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Sidi Bouzid (Tunisie) : 10e jour de révolte
(Le 27 décembre 2010)

La colère des Tunisiens se propage

tsa-algerie.com, ‎27 déc. 2010‎

S’acheminant vers leur dixième jour, les émeutes et les manifestations se poursuivaient, lundi 27 décembre, en Tunisie. Des syndicats affiliés à l’Union générale tunisienne du travail ont appelé à des marches à travers tout le pays, avec comme slogan « halte à la hogra », a indiqué à TSA, Rabah Kheraifi, avocat et membre du bureau politique du Parti démocrate progressiste.

La vague de protestation qui a éclaté il y a dix jours après la mort d’un jeune homme à Sidi Bouzid a gagné d’autres régions du pays, y compris la capitale Tunis. Cette dernière a été, samedi 25 décembre, le théâtre d’une manifestation visant à dénoncer le chômage et la dégradation des conditions de vie de la population. Dimanche, en signe de solidarité avec les habitants de Sidi Bouzid, ce sont des jeunes de Ben Guerdane, près de la frontière libyenne, qui sont sortis dans la rue pour crier leur colère et dénoncer le chômage. Après avoir tenté d’empêcher la manifestation, les forces de l’ordre ont fini par l’autoriser, sans doute par crainte de violences.

A Sidi Bouzid, les hostilités ont repris dimanche, acheminant les affrontements vers leur dixième jour. Au moins un élément des forces de l’ordre a été blessé par balle. A Regab, située à 37 km au sud de Sidi Bouzid, de violents affrontements ont opposé environ 2000 manifestants aux forces de l’ordre. Des édifices publics ont été incendiés.

A l’origine de ces émeutes, les premières de cette ampleur en Tunisie depuis de nombreuses années, un grand malaise social et économique. Le suicide d’un jeune homme de 26 ans, Mohammed Bouazizi, le 17 décembre, a été la goutte qui a fait déborder le vase. Vendeur ambulant de fruits et légumes, ce jeune Tunisien s’est fait confisquer sa marchandise par la police municipale, car n’ayant pas les autorisations nécessaires. Le jeune homme s’asperge alors d’essence pour s’immoler par le feu. Cet incident avait déclenché un vif émoi parmi la population.

Selon M. Kheraifi, cette situation est le résultat de la pauvreté, de l’exclusion et d’un partage illégal des richesses. La croissance profite, d’après lui, aux villes du littoral du Nord. Les autres régions du pays sont en proie à une extrême pauvreté. Il estime que le gouvernement traite la question des manifestations qui secouent le pays comme un dossier purement sécuritaire au lieu de tenter de dialoguer. Mais, a-t-il noté, pour la première fois, le pouvoir a utilisé les médias pour s’adresser à la population en colère. Les responsables tunisiens se sont notamment exprimés sur la chaîne Al Jazeera. Une première dans l’histoire du pays.


Tunisie : flambée de mécontentement contre le chômage des jeunes

(AFP) - 27 décembre 2010

TUNIS - Le chômage, la cherté de la vie et le sentiment d’être laissés pour compte dans des régions défavorisées sont à l’origine d’une récente flambée de mécontentement dans le centre-ouest de la Tunisie où des affrontements ont opposé manifestants et forces de l’ordre, expliquent des responsables.

"Le taux de chômage élevé des diplômés universitaires, la hausse des prix des matières premières et le recours au secteur agricole seulement sont à l’origine des troubles", a estimé le président de la section régionale de la Ligue des droits de l’Homme, Raouf Nsiri.

La région de Sidi Bouzid à 265 km au sud de Tunis est en proie à des troubles sociaux depuis le 19 décembre, à la suite de la tentative de suicide d ?un jeune diplômé de l’université, vendeur sans permis de fruits et légumes qui s ?était fait confisquer sa marchandise par la police municipale. Désespéré, le jeune homme s’était aspergé d’essence pour s’immoler par feu. Il a survécu mais se trouve dans un état critique.

Cinq jours plus tard un autre jeune a mis fin à sa vie en s’électrocutant au contact de câbles électriques.

"Le chômage est la conséquence immédiate avec tout ce qui peut s’en suivre", a expliqué Touhami Héni, responsable régional de l’Union générale des travailleurs tunisiens (Ugtt, centrale syndicale).

Le chômage des jeunes diplômés de l’université constitue un fléau en Tunisie contre lequel le gouvernement a été mis en garde par les institutions internationales dont le Fonds monétaire international.

Son taux atteindrait le double du taux de chômage global, estimé officiellement à 14%.

"La défaillance du modèle de développement, qui a provoqué une inégalité entre les régions, a débouché sur le fait que 90% de projets sont localisés dans les régions côtières et 10% dans les régions intérieures", affirme l’opposant Rachid Khéchana.

Selon lui, cette "disparité s’est accentuée avec l’arrivée sur le marché de travail de plusieurs milliers de diplômés originaires de ces régions enclavées".

La population de Sidi Bouzid vit essentiellement d’élevage de bétail et du commerce informel. Cette région est limitrophe de Gafsa, une zone minière qui a connu en 2008 des protestations similaires contre le chômage et la cherté de la vie.

Des affrontements avaient également eu lieu en août dernier, à Ben Guerdane (sud), à cause de restrictions apportées par la Libye au commerce informel vital pour les habitants de cette région.

Face à la vague de manifestations dans la région de Sidi Bouzid, le gouvernement a d’abord dénoncé une manipulation à des fins politiques "malsaines" avant de prendre des mesures urgentes en faveur de la région.

Ces mesures annoncées par le ministre du Développement, Mohamed Nouri Jouini, portent sur la création d’emplois et des projets pour un montant de 15 millions de dinars (7,86 millions d’euros).

Les manifestations se sont néanmoins poursuivies alors que des rassemblements de solidarité étaient organisés dans plusieurs villes de Tunisie et à Paris.

"Le travail est un droit légitime pour toute personne mais sa revendication ne se fait pas par la violence", a souligné M. Jouini.

Dans le même sens, le parti social libéral (PSL, proche du gouvernement) a dénoncé le recours à la violence, préconisant le dialogue pour faire avancer les revendications sociales.

Le ministère de l’Intérieur a fait état d’un mort, de deux policiers grièvement blessés et d’importants dégâts matériels lors des différentes échauffourées dans la région.

Les autorités ont cependant contesté que la mort d’un troisième jeune retrouvé dimanche dans un puits soit un suicide.

"Tout Tunisien a le droit d’aspirer à une vie digne et d’exiger un partage équitable des fruits de la croissance", écrivait le site Global Net, sous le titre "non au développement à deux vitesses".


Tunisie : les autorités avancent la "légitime défense" après la mort d’un manifestant

AP, 25/12/10 16:55

TUNIS (AP) - Les autorités tunisiennes ont invoqué samedi la "légitime défense" pour justifier la mort la veille d’un jeune manifestant tué par balle lors des violents affrontements qui ont secoué la ville de Menzel Bouzayane. Le centre-ouest du pays est en proie depuis plus d’une semaine à des troubles incessants, sur fond de chômage et de précarité des conditions de vie.

Selon un communiqué du ministère de l’Intérieur transmis à l’Associated Press, les manifestants ont incendié une locomotive et trois voitures de police avant de s’attaquer à un poste de la garde nationale à l’aide de pierres et de cocktails Molotov.

Les avertissements et tirs de sommation étant restés vains, expliquent les autorités, des agents de la Garde nationale ont été amenés à ouvrir le feu "dans le cadre de la légitime défense".

Le communiqué fait état d’un mort et de deux blessés parmi "les assaillants" et de plusieurs blessés, dont deux qui se trouveraient dans le coma, dans les rangs de la Garde nationale.

Selon le syndicaliste Mohamed Fadhel, un jeune homme de 18 ans, Mohamed Ammari, a été tué d’une balle dans la poitrine. La tension avait baissé samedi à Menzel Bouzayane mais des escarmouches étaient encore signalées dans la ville dont les accès demeuraient interdits, a-t-il déclaré à l’AP lors d’un entretien téléphonique.

Les troubles ont débuté le 25 décembre à Sidi Bouzid, chef-lieu de la région situé à 265km de Tunis, à la suite d’une tentative de suicide d’un jeune homme qui s’est aspergé d’essence et immolé par le feu devant la préfecture. Ils se sont étendus à plusieurs autres villes lorsque, quelques jours après, un autre jeune chômeur s’est suicidé par électrocution en escaladant un pylône de haute tension.

Principale formation de l’opposition légale, le Parti démocratique progressiste (PDP) dénonce une "véritable crise". Pour le porte-parole du comité de soutien aux populations de Sidi Bouzid, Attia Athmouni, il s’agit du "cri d’une jeunesse pour qui la vie et la mort s’équivalent désormais dans une région marginalisée et démunie".

Le fondateur du PDP, Me Néjib Chebbi, rapproche les événements de Sidi Bouzid de ceux de Gafsa en 2008 et dans d’autres régions, comme autant de "sonnettes d’alarme". Lors d’une conférence de presse, la secrétaire générale du PDP vendredi soir, Maya Jribi, en a attribué la cause à "l’injustice sociale" et aux "horizons bouchés" pour les populations des régions de l’intérieur. Elle a plaidé pour des "mesures urgentes" et l’ouverture d’un dialogue avec les parties concernées afin de déterminer les réformes nécessaires.


Des émeutes ébranlent la Tunisie

El Watan, le 28.12.10 | 03h00

Les manifestants dénoncent les inégalités interrégions et le chômage galopant qui touche essentiellement les jeunes diplômés de l’intérieur du pays. Chômage endémique, injustice sociale, pouvoir d’achat érodé, répression... La coupe est pleine.

Les Tunisiens n’en peuvent plus et le font savoir de la manière la plus forte. Hier, le centre de Tunis a été investi par des centaines de manifestants qui ont bravé la menace policière. Un rassemblement a été tenu devant le siège de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), sur la place Mohamed Ali, avant que les manifestants ne soient violemment dispersés par les forces de l’ordre.
Ce vent de contestation qui souffle sur la Tunisie, pays gouverné d’une main de fer depuis 23 ans, est la première du genre de par son ampleur. Longtemps étouffés par le régime policier de Ben Ali - au pouvoir depuis près d’un quart de siècle - plusieurs Tunisiens ont pris leur courage à deux mains et sont sortis dans la rue pour éructer leur colère d’être des laissés-pour-compte dans un pays présenté comme le plus stable du Maghreb. A l’origine de cette révolte qui se propage à travers plusieurs régions, la violente répression des émeutes de Sidi Bouzid, à 265 km du centre-ouest tunisien, qui ont éclaté après la tentative de suicide d’un jeune diplômé de l’université, vendeur sans permis de fruits et légumes, qui s’était fait confisquer sa marchandise par la police municipale.

Misère sociale

Désespéré, le jeune homme s’était aspergé d’essence pour s’immoler par le feu. Il a survécu mais se trouve dans un état critique.
Cinq jours plus tard, un autre jeune a mis fin à ses jours en s’électrocutant au contact de câbles électriques. Après ce triste épisode, toute la population de Sidi Bouzid s’est soulevée pour dénoncer une situation socioéconomique intenable. En signe de soutien aux émeutiers de Sidi Bouzid, plusieurs manifestations ont été organisées, ces trois derniers jours, dans différentes régions et villes tunisiennes, notamment à Bizerte, Sfax, Sousse et Nabeul.

« Les manifestants dénoncent les inégalités interrégions et le chômage galopant touchant essentiellement les jeunes diplômés de l’intérieur du pays », a fait savoir Jalal Zoghlami, militant tunisien des droits de l’homme, contacté par nos soins. Selon lui, les régions de l’intérieur et du sud tunisien souffrent depuis des années de chômage et de misère sociale due à un désinvestissement de l’Etat. Les manifestants sont, à ses yeux, « les oubliés du développement économique tunisien, concentré au niveau des grandes villes du Nord ». Jalal Zoghlami estime que cette contestation d’ordre social et économique est loin de s’estomper. « Les manifestations ont commencé le 17 décembre à Sidi Bouzid. Elles se sont propagées à travers plusieurs villes du pays en seulement quelques jours. Je pense que cette grogne sociale est partie pour durer, tant que le gouvernement continue de faire mine d’ignorer les revendications des manifestants », estime-t-il. « De nombreuses études réalisées ces dernières années montrent le hiatus qui ne cesse de se creuser entre les différentes régions de la Tunisie », a-t-il relevé. Selon lui, beaucoup d’investissements et de projets ont été réalisés sur le littoral aux dépens des villes de l’intérieur.
Ainsi, il n’est pas exclu de voir dans les jours à venir des émeutes éclater en plein Tunis.

Un modèle en faillite

« Le chômage est la conséquence immédiate, avec tout ce qui peut s’ensuivre », a expliqué Touhami Heni, responsable régional de l’UGTT. Il touche surtout les jeunes diplômés de l’université. Gagnés par le désespoir ambiant, plusieurs de ces jeunes s’adonnent à des activités informelles, comme vendre des fruits et légumes dans la rue. Officiellement, le chômage est de 14%. Mais réellement, comme le soulignent des opposants tunisiens, il avoisine les 30%. « La défaillance du modèle de développement, qui a provoqué une inégalité entre les régions, a débouché sur le fait que 90% de projets sont localisés dans les régions côtières et 10% restants dans les régions de l’intérieur », a indiqué l’opposant Rachid Khechana, repris par l’AFP. Selon lui, cette disparité s’est accentuée avec l’arrivée sur le marché du travail de plusieurs milliers de diplômés originaires de ces régions enclavées.
La population de Sidi Bouzid vit essentiellement d’élevage de bétail et de commerce informel, a encore précisé cet opposant. Cette région est limitrophe de Gafsa, une zone minière qui a connu, en 2008, des protestations similaires contre le chômage et la cherté de la vie. La Tunisie a déjà connu des émeutes de la faim et du chômage par le passé, certes de moindre importance.
Cette vague de manifestations est qualifiée par le gouvernement tunisien de « pure manipulation à des fins politiques ». Cela, tout en prenant en « urgence » des mesures en faveur de la région de Sidi Bouzid, reconnaissant ainsi l’existence de besoins encore insatisfaits.

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