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Tunisie : les émeutes continuent, "Mohammed Bouazizi nous te vengerons" !
(Le 5 janvier 2011)

Tunisie : les lycéens dans la rue

Afrik.com, mardi 4 janvier 2011

Les forces de l’ordre ont dispersé à l’aide de gaz lacrymogènes des centaines de lycéens qui manifestaient mardi, dans les rues de Thala, une localité du centre-ouest de la Tunisie. La veille, plus de 250 jeunes avaient déjà investi les rues de cette ville pour dénoncer le chômage galopant et la dégradation de leurs conditions de vie. Depuis la mi-décembre, la grogne monte et les manifestations se multiplient dans le pays et accusent le pouvoir de rester silencieux face à ce malaise. En réaction, le président Zine el Abidine Ben Ali a décidé mardi la nomination d’un porte-parole officiel du gouvernement.

Retour de vacances mouvementé en Tunisie. Des centaines de lycéens étaient ce mardi, pour la deuxième journée consécutive, dans les rues de Thala, une ville située à environ 250 km de Tunis. Selon plusieurs témoins qui se sont confiés aux agences de presse AP et AFP, des chômeurs se sont joints à la manifestation qui s’est transformée en affrontements violents avec la police. Les forces de l’ordre, appuyées par des renforts venus de régions voisines, ont dispersé la foule à l’aide de la matraque et d’abondants gaz lacrymogènes.

« La police s’est introduit dans un lycée en maltraitant élèves et enseignants », a témoigné un syndicaliste joint au téléphone par l’AP. Plusieurs blessés ont été transférés à l’hôpital de Kasserine, chef-lieu de la région, a précisé ce syndicaliste qui a requis l’anonymat. Il a également fait état de nombreuses interpellations. Les établissements scolaires de Thala ont été fermés l’après-midi.

La veille, la manifestation avait aussi tourné à l’émeute dans cette localité. Les manifestants avaient incendié le siège du parti au pouvoir et mis le feu à des pneumatiques. Dans d’autres villes, mais à une moindre échelle, les lycéens avaient répondu aux messages de mobilisation circulant via les réseaux sociaux sur internet. Ils se sont mobilisés dans plusieurs villes : à Sfax, à Sidi Bouzid, à Tunis, à Grombalia et à Bizerte. A Jbeniana, deux jeunes auraient été interpellés. A Sousse il y aurait eu des heurts entre les étudiants et les forces de l’ordre, selon RFI.

Place à la communication ?

Le gouvernement, qui accuse l’opposition de manipuler ces manifestations, a néanmoins décidé de réagir politiquement mardi. Après qu’il lui a été reproché son mutisme et le silence des médias officiels face au malaise exprimé par les jeunes protestataires, le président Zine el Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, a nommé un porte-parole officiel du gouvernement. Une fonction qui n’existait pas jusqu’alors en Tunisie. Selon l’agence de presse gouvernementale TAP, elle a été confiée au nouveau ministre de la communication Samir Laâbidi.

Depuis le 17 décembre, la Tunisie connaît d’importants troubles sociaux. Ils ont éclaté après que de jeunes chômeurs de Sidi Bouzid ont tenté de se suicider. Mohammed Bouazizi, un jeune vendeur de fruits et légumes, s’est immolé ce 17 décembre après la confiscation de sa marchandise par la police. Houcine Néji, lui, s’est tué le 22 décembre en montant sur un pylône électrique pour dénoncer le chômage. Des actes de détresse dans lesquels la jeunesse tunisienne, largement désœuvrée, se retrouve.

Suite aux troubles - qui à Sidi Bouzid ont fait trois morts et un blessé grave -, le président Ben Ali a limogé le gouverneur de Sidi Bouzid et annoncé des mesures « urgentes » pour le lancement de projets et la création d’emplois dans les régions de l’intérieur du pays. Des déclarations qui ne sont pas parvenues à restaurer la paix sociale en Tunisie. Les avocats appellent à la grève générale le 6 janvier, pour dénoncer l’attitude des autorités à leur égard et soutenir l’action des jeunes.


Tunisie : tensions lors de l’inhumation de Mohammed Bouazizi

Le Parisien, 05.01.2011, 21h10

L’inhumation de Mohammed Bouazizi s’est déroulée mercredi dans une ambiance tendue dans la région de Sidi Bouzid, en Tunisie. Le vendeur ambulant s’était immolé le 17 décembre après la saisie musclée de son étal de fruits et légumes qu’il vendait sans permis pour faire vivre les siens. Grièvement brûlé lors de sa tentative de suicide, le jeune homme de 26 ans est décédé mardi soir.

Il est devenu une symbole de la protestation. Son geste a déclenché un mouvement social dans de nombreuses villes de Tunisie.

Entre tristesse et colère, une foule estimée à 5 000 personnes a marché derrière son cortège funèbre en criant vengeance, jusqu’au cimetière de « Garaat Bennour », à 16 km de Sidi Bouzid, a rapporté à l’AFP Kamel Laabidi, un syndicaliste. « Adieu Mohamed nous te vengerons ! », « Nous te pleurons ce jour, nous ferons pleurer ceux qui ont causé ta perte », ont scandé les habitants. Ils ont aussi crié leur colère contre la cherté de la vie « qui a conduit Mohamed au suicide », répétant « Honte au gouvernement ! », selon le syndicaliste. Quelques manifestants ont également menacé de mettre fin à leurs jours.

Le chômage et la cherté de la vie au cœur des revendications

Le geste du jeune homme, présenté jusqu’ici comme diplômé de l’université, à tort selon un diplomate, avait provoqué des protestations qui ont ensuite dégénéré en affrontements entre la police et des habitants de Sidi Bouzid. Mais ce geste a également marqué le point de départ d’une vague de mécontentement plus générale, nourrie par le chômage, la cherté de la vie et le sentiment d’abandon des régions défavorisées.

Les troubles s’étaient multipliés dans plusieurs villes du pays et des manifestations de soutien ont été organisées à Tunis, la capitale. Trois autres personnes y ont trouvé la mort : deux manifestants ont été tués par balles à Menzel Bouzaiane, un autre jeune se serait également suicidé.

Un ministre et un gouverneur débarqués

Quelques jours après le début des affrontements, le ministre de Développement, Mohamed Nouri Jouini, s’était déplacé à Sidi Bouzid afin d’annoncer des mesures présidentielles pour la création d’emplois et le lancement de projets d’un montant de 15 millions de dinars, soit un peu moins de 7,8 millions d’euros (1 dinar= 0,52 euro). Cette mesure ne semble pas avoir calmé les esprits.

Conséquence aussi de ce mouvement, le ministre de la Communication, ainsi que le gouverneur de la région de Sidi Bouzid, avaient été débarqués par le président Bel Ali. Le Parti démocratique progressiste (opposition légale) avait de son côté appelé à mettre fin à la compagne d’arrestation et à l’ouverture d’un dialogue avec les composantes de la société civile et les jeunes chômeurs.

De Paris, Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des ligues de droits de l’homme (FIDH) et du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) demande « une enquête ou une commission nationale pour déterminer les causes et les solutions à cette protestation sociale qui a pris des formes tragiques ».

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