Le 16 septembre 2003, six compagnons anarchistes de Barcelone sont arrêtés, quatre maisons et une voiture perquisitionnées. Ils sont accusés d’appartenir à une “organisation terroriste anarchiste” ayant commis “divers sabotages urbains” dans cette ville depuis mars et envoyé le colis piégé reçu par le consulat grec de Madrid le 8 septembre, en solidarité avec les prisonniers de Thessalonique, ce qui donne “tentative terroriste de meurtre”. Enfin, ils sont aussi accusés d’avoir planifié deux assassinats (contre le conseiller catalan Jordi Alvinya et le journaliste Luis Del Olmo), de détention illégale d’armes et explosifs.

Le 20 septembre 2003, Teodoro est relâché et placé sous contrôle judiciaire, tandis que les cinq autres sont incarcérés en régime FIES 3 et qu’un mandat d’arrêt international est lancé contre Iñigo, disparu dans la nature.

Le xxx, Roger est placé sous contrôle judiciaire.

Le 31 janvier 2006, le procureur a requis une condamnation de 5 à 10 ans et une amende de 9 millions de pesetas contre Teodoro, plus de 50 ans de prison et une amende significative contre Roger. Enfin, contre les quatre compagnons encore incarcérés, Rafa, Carol, Igor et Joaquin, 113 années ont été plaidées et des amendes du même accabit.



Guantanamo est au coin de la rue et dans les têtes


¡Salut à tous!

Lorsqu’on vit à l’intérieur du monde carcéral, dénoncer la prison et lutter contre elle signifie aller au-delà de la protestation superficielle d’une quelconque ONG qui, étant liée au pouvoir, rend possible l’existence instrumentale d’une répression de classe qui étend la prison jusqu’au cœur du tissu social. Il est absurde de demander des réformes carcérales, des améliorations des conditions de vie, ou la révision et l’application des lois : on ne peut que désirer l’élimination de la prison.

Nous savons tous que les puissants et les grands magnats du monde utilisent depuis toujours le système répressif et les prisons pour maintenir leurs conditions de privilégiés. Mais à un moment comme celui-là, où la domination a étendu son contrôle dans tous les espaces sociaux, la prison cache ses murs pour nous tenir, même si personne ne se fait tromper ingénument. La société-carcérale nous a tous pris au piège et personne n’est libre. Nous ne connaissons que l’apparence spectaculaire de la liberté qui nous est vendue comme une marchandise à un prix très élevé, c’est-à-dire celui du renoncement volontaire à la liberté elle-même.

Nous payons tous ce prix à voix basse, lorsque nous tolérons les forces répressives qui sont les responsables directs de ce qu’on nomme par euphémisme l’«insécurité». Qui peut donc se sentir en sécurité lorsque des vigiles nous braquent dans les couloirs du métro ? Les pauvres, les marginaux, les immigrés et les exclus en général ne se sentent certainement PAS en sécurité. Le prix se paye lorsqu’on ferme sa gueule face aux abus constants des tribunaux et face à la pauvreté, en laissant les exclus et les rebelles pourrir en prison et être traités comme des bêtes dans d’authentiques camps d’extermination, mais aussi en ne bougeant pas le petit doigt contre ces criminels et leurs mandants qui sont responsables du pire des délits : celui de lèse Humanité. On peut prendre l’exemple du procès-farce contre le fameux banquier sangsue Emilio Botìn, ou bien la connivence du juge avec les fascistes qui ont assassiné Roger lors de la fête du quartier de Gracia à Barcelone en 2004.

Ce prix se paye également lorsqu’on permet avec résignation que des milliers de caméras de surveillance enregistrent nos mouvements, que les mercenaires de la sécurité privée nous suivent de façon oppressante dans tous les lieux dans lesquels on se rend, que nos coups de téléphone soient interceptés et que les communications passent à travers le système d’espionnage Echelon, ou que le c-41 nous photographie à volonté. Tout ceci est accepté au nom du mythe de la sécurité !

La question devrait venir spontanément : de quelle sécurité s’agit-il là ? Parce que lorsque ce produit abstrait nous est vendu, celui que l’appareil marketing de la domination voudrait transformer en une nécessité, le pouvoir place en réalité dans nos cerveaux une chaîne capable de nous jeter dans un état d’exploitation plus sauvage que l’esclavage. Ne permettons pas qu’ils nous carottent avec ce tour de passe-passe, le bon capitalisme n’existe pas, ça aussi c’est un mythe, les formes et les modes peuvent en être modifiés par opportunisme, mais la cruauté intrinsèque du système ne change pas. C’est de cette façon que les privilèges outrageants peuvent être maintenus, même lorsque les conditions de production et du marché néo-libéral exigent une exploitation des gens encore plus brutale et la destruction même de la planète. Leur sécurité permet de continuer à nous exploiter.

Alors que tout ceci arrive dans la réalité quotidienne, certains se précipitent dans un état de confusion mentale et d’idiotie —contribuant de manière passive ou active à l’existence de l’esclavage—, jusqu’à penser qu’ils sont vraiment libres lorsque les mass media de*** (les mass-merda) nous vendent l’idée que nous aurions la chance de vivre dans un pays où les prisonniers ne sont pas torturés et tués comme à Guantanamo ou en Irak. Mensonges ! Guantanamo existe aussi ici. Il se trouve au coin de la rue et pas seulement entre les quatre murs de prisons construites en des lieux à part et loin des villes pour que les gens ne voient pas les souffrances des prisonniers. Guantanamo est présent jusque dans les choses quotidiennes de la vie et dans les esprits, on nous rappelle en permanence qu’une cellule et un tabassage sont prêts pour toute personne qui oserait remettre en question le fait d’être exploitée et pressée jusqu’à l’ultime goutte de sa sueur. Cette situation peut être cachée, certains préfèrent effectivement ne pas la voir, mais elle est décidément réelle. Lorsque le sens de nos existences est l’exploitation et l’oppression, et que la prison se fait l’instrument des exploiteurs pour rendre cela possible, la dignité ne peut demander qu’une chose :

La destruction de toutes les prisons, l’abolition de toutes les lois, la dissolution de tous les tribunaux et des corps répressifs, pour la vie, jusqu’à la fin de l’oppression, jusqu’à la fin de l’exploitation, jusqu’à que nous soyons tous libres !! Soit l’anarchie !!

Navalcarnero (Navalkatraz),19 février 2005
Joaquín Garcés


[Extrait de "Cette Semaine" n°88, mars 2006, pp.32-33]