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Tunisie : un mort et plusieurs blessés dans des affrontements à Redeyef
(Le 6 juin 2008)

Tunisie : un mort et plusieurs blessés dans des affrontements à Redeyef

TUNIS - Un manifestant a été tué par balle et plusieurs blessés vendredi en Tunisie au cours d’affrontements avec la police à Redeyef, dans la région minière de Gafsa (sud-ouest) en proie à l’agitation sur fond de chômage et de cherté de la vie, a-t-on appris de sources syndicale et gouvernementale.

Hafnaoui Al-Maghzaoui, 25 ans, a été atteint d’une balle au poumon droit et a succombé sur le coup, lorsque la police a ouvert le feu sur les manifestants à Redeyef, a indiqué à l’AFP Adnane Hajji, dirigeant syndical.

Dix-huit personnes ont été blessées également par balles, a ajouté M. Hajji, joint par l’AFP au téléphone à Redeyef.

Une source gouvernementale a confirmé à l’AFP le décès d’un manifestant et fait état de 8 blessés, dont cinq manifestants et trois agents parmi les forces de sécurité, qui "sont confrontées à des troubles ces derniers jours" dans la région de Redeyef.

"Les forces de l’ordre ont essuyé vendredi des jets d’engins incendiaires (cocktails Molotov) et ont dû intervenir pour neutraliser certains éléments, qui les fabriquaient", a indiqué cette source dans un communiqué.

"La police est intervenue après les sommations réglementaires d’usage", a ajouté cette source, précisant que les autorités ont ouvert une enquête pour "déterminer les circonstances de l’incident et délimiter les responsabilités".

Adnane Hajji a affirmé que la police a fait usage de balles "sans sommation" et indiqué que les autorités locales ont appliqué un "couvre-feu annoncé à la population par hauts parleurs vendredi".

Selon lui, la police a aussi réprimé "une marche pacifique" des habitants qui tentaient de joindre le siège de la sous-préfecture pour "circonscrire la situation" qu’il a qualifiée de "grave".

Des leaders et notables locaux étaient en tête de la marche, qui a été dispersée à coup de grenades lacrymogènes, des hommes et des femmes ont été piétinés, a raconté ce syndicaliste agissant en porte-parole du "mouvement de protestation du bassin minier".

Des affrontements sporadiques opposaient depuis lundi des manifestants qui "dénoncent le chômage, le coût de la vie, la corruption et le clientélisme", a indiqué Adel Jayar, du comité d’encadrement.

Selon lui, les protestataires ont jeté des pierres aux forces de l’ordre déployées en nombre et en permanence dans Redeyef et ses quartiers périphériques.

Des dizaines de manifestants avaient été appréhendés en avril à la suite de manifestations similaires danc cette ville de 30.000 habitants, principal foyer d’agitation dans le bassin minier de la région de Gafsa, riche en phosphates.

AFP / 06 juin 2008 19h25

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Tunis regrette la mort d’un manifestant

AFP, 07/06/2008 | Mise à jour : 16:19 |

Le ministre tunisien de la Justice et des droits de l’Homme Bechir Tekkari a "regretté" la mort d’un manifestant lors des affrontements survenus hier à Redeyef (sud-ouest) mais a affirmé le souci du gouvernement d’empêcher toute protestation violente.

M. Tekkari a cependant souligné la détermination des autorités à empêcher toute menace à l’ordre public, justifiant l’intervention musclée de la police par la "présence de danger contre l’intégrité physique des individus".

"Nous ne tolèrerons aucun recours de la violence et refusons qu’un point de vue quelconque soit imposé à l’Etat par la force", a-t-il déclaré en référence aux revendications sociales dans la région. Les affrontements ont opposé la police à des demandeurs d’emplois notamment.

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Tunisie : retour au calme à Redeyef après un déploiement de l’armée

AFP - 7 juin 2008

TUNIS (AFP) — L’armée s’est déployée samedi à Redeyef (350 km au sud-ouest de Tunis) où le calme est revenu au lendemain d’affrontements qui ont fait un mort et plusieurs blessés sur fond de chômage et revendications sociales, a indiqué un porte-parole du mouvement de protestation sociale.

"La situation est relativement calme et la population a été apaisée par le déploiement de l’armée qui a pris le contrôle des principaux points de la ville", a indiqué un porte-parole du mouvement de protestation sociale, Adnane Hajji, joint par téléphone à Redeyef.

"Les renforts militaires --une quarantaine de camions et des blindés-- ont commencé à se déployer dès la nuit de vendredi et devraient permettre le retrait des Brigades de l’ordre public", a estimé ce dirigeant syndical.

Les militaires devaient prendre la relève de ces unités spécialisées dans la répression de troubles publics et les autorités ont promis des compensations aux habitants et commerçants de Redeyef, dont des biens auraient été volés ou saccagés par des agents de l’ordre, selon M. Hajji.

Les affrontements ont fait un mort et huit blessés -cinq manifestants et trois policiers--, selon un bilan gouvernemental, et un mort et 28 blessés, selon des sources syndicales.

Le ministre tunisien de la Justice et des droits de l’Homme Bechir Tekkari qui a dit "regretter" samedi la mort d’un manifestant, a démenti que des actes de vols et pillage aient été commis par des agents de l’ordre.

"Nous regrettons cet incident d’autant que ces troubles sont exceptionnels en Tunisie", a-t-il déclaré à la presse, expliquant que les forces de l’ordre étaient intervenues "conformément à la loi" pour neutraliser des individus qui fabriquaient des cocktails Molotov.

M. Tekkari a souligné la détermination des autorités à empêcher toute menace à l’ordre public. "Nous ne tolèrerons aucun recours de la violence et refusons qu’un point de vue quelconque soit imposé à l’Etat par la force", a-t-il déclaré en référence aux revendications sociales dans la région.

Le ministre s’est inscrit en faux contre un "recours exclusif à l’option sécuritaire", évoquant un train de mesures gouvernementales pour résoudre les problèmes sociaux et satisfaire la demande d’emploi.

Des manifestations sporadiques ont lieu depuis le 5 janvier dans la région de Gafsa, riche en phosphates, pour dénoncer le chômage, le renchérissement du coût de la vie, la corruption et le clientélisme, selon les dirigeants du mouvement de protestation.

Redeyef, ville de 30.000 habitants abritant la plus ancienne mine de phosphates, est le principal foyer de cette agitation, qui gagné des villes minières de Metaloui et Oumlaraies.

Des sources de l’opposition ont fait état d’un début de mécontentement cette semaine à Feriana, au nord de Gafsa, dans l’ouest tunisien.

Les manifestations ont été déclenchées le 5 janvier à Redeyef par la manipulation supposée au profit de certains notables d’un concours de recrutement à la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), principal employeur de la région.

Selon des témoins joints par téléphone, des centaines d’habitants de Redeyef ont participé samedi "dans le calme" à l’enterrement de Hafnaoui Al-Maghzaoui, 25 ans, qui a succombé vendredi à une blessure par balle au poumon.

"La police est restée à l’écart" et, fait exceptionnel dans un pays musulman, de nombreuses femmes ont assisté à l’inhumation aux cris d’"Allah akabar" (Dieu est le plus grand), ont-ils rapporté à l’AFP.

Ce décès est le deuxième à Redeyef après la mort à Tabadite, village berbère proche, d’un jeune protestataire électrocuté le 6 mai alors qu’il tentait de couper le courant aux générateurs de la CPG.

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A lire pour info :

La révolte du bassin minier de Gafsa, en Tunisie

Depuis le début de l’année, le bassin minier de Gafsa, en Tunisie, est en état d’ébullition sociale. Dans cette région d’exploitation du phosphate, la Compagnie des Phosphates de Gafsa règne en maître absolu. Elle est appuyée par le régime despotique et corrompu de Ben Ali. Outre la pollution liée aux activités d’extraction et de traitement, la pauvreté et le chômage de masse ont déclenché un vaste mouvement de protestation.

Les travailleurs et les jeunes du bassin minier se mobilisent pour leur dignité, pour des emplois, pour de meilleures conditions de logement, de santé et d’éducation. Ils dénoncent un régime de spoliation, de pillage économique et social. Les grèves se sont multipliées. Les enseignants, certaines branches de la fonction publique et même des petits commerçants se sont mobilisés.

Le mouvement prend diverses formes. Par exemple, dans plusieurs villes du bassin, de jeunes chômeurs et des veuves de travailleurs victimes d’accidents du travail à la Compagnie des Phosphates organisent des « sit-in », sous des tentes, devant des bâtiments officiels. Le régime de Ben Ali a violemment réprimé ce mouvement, de peur que Redeyef ne devienne le symbole de la colère des jeunes et des travailleurs à travers tout le pays, et que le mouvement ne fasse tache d’huile. Des centaines d’interpellations ont eu lieu depuis le début de l’année. Les forces de l’ordre harcèlent et brutalisent quotidiennement la population mobilisée. La ville est pratiquement en état de siège. Ainsi vont les choses dans le pays où, selon Sarkozy, « l’espace des libertés progresse » !

La région de Gafsa est connue pour ses traditions militantes et révolutionnaires. Cette année marque le trentième anniversaire de la grève qui, du temps de Bourguiba, a commencé dans le bassin minier de Redeyef, s’est étendue aux travailleurs et à la jeunesse de toute la région de Gafsa, pour finalement déboucher sur une grève générale d’ampleur nationale. A l’époque, la répression brutale de ce mouvement a fait des centaines de morts. Des milliers de travailleurs et syndicalistes ont été condamnés à de lourdes peines de prison.

Le soi-disant « miracle économique »

Le régime de Ben Ali se vante du « miracle économique » en Tunisie. Mais à qui profite cette croissance qui repose essentiellement sur le tourisme de masse ? Aux capitalistes qui dominent l’industrie touristique et en accaparent tous les bénéfices. D’immenses fortunes s’accumulent grâce à la spéculation immobilière, pendant que la masse de la population languit dans le chômage et la misère. Alors que les entreprises françaises, espagnoles et allemandes se délocalisent vers la Tunisie pour profiter d’une main d’œuvre sous-payée et surexploitée, d’autres entreprises jettent leurs salariés à la rue et quittent la Tunisie pour trouver ailleurs des ouvriers encore moins chers. Autre conséquence du « miracle » Ben Ali : des centaines de jeunes tentent de fuir le pays par la mer, sur des embarquements de fortune. Beaucoup finissent par se noyer.

Le 7 mai, Redeyef, une ville de 30 000 habitants, était encerclée par la police. Selon des témoins, plusieurs centaines d’habitants – hommes, femmes et enfants – munis du strict nécessaire ont tenté de quitter la ville avec l’intention de l’abandonner aux forces de l’ordre. Ils en ont été dissuadés par les animateurs du comité de grève, et ont finalement décidé de rester sur place et poursuivre la lutte. Effectivement, une « évacuation en masse » de ce genre n’aurait pas été un moyen de lutte efficace. Quoi qu’il en soit, cet épisode illustre l’énorme gouffre qui s’est ouvert entre le peuple et les autorités. Il témoigne aussi de l’exaspération d’une population face au comportement des dirigeants syndicaux « officiels », notoirement corrompus et complètement à la solde du régime. Main dans la main avec ce dernier, ces « dirigeants » syndicaux se sont efforcés d’isoler et de démoraliser les grévistes et la population en révolte.

Deux jours plus tard, le 9 mai, Taher Saidi, 44 ans, a été grièvement blessé lors d’une intervention des forces de l’ordre dans la ville de Om Larais (35 000 habitants). Il est décédé le 19 mai à l’hôpital régional de Gafsa.

L’incident qui a provoqué les événements du 7 mai est la mort d’un jeune chômeur qui, la veille, avait été électrocuté à l’intérieur d’un local électrique, suite à une intervention particulièrement brutale des forces de l’ordre contre une manifestation de jeunes chômeurs. Ils protestaient contre les résultats pour le moins opaques – entachés de clientélisme – du concours d’entrée à la Compagnie des Phosphates de Gafsa, laquelle s’était engagée à recruter des jeunes chômeurs de la région, en janvier. Un groupe a décidé d’occuper le générateur électrique – hors tension – alimentant les ateliers de l’entreprise. Une brigade de police armée de gaz lacrymogènes a entrepris de faire évacuer le générateur. Le courant a été rétabli et plusieurs jeunes manifestants ont été électrocutés. Les secours ne sont intervenus que plusieurs heures après l’accident. Le jeune qui a trouvé la mort avait 26 ans. Il s’appelait Hichem Ben Jeddou El Aleimi. Un autre, Ahmed Ben Salah Fajraoui, 21 ans, a été grièvement blessé.

Par ailleurs, le régime de Ben Ali a procédé à l’arrestation de plusieurs militants, dont les étudiants Nejib Znaïdia et Jihed Ben Ali, mais aussi les chômeurs Houcine Ben Soltane, Abid Tababi, Ismail Hlaimi et Atef Ben Salehn. Ils attendent d’être jugés au tribunal le 29 mai.

Les étudiants et les chômeurs incarcérés, comme l’ensemble des habitants du bassin minier de Gafsa, ont besoin de notre solidarité. Cependant, de simples déclarations de solidarité ne suffisent pas. Face au mur de silence médiatique qui entoure les événements du bassin minier de Gafsa, La Riposte demande à toutes les organisations syndicales et aux partis de gauche de faire ce qu’ils peuvent pour porter cette lutte à la connaissance des travailleurs, en France et à l’échelle internationale. Les syndicats, dans les secteurs de la presse écrite et de l’industrie audiovisuelle, ont un rôle important à jouer dans ce domaine. Les syndicats des personnels des aéroports et de l’industrie du tourisme devraient également se mobiliser pour dénoncer la répression. Il faut lancer des actions de grève et de boycott syndical qui frappent directement les intérêts capitalistes en Tunisie. La solidarité passe aussi par la collecte et l’envoi de fonds pour soutenir la lutte.

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La Riposte a rédigé cet article en étroite collaboration avec des participants directs de la lutte dans la région de Gafsa. Ceci nous a permis de ne pas dépendre des récits des événements dans la presse européenne. Nous les remercions chaleureusement pour leur aide précieuse.

La Riposte

Publication : mercredi 4 juin 2008

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