Occupation d’un chantier de prison pour mineurs


«Dans la nuit du dimanche au lundi 20 février, nous avons occupé le chantier de construction du futur Etablissement Pénitentiaire pour Mineurs (EPM) d’Orvault. Cette occupation comportait à la fois un camp de base au sol et plusieurs cabanes dans les arbres. Mardi matin, à l’aube, les occupant-e-s au sol ont été expulsés manu militari par les forces de l’ordre, et le camp brûlé une fois vidé. Les personnes occupantes des arbres sont, elles, toujours en place.»

«Un action d’occupation d’une grue [d’un chantier Bouygues] en soutien aux individuEs dans les arbres luttant contre le projet pour mineurs s’est tenu ce matin, mardi 22 février. A 8h45, l’ensemble des personnes en soutien en bas des grues ont été embarqué très rapidement par les forces de l’ordre avec les violences coutumières. Elles ont été relâchées après vérification de leur identité et une fouille en bonne et due forme. A 10h30, les 5 personnes qui occupaient la grue depuis ce matin ont été emmenées au poste après avoir été descendues par le GIPN. Elles ont été mises en garde-à-vue pour “opposition par voie de fait, à l’exécution de travaux publics”... Pendant ce temps-là, l’occupation des arbres du chantier de l’EPM à Orvault tient toujours.»

Des prisons pour mineurEs aux politiques de «tolérance zéro». Le gouvernement prévoit la construction de 7 Etablissements Pénitentiaires pour MineurEs de 13 à 18 ans d’ici fin 2006. Ils fourniront 420 nouvelles places d’incarcération qui s’ajouteront aux 850 existantes dans les quartiers pour mineurEs des prisons. Les projets actuels d’EPM sont situés dans les périphéries de Valenciennes, Meaux, Lyon, Mantes-la-Jolie, Toulouse et Marseille. Quelques autres mesures illustrent ce renforcement sécuritaire généralisé :

• une augmentation des incarcérations: + 45% entre 1990 et 2002 pour les mineurEs et 1320 nouvelles places pour les majeurEs.

• la création des Centres de Place ment Immédiat (CPI), des Centres Educatifs Renforcés (CES) et ensuite des Centres Educatifs Fermés (CEF). Ces centres montrent une évolution de plus en plus disciplinaire, aux dépens de politiques éducatives (sachant que l’éducatif peut également rimer avec normalisation et mise au pas des individuEs).

• la soumission des services sociaux à une mission de flicage des individuEs, avec par exemple, l’obligation des éducateurs/trices à la délation et la transmission des dossiers à la police.

• des pressions sur l’entourage familial avec les suspensions des allocations et en instaurant la responsabilité pénale des parents de «délinquantEs».

• le développement des nouvelles technologies pour créer des outils de contrôle : vidéosurveillance (notamment dans les établissements scolaires), biométrie, bracelets électroniques, fichage ADN, etc. Le tout pour un «contrôle permanent».

• la création de nouveaux délits, par exemple la pénalisation d’actes du quotidien comme le regroupement dans les halls d’immeubles ou la fraude des transports en commun, jusqu’à la mise en place de couvre-feux.

•une présence policière plus forte et plus agressive avec notamment les Brigades Anti Criminalité (BAC) harnachées de nouvelles armes high-tech, les contrôles aux faciès, les harcèlements constants, les bavures et «accidents» meurtriers couverts et cachés.

Il se pose la question de la déviance et de sa gestion. L’état tient pour responsable les individuEs qu’il considère comme fautifs et les punit. Or, ce sont les conditions sociales, affectives, économiques qui construisent une personne, et ce sont ces conditions qui sont à questionner. Comment peut-on envisager de régler des problèmes en enfermant, brisant et torturant des individuEs? Il s’agit d’une logique circulaire qui ne fait que perpétuer et accroître la violence. La prison instaure la punition en système, elle existe pour faire peur et préserver l’ordre établi. Elle est un supplice qui, malgré tous les discours de rénovation et de réformes, reste essentiellement dégradant et humiliant.

of-fence@no-log.org

[Extrait du tract Pourquoi occuper le chantier d’une prison ?]


[Extrait de "Cette Semaine" n°88, mars 2006, p.13]