Les mauvais élèves

de la biométrie


Jeudi 17 novembre, une vingtaine de personnes s’est introduite dans le lycée de la Vallée de Chevreuse (91). Certains ont distribué des tracts, d’autres ont improvisé une saynète qui fut interrompue par le bris de deux machines visant à contrôler l’entrée des lycéens dans le réfectoire.

Depuis septembre 2005, ce lycée avait mis en place les outils biométriques qui reconnaissent les contours de la main des élèves, préalablement enregistrés dans des bases de données informatiques. L’usage de la biométrie dans les cantines scolaires, dont l’efficacité est par ailleurs contestée, a pour objectif d’habituer les enfants à ces technologies carcérales afin qu’ils se soumettent sans résistance aux contrôles dans les aéroports, les bibliothèques et les gares, dont la mise en place est imminente.

Le 17 novembre, les perturbateurs du repas de midi voulaient dénoncer cette « éducation à la biométrie » qui sert à légitimer une présence de plus en plus quotidienne d’outils de contrôle en tous genres, fleurons de l’effort de guerre de la Science à l’encontre de la liberté humaine.

Tout s’est passé dans une ambiance bon enfant jusqu’au moment où les participants à l’action, affublés de masques de clowns, quittaient le réfectoire en marchant. Certains, pris au hasard, ont alors été violemment molestés par un surveillant, puis par des élèves et d’autres membres du personnel, furieux que d’aussi belles machines aient été mises hors d’usage. Le départ des clowns a été entravé à coups de pied et de poing.

Trois d’entre eux ont été finalement remis à la gendarmerie. A l’issue de 24 heures de garde à vue et deux perquisitions, après avoir refusé la comparution immédiate, ils sont sortis libres du Tribunal de Grande Instance d’Evry.

Le procès, initialement prévu le 16 décembre, s’est tenu le 20 janvier 2006. Ils ont été condamnés à trois mois avec sursis, 9 086 euros pour le remboursement des bornes et 500 euros d’amende pour l’intrusion dans le lycée. Tous trois ont fait appel.



Lycéennes, lycéens,

Ne sentons-nous pas autour de nous l’étau qui se resserre, le bocal qui rétrécit ? Ne voyons-nous pas venir ce moment où l’on saura dans tous les détails ce que nous faisons, où nous sommes, ce que nous consommons ?

Il y a quelque chose de ça avec le système de biométrie installé dans la cantine du lycée. Pas un contrôle fort, d’accord. Juste l’un de ces trucs qui nous apprennent à toujours être identifiés, triés, séparés. Qui nous conditionnent, nous habituent à ressembler aux moutons et aux veaux dans nos assiettes, pucés pour que les administrations sachent parfaitement d’où ils viennent, quand ils naissent, quand ils meurent.

Le meilleur moyen de contrôler les humains, c’est pour l’instant de les mettre à l’école et au travail, avec en poche une carte bleue et un téléphone mobile. Imaginez qu’un jour prochain, on nous mette une puce sous la peau, objectif avoué de ceux qui nous invitent à «s’inscrire à la biométrie» : il deviendra alors complètement impossible de nous révolter contre le pouvoir de l’Etat et des entreprises.

Il ne s’agit pas de science-fiction, mais de ce qui arrive petit à petit ici et maintenant sous le voile du high tech branché et du jeu. Du temps de nos grands-parents, la science et la technologie devaient permettre d’en finir avec la misère et les inégalités. Aujourd’hui, le progrès cher aux anciennes générations sent à plein nez la prison et la mort. Dans ce nouveau millénaire, nous sommes nombreux et nombreuses à savoir que le délire scientifique et technologique est le premier obstacle à la justice sociale et à la liberté humaine.

Il est encore temps : demandons-nous si un monde sans caméra de surveillance, sans ordinateur et sans portable, ne serait pas plus vivable. Demandons-nous ce que la biométrie et ses puces peuvent nous apporter. Et ne laissons pas remettre en marche ces foutues machines à trier entre ceux qui ont les moyens et ceux qu’on envoie manger dehors (... Et n’hésitons pas à en saboter d’autres !).

Des complices

[Tract distribué le 17 novembre 2005 avant la destruction des bornes biométriques]


Quelques profiteurs en passant...

• Actronix, distribution de systèmes biométriques

29, rue Charles Dupont — 92270 Bois Colombes — 01 47 82 21 95 — www.actronix.fr

• Biométrie Capital Contrôle, distribution et installation de matériel de sécurité agrée SAGEM, disposant d’un réseau d’installateur sur l’ensemble de la France, habilité EDF et Secret Défense

12, rue Jules Ferry — Immeuble Henry Spaak — 93651 Rosny sous Bois — 08 26 10 26 20

• ISTEC-Europe, intégrateur des solutions du Coréen ISTEC, Nitgen, Sony Bionics.

• EADS Telecom, intègre dans ses solutions de sécurité publique des moyens de consultations de base de données biométriques.

• INDEX Technologie, développe et commercialise des serrures et des solutions qui permettent de contrôler de manière autonome, portes, gâches électriques par la reconnaissance de l’empreinte digitale.

Zone industrielle — 8, rue de l’industrie — 68360 Soultz — 03 89 74 35 39

• Sagem, équipe le FBI, Interpol, le Kosovo, le Liban, les Emirats Arabes Unis, les Philippines, l’Afrique du Sud, la Malaisie, la Namibie, le Nigeria, la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, ainsi que les systèmes de gestion des prestations sociales et permis de conduire aux Etats-Unis.

• Thales Security Systems, expert en identification biométrique pour entreprises et gouvernements, a fourni à deux pays africains, le Kenya et la Namibie, des systèmes complets pour la gestion de titres. Travaille sur les sites des Aéroports de Paris.

• TimeCard, solutions de pointage biométriques.

20, rue du Bel Air — CE1534 Lisses — 91015 Evry cedex — 01 60 86 60 86 — www.timecard.fr

• Vigivision, vidéosurveillance, intègre les solutions de Zalix.

81, rue de Paris — 92100 Boulogne — 01 41 10 07 90 — www.vigivision.com

• Xelios, un acteur français d’envergure internationale, éditeur développeur de technologies d’empreintes digitales.

• Zalix Biométrie, un spécialiste français, développeur et intégrateur aux compétences étendues.

57-61, avenue de la liberté — 94269 Fresnes — 01 46 15 99 99 — www.zalix.fr

• Zefyr Technologies, une entreprise française spécialisée dans l’étude, la conception, la fabrication et la commercialisation de solutions biométriques.

70 avenue Bernadotte — Zone Industrielle des Soeurs — 17300 Rochefort/Mer — 05 46 878 454


[Extrait de "Cette Semaine" n°88, mars 2006, p.11]