de l’AIEA, association créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour promouvoir et gérer le nucléaire civil et militaire. Elle s’illustre depuis Tchernobyl par son négationnisme zélé et la gestion de la prolifération des arsenaux nucléaires des États. Voilà la paix que nous offrent les gouvernements et institutions internationales, des morts par millions, des déchets pour des milliers d’années. Ainsi, le président de l’AIEA, Hans Blix déclarait en 1986 : « L’industrie atomique peut supporter des catastrophes comme Tchernobyl, tous les ans. » Le parti nucléariste mobilise toutes ses forces dans l’ambition de relancer le programme nucléaire. Avec SAGE1, le milieu nucléariste étudie ici, pour nous, les conclusions de son étude sur l’adaptation des populations à un environnement dévasté par la catastrophe de Tchernobyl. Cette dévastation fait désormais partie du présent. Le risque que cette organisation sociale nous fait courir à tous est le risque nécessaire pour assurer sa pérennité. Une société reposant sur la production de masse d’énergie est une société mortifère. Avec ITER2, les nucléaristes veulent poursuivre leur idée autiste et dangereuse de puissance infinie.

Mais le nucléaire ne peut plus être présenté comme une énergie maîtrisée ainsi que le faisait la propagande jusqu’au milieu des années 80. Aujourd’hui, chacun va devoir s’habituer à la perspective de vivre irradié en s’amusant. C’est pourquoi il va falloir faire avec des joujoux et des guignols comme M. Nucléon. Cette nouvelle propagande reprend à fond la bonne vieille méthode du pouvoir de l’infantilisation : pour éviter que puisse exister la réalité des problèmes en jeu, sont mises en place des présentations infantiles du genre : « La fission nucléaire est ton amie ».

En attendant qu’un mouvement social exprime et soutienne la nécessité d’arrêter immédiatement le nucléaire, nous traiterons ces propagandistes scientistes comme ils le méritent. Le discours a changé, mais nous ne nous laisserons pas manipuler ! Nous n’avons pas peur, nous sommes en colère !

Paris le 15 octobre 2005
Comité de Lutte Anti-Nucléaire

1. Stratégie pour une culture de protection radiologique pratique en Europe en cas de contamination radioactive suite à un accident nucléaire. Soulignons que l’aréopage d’experts et contre-experts a été copieusement aspergé de purin et d’œufs pourris lors de sa réunion de conclusion à Paris.
2 . International Thermonuclear Experimental reactor. Projet de recherche d’un réacteur à fusion.


[Extrait de "Cette Semaine" n°88, mars 2006, p.13]