Procès contre Vive les mutins !


Après plusieurs reports, Gwenola, une camarade que la police accuse d’être l’animatrice du site Vive les mutins ! et d’être à ce titre responsable de son contenu, devait passer en procès le 31 août 2004, 15 mars puis 6 décembre 2005. La nouvelle date, sans doute la dernière, est le 4 avril 2006 devant la 17e chambre du TGI de Paris. En forme minimale de solidarité, nous reproduisons ci-contre les différents «corps du délit».

Gwenola est accusée d’avoir :

1. « porté des allégations ou imputations de faits portant atteinte à l’honneur et à la considération de l’Administration pénitentiaire, administration publique, en tenant les propos suivants : “ contre ces tabassages effectués par les Eris (ces équipes de matons cagoulés et instaurés par Perben, en début d’année), contre ces quartiers d’isolement où l’on meurt silencieusement (mais sûrement) ”, lesquels tendent à imputer aux équipes de l’Administration pénitentiaire de commettre des actes de violences caractérisés et de laisser mourir les détenus » ;

2. « provoqué à la commission de dégradations volontaires dangereuses pour les personnes (…) : “ si tu aimes le feu, la violence et les émeutes, si tu sais apprécier le bruit et l’odeur d’une prison qui brûle… Alors viens soutenir ton équipe préférée : les clairvaux’s hooligans club. Le 9 mars, c’est la rencontre au sommet. Ce jour-là, oublie d’aller travailler et amène toi avec tes potes et ton matos. Vive le chaos ! ”, qui évoquent un appel à commettre des incendies en proposant à des lecteurs de soutenir un club dont le but est d’amener le chaos en incendiant les établissements pénitentiaires ».

3. « commis le délit d’apologie du crime d’atteinte volontaire à la vie (en l’espèce un homicide volontaire) en publiant sur le site susnommé le texte suivant : “ alors tu t’es retranché dans le mirador et tu en as fait quelque chose d’extraordinaire, dont d’aucuns rêvaient : une place avancée de la subversion, du renversement du strict (et triste) agencement qui met d’un côté les “ bons ” et de l’autre les “ méchants ”. Le mirador est devenu danger pour la prison. Tu as tiré, les coups de feu ont tué une employée de la centrale ».

4. « commis le délit d’injure publique en présentant les surveillants de prison comme des “ porcs ” et en reproduisant une affiche représentant un cochon en uniforme ».

5. « commis le délit de diffamation publique envers une administration publique… en ce que ces propos (“ Vous avez créé les Eris pour faire la sale besogne en semant la violence au fond des QI, vous leur avez donné carte blanche pour les lynchages… Leurs méthodes à la limite du viol ont pour but d’exercer une pression psychique de peur sur le reste de la population pénale ”) tendent à accréditer l’idée que les surveillants de prison, qualifiés de “ matons ” usent de brimades gratuites à l’endroit des détenus, pouvant aller jusqu’au meurtre, ces éléments pouvant d’ailleurs constituer des infractions pénales ».

6. « directement provoqué les lecteurs (cette provocation n’ayant pas été suivie d’effet) à commettre des délits de destructions, dégradations et détériorations volontaires dangereuses pour les personnes, en les invitant à commettre des incendies et des dégradations volontaires dans les maisons centrales, afin de parvenir à leur destruction et en proposant aux détenus de se révolter et d’amener le chaos en incendiant ces établissements pénitentiaires (texte GYPA : “ Si aucune mesure n’est prise pour l’amélioration de nos conditions, consigne est donnée de saboter, brûler, détruire toutes les centrales de sécurité… C’est beau une prison qui brûle, c’est mieux que des détenus à genou en cellule ”) ».

Ces accusations portent sur la diffusion de textes dont elle n’est pas l’auteur :

§1 : la diffusion d’une affiche évoquant les “ tabassages des eris ” (équipes de surveillants cagoulés, institués par Perben en janvier 2003 pour les opérations de maintien de l’ordre en détention) et critiquant les quartiers d’isolement (“ où l’on meurt doucement, mais sûrement ”).

§2 et 4 : la diffusion de deux affiches de soutien avec les inculpés de la mutinerie de Clairvaux du 15 avril 2003 et appelant à un rassemblement de solidarité lors de leur procès, à Troyes (Aube).

§ 3 : la diffusion d’un texte signé “ une admiratrice ”.

§5 et 6 : la diffusion d’un texte écrit, en juin 2003, par un groupe de détenus (Il n’y a pas d’arrangement) du quartier d’isolement de la maison d’arrêt de Bois d’Arcy, suite à plusieurs tabassages dans ce quartier.

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Lettre ouverte à Frédéric Bettinecci,
ex-maton à la maison centrale de Moulins-Yzeure


Cher Frédéric,

Mercredi dernier, en me réveillant – c’est si agréables les rêves éveillés – j’ai appris que dans ton mirador, tu avais choisi de renoncer à tes folies. La folie d’enfermer d’autres hommes. Parce que c’était comme ça, parce qu’il le fallait, parce que tu n’étais responsable de rien, de toutes façons... La folie de ces longues heures à te languir d’une ombre suspecte, d’une agitation qui – enfin – suggérerait que ton heure de gloire approchait, et de cet homme que tu aurais finalement dans ta lunette avec cet exquis émoi : “ je vais l’avoir ”. La folie de mater, mater à en être dégoûté de ces corps, de leurs disgrâces et de leurs odeurs… La folie de traquer la violence d’un regard qui “ en dit long ”, la tendresse de gestes déplacés au parloir, l’ironie d’un sourire tellement au-delà de tes contingences de maton…

Et puis tout le reste… En transformant chaque jour ces hommes en objet, en les voyant sans les regarder, en croyant pouvoir les “ détenir ”, sous prétexte de ton travail, tu te métamorphosais doucement en monstre. Tu n’avais plus qu’à te débattre dans cette folie collective. Tu as eu raison de mettre fin à cette folie furieuse.

Alors tu t’es retranché dans le mirador, et tu en as fait quelque chose d’extraordinaire, dont d’aucuns rêvaient : une place avancée de la subversion, du renversement du strict (et triste) agencement qui met d’un côté les “ bons ” et de l’autre les “ méchants ”. Le mirador est devenu danger pour la prison. Tu as tiré, les coups de feu ont tué une employée de la Centrale.

Toute la journée, j’écoutais les flashs d’infos qui te disaient toujours là-haut, dans ton mirador, en discussion avec la psychologue de la Centrale. Oui, tu avais déjà basculé du côté de ceux qu’il faut s’employer à rappeler “ à l’ordre ”. J’imaginais ce qu’elle pouvait bien te dégoter comme arguments pour te convaincre d’abdiquer sans violence. Des arguments capables de te convaincre, toi le maton, en poste dans cette centrale, dans ce caveau d’où nous parviennent parfois les cris étouffés des condamnés à de longues peines. Pardonne-moi, mais ça m’a fait marrer de l’imaginer te disant : “ Ne vous inquiétez pas, meurtre avec préméditation, ce n’est plus que perpet’… heureusement pour vous, y a plus la peine de mort… et puis, sur perpet’, vous pouvez sortir au bout de 18 ans… et 18 ans, ça se fait sur une jambe, comparé à ceux qui purgent des 30 ans. Et puis les prisons se sont vachement humanisées… Avec vos relations, vous pourrez aller dans une prison avec des parloirs sexuels… Alors, vraiment, faut pas voir votre avenir tout en noir ! ”

Alors, maintenant, tu te retrouves de l’autre côté. Du côté de ceux que, même en ne faisant pas plus mal ton boulot qu’un autre, tu surveillais, contrôlais, emmerdais. Du côté de ceux dont tu violais l’intimité. Du côté de ceux que, même en n’étant tout aussi humain qu’un autre, tu méprisais : ils n’auraient jamais épousé ta fille, et si tu leur amenais un truc en douce, c’était toujours intéressé. Tu penses que ta vie a basculé. Moi, je ne pense pas qu’il y ait un bon et un mauvais côté, que les voleurs ou les salauds soient que du côté des matons.

Comme pour tout taulard, je vais te souhaiter de ne pas être déçu par tes proches. J’espère qu’ils te soutiendront sans te juger, qu’ils se souviendront de l’ami, de l’amant, du collègue, du voisin, … sans te ramener perpétuellement à ton acte et à ses victimes. J’espère qu’ils te conserveront leur amitié, leur amour ou leur tendresse. J’espère qu’ils ne marchanderont pas leur malaise, leur conflit entre leurs sympathies et la réprobation sociale, en se fourvoyant dans la pitié.

J’espère pour toi que tu tomberas sur de bons matons. Je ne plaisante pas. Tu es mieux placé que moi pour connaître la dure loi de toutes les corporations qui gèrent l’ordre : malheur à celui qui déchoit ! Mais, tu sais bien, les bons matons n’existent pas, ou alors ils se retrouvent, un jour, dans un mirador à… tu connais la suite !

Tu risques de passer de longues années en prison, qui s’ajouteront à toutes les années de ta vie que tu as gâché en acceptant d’être maton, et où tu t’es donc détourné des mille plaisirs ordinaires, incompatibles avec les “ hauts murs ”. J’imagine ta rancœur aujourd’hui, lorsque tu penses aux moments passés à regarder des trous du cul et à toutes ces fleurs que tu as oublié de voir.

J’ai peur pour toi que tu ne comprennes pas, au long de ces années, ce qu’est le “ sens de la peine ”. Parce que tu serais bien le premier à le comprendre… Et pourtant, c’est pendant toutes ces années d’un boulot à la con, ce qui t’a permis de durer : combien de fois tu as accepté de collaborer aux basses œuvres de la pénitentiaire parce que tu te disais, finalement, qu’il fallait bien qu’ils “ payent ”, ces ordures !

Merci, cher Frédéric, pour cette belle journée. On est un paquet à avoir rêvé d’être à ta place. Merci pour ta liberté. On se sent plus libre lorsque existent ce que tes anciens collègues, les syndicats et l’Administration (persuadés, dans une stupide unanimité, de défendre les “ bons travailleurs ”) appellent déjà “ une brebis galeuse ”.

Sincèrement,
Une admiratrice


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Du QI de Bois-d’Arcy



Cela va faire environ un an que le Ministère a décidé la fermeture des portes de cellule en centrale. Petite tolérance qui nous était accordé histoire d’avoir un semblant de vie sociale entre détenus, une évidence lorsqu’on sait que pour beaucoup les peines sont tellement fortes qu’il vaut mieux se recréer un peu de liberté dans un univers où l’on en est privé. bref tout ceci a pris fin et suite à cette décision notre vital s’est réduit à 8m² !

Qu’on ne s’étonne pas des conséquences qui en ont découlé ces derniers mois et qui en découleront prochainement dans les centrales.

En effet, nous le GYPA [Groupe y’a pas d’arrangement] adressons un avertissement à PERBEN et ses sbires qui règnent d’une poigne de fer sur le ministère de la justice et qui ont décidé de tout miser sur la répression de la population pénale.

Vous avez créé les E.R.I.S. sorte d’unité d’élite de l’A.P. pour faire la sale besogne en semant la violence au fond des Q.I.  contre des détenus isolés, vous leur avez donné carte blanche pour les lynchages.

Le port de la cagoule de sinistre mémoire a fait son apparition en tout légalité. Des listes de détenus ont été établies pour cibler leur action et semer la terreur. Leurs méthodes, à la limite du viol (coups, mise à nu, «écartage» de fesse, palpation des parties intimes etc...), ont pour but d’exercer une pression psychique de peur sur le reste de la population pénale.

L’exemple de détenus choisis par le ministère que l’on passe à tabac au su et au vu de tous, sert à dissuader les co-détenus et à rassurer l’opinion publique avide de sécuritaire.

Nous, le GYPA, avons décidé de rentrer en résistance pour répondre à ces violences et à l’agression de nos libertés fondamentales, par des actions visant à rétablir nos dignités d’hommes. Nous sommes prêt à aller jusqu’au bout n’ayant plus rien à perdre. Votre politique de l’oppression ne laisse pas d’autre choix aux longues peines que de se soumettre ou de se révolter !

Les événements et les mouvements qui se sont passés en Centrale ces derniers mois illustrent bien le malaise de ceux qui ont décidé de ne pas se laisser enterrer vivant dans ces tombes que sont devenu vos prisons.

Si aucune mesure n’est prise pour l’amélioration de nos conditions, si les portes de nos avenirs restent closes, consigne est donné de saboter, brûler, détruire, toutes les centrales de sécurité.

Ceci afin qu’une prise de conscience se fasse au niveau national et que l’on dénonce cette politique de l’absurde, de l’anéantissement qu’est celle du tout répressif.

Cette politique stérile est vouée à l’échec et mènera la société toute entière droit dans le mur. Ne l’oubliez pas un jour nous sortirons !!!

C’est beau une prison qui brûle, c’est mieux que des détenus à genoux en cellule...

Le GYPA, juin 2003



[Extrait de "Cette Semaine" n°88, mars 2006, pp.14-15]