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Sidi Bouzid (tunisie) : émeute sociale et exaspérations
(Le 21 décembre 2010)

Emeute dans une ville de Tunisie après une immolation par le feu

Reuters le 19.12.10 à 16h57

La police d’une ville de province tunisienne a fait usage de gaz lacrymogène dimanche pour disperser des centaines de jeunes gens qui brisaient des vitrines de magasins et endommageaient des voitures, a-t-on appris auprès de témoins. Les autorités n’ont fait aucun commentaire sur ces incidents dans l’immédiat. Selon des témoins, plusieurs centaines de jeunes se sont rassemblés samedi soir dans la ville de Sidi Bouzid, située à 200 km au sud-ouest de Tunis.

Ce rassemblement survenait après la tentative d’immolation par le feu d’un jeune homme, Mohamed Bouazizi, qui dénonçait la confiscation par la police des fruits et légumes qu’il vendait, ont rapporté des témoins. Des photos diffusées sur Facebook montrent plusieurs centaines de manifestants devant les quartiers du gouvernement régional, faisant face à la police qui les empêche de s’approcher du bâtiment.


Face au gâchis social, la Tunisie ose s’insurger

Libé, 21/12/2010 à 08h33

A Sidi Bouzid, dans le centre du pays, la frustration des « diplômés chômeurs » a explosé en manifestations violentes.

Une nouvelle fois, la Tunisie a été secouée, ce week-end, par une émeute sociale, qui a pris un tour violent. Ces « jacqueries » à répétition sont, tout à la fois, le symptôme d’un profond malaise social dans un pays cité en exemple pour sa croissance économique et son modèle de développement, mais aussi celui d’une violence croissante envers les symboles du pouvoir.

Cette fois-ci, c’est Sidi Bouzid qui s’est enflammé. Tout a commencé, dans cette petite commune située à 265 km au sud de Tunis, par un banal contrôle dans la rue. Mohamed Bouazizi, un jeune marchand de rues âgé de 26 ans, se voit confisquer ses effets par la police municipale pour commerce illégal. Bouazizi est un « diplômé chômeur », l’incarnation d’un gâchis. Celui de toute une génération incitée à poursuivre des études supérieures mais qui ne trouve pas d’emploi sur le marché du travail et à qui les portes de l’émigration sont fermées.

Ne reste donc que la débrouille : chauffeur de taxi, plombier, petit trafiquant, marchand ambulant... Furieux de ne pas pouvoir récupérer ses fruits et légumes, Mohamed Bouazizi s’est rendu à la municipalité, où il a été renvoyé sans ménagement. A la préfecture, on a refusé d’enregistrer sa plainte. Désespéré, le jeune homme a alors tenté de s’immoler par le feu devant cette dernière. Grièvement brûlé, il a été transporté à l’hôpital de Sfax puis dans un service spécialisé à Tunis.

Sit-in. Dès la nouvelle connue, plusieurs dizaines de commerçants et de jeunes se sont rassemblés vendredi pour un sit-in pacifique devant la préfecture, siège du gouverneur local auquel ils ont demandé une entrevue. Le lendemain, jour de souk hebdomadaire, la protestation a pris de l’ampleur. La police a brutalement dispersé la manifestation spontanée à coup de gaz lacrymogènes et de matraques. Les affrontements ont duré jusque tard dans la nuit et ont repris dimanche, redoublant de violence. Les manifestants, qui s’en sont pris au siège du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, au pouvoir) ont jeté des pierres sur la police, blessant trois agents, et mis le feu à des pneus et des poubelles, ainsi qu’à une voiture garée devant la préfecture.

Pour empêcher toute contagion, Sidi Bouzid a été entouré d’un cordon policier et de nombreux agents en civils et en tenue quadrillaient la ville. Plusieurs dizaines de manifestants, surtout des jeunes qui n’ont visiblement pas peur de la police, auraient été arrêtés (cinq ont été relâchés hier), tandis que les manifestations spontanées se poursuivaient.

Comme à son habitude, la presse officielle n’a pas relaté ces incidents. Le journaliste Zouheir Makhlouf, correspondant du site assailonline.net, s’est fait voler sa caméra et a été tabassé en bas de chez lui, à Tunis, par des agents en civils, alors qu’il comptait se rendre sur place. Makhlouf, par ailleurs militant d’opposition, avait été arrêté et harcelé par les autorités il y a un an pour avoir réalisé clandestinement un documentaire sur l’envers du décor tunisien chez les sous-traitants de l’industrie textile, durement frappée par la crise.

Tout comme le journaliste Fahem Boukadous, condamné à quatre ans de prison ferme cette année pour avoir témoigné de l’agitation sociale dans le bassin minier de Gafsa, début 2008. A l’époque, les habitants de cette région défavorisée avaient violemment protesté contre l’embauche de fils de caciques locaux et de syndicalistes acquis au pouvoir par la mine d’Etat. A Tunis, la capitale, ce mouvement social a eu un écho dans la formation d’un mouvement de « diplômés chômeurs », rapidement réprimé.

Service militaire. Au mois de février à Skhira, dans le golfe de Gabès, même scénario qu’à Gafsa : des chômeurs demandant à être embauchés avaient « tout cassé », soutenus par la population locale. Une dizaine de jeunes hommes ont été condamnés à de la prison, d’autres envoyés au service militaire. En août, le village de Ben Gardane avait explosé pendant une semaine pour obtenir la réouverture du poste frontalier avec la Libye, source de trafics et de commerce. Désormais, le pouvoir tunisien, qui a laminé les structures syndicales et les partis d’opposition, ne peut compter sur personne pour canaliser cette rage sociale.

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Sidi Bouzid (Tunisie) : 18 décembre 2010