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Tunisie : heurts devant le siège du gouvernement, grève des instituteurs, l’armée menace
(Le 24 janvier 2011)

Tunisie : heurts devant le siège du gouvernement, grève des instituteurs

AFP, 24.01.2011, 08h35

Un affrontement a opposé devant le siège du gouvernement lundi à Tunis policiers et manifestants exigeant le départ des ministres de l’ancien régime, tandis que la reprise des cours était plombée par une grève à l’ouverture d’une semaine cruciale pour la survie du cabinet.

La Tunisie restait plongée dans la tension alors que des milliers de manifestants hostiles à l’équipe, formée il y a tout juste une semaine mais très contestée, ont reçu le renfort symbolique de ruraux de l’intérieur à l’origine de la chute du président Zine El Abidine Ben Ali

"On va rester jusqu’à ce que le gouvernement démissionne et s’enfuie comme Ben Ali", a déclaré à l’AFP Othmene, 22 ans, militant de l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET).

Lundi matin, des policiers anti-émeute ont tiré des gaz lacrymogènes contre des manifestants qui leur lançaient des pierres devant les bureaux du Premier ministre après que des policiers eurent tenté d’exfiltrer des fonctionnaires des bureaux de Mohammed Ghannouchi, a constaté l’AFP.

Sur les centaines de manifestants qui avaient passé la nuit malgré le couvre-feu sur l’esplanade de la Kasbah, près du palais du Premier ministre, plusieurs dizaines ont couru vers les policiers, provoquant un mouvement de foule. Des policiers ont tiré quelques grenades lacrymogènes sur les manifestants qui leur ont jeté des bouteilles en plastique, puis des pierres et tout ce qui leur tombait sous la main.

Après le bref incident, les portes du palais du Premier ministre étaient étroitement gardées par l’armée. Les accès à la Kasbah ont été fermés par des barbelés et des cordons de l’armée et de la police.

Un millier de personnes, venues notamment de la région de Sidi Bouzid, danle centre, d’où est partie à la mi-décembre "la révolution du jasmin", rejointes par des Tunisois, ont commencé vers 07H00 du matin (06H00 GMT) à appeler de nouveau au départ du gouvernement d’union nationale.

Des dizaines de manifestants ont été tués par balles par la police pendant la révolte populaire d’un mois qui a eu raison le 14 janvier du régime de M. Ben Ali. Des centaines de ruraux ont dormi sur l’esplanade la Kasbah, dans des sacs de couchage, ravitaillés en nourriture et boissons par des voisins, sous la surveillance de l’armée.

D’autres groupes de manifestants venus de province doivent arriver prochainement dans la capitale, selon des messages qui circulent sur le réseau social Facebook. Lundi est considéré comme une journée test pour jauger l’évolution du rapport de force entre la rue et le gouvernement, qui fait le gros dos pour le moment et semble tabler sur un hypothétique essoufflement de la contestation populaire.

Ses efforts pour remettre le pays sur les rails ont d’entrée été plombés par une "grève illimitée" des instituteurs réclamant eux aussi les départ du gouvernement provisoire des anciens ministres de M. Ben Ali, en ce jour de reprise théorique des cours dans les maternelles, le primaire et pour les lycéens de classe terminale.

"Nous n’avons pas une image complète de la situation mais il semble que la grève est bien suivie à Médenine, Tataouine (sud-est), Mahdia (centre-est) et Kasserine (centre-ouest)", a affirmé à l’AFP Nabil Haouachi, membre du syndicat national de l’enseignement primaire. A Tunis, des nombreux parents se sont pressés aux portes de la grande école primaire de la Rue de Marseille. Mais, après des discussions avec les instituteurs, ils ont ramené leurs enfants à la maison.

Dans la banlieue de Tunis, à Mourouj, quelques parents ont insisté pour faire admettre leurs enfants dans les salles de classe, dénonçant "une grève politique". Il y ont renoncé également, comme à Ben Arous et Mégrine, autres banlieues du sud de Tunis, où s’est reproduit le même scénario, selon des journalistes de l’AFP.


L’armée dénonce le risque de vide politique en Tunisie

Reuters, 24/01/2011 à 19:32

TUNIS (Reuters) - Le chef d’état-major de l’armée tunisienne a mis en garde lundi contre le risque de vide politique tout en promettant de défendre "la révolution" qui a balayé le régime du président Zine ben Ali.

Des négociations sont en cours pour remplacer par un "comité de sages" le gouvernement provisoire contesté par la rue et "protéger la révolution", dit-on dans les milieux politiques. Cette instance pourrait inclure l’opposant Ahmed Mestiri.

Selon le ministre de l’Education, Taïeb Baccouche, un remaniement gouvernemental est attendu dans les prochains jours pour pourvoir les postes laissés vacants.

Le général Rachid Ammar, qui avait refusé de soutenir la répression de la "révolution de jasmin", a déclaré à une foule rassemblée devant les bureaux du Premier ministre : "Notre révolution est votre révolution. La révolution de la jeunesse pourrait être perdue et exploitée par ceux qui appellent à un vide. L’armée protégera la révolution."

La foule demande le départ du gouvernement de transition en raison de la trop grande proximité de certains de ses membres avec le régime déchu.

La police avait auparavant fait usage de gaz lacrymogènes contre ces manifestants venus à bord d’une "caravane de la liberté" et issus pour la plupart de zones rurales déshéritées.

"LA JUSTE MESURE"

Policiers et militaires ont bloqué un demi-millier de manifestants présents à l’intérieur de la Kasbah, qui abrite le siège du gouvernement. Un millier d’autres protestataires se sont répandus dans les rues et sur une grande place adjacentes, dans l’incapacité d’approcher du secteur.

Parmi les marcheurs, beaucoup viennent de la région de Sidi Bouzid, à 300 kilomètres au sud de Tunis, où le suicide le mois dernier du jeune chômeur diplômé Mohamed Bouazizi a été l’élément déclencheur de la révolte populaire.

"Pourquoi ne nous laissent-ils pas briser les barrières et rejoindre nos frères ?", s’interroge Kamal Ashour, un Tunisois. "(...) On croirait que le régime Ben Ali est de retour."

Dix jours après la fuite de Zine ben Ali en Arabie saoudite, le gouvernement de Mohamed Ghannouchi, Premier ministre depuis 1999 et ancien membre du parti présidentiel RCD, ne parvient pas à contenir les revendications de la population.

Fermées pendant deux semaines, les écoles ont commencé à rouvrir lundi, même si certaines se sont mises en grève pour réclamer le départ des nouvelles autorités.

Dans un entretien au Figaro, le chef de la diplomatie, Kamel Morjane, exclut de démissionner. Il dit ne pas vouloir s’accrocher à ses attributions mais mettre ses compétences au bénéfice du pays "dans une période délicate".

La France, critiquée pour son manque de soutien public à la "révolution de jasmin", a promis de venir en aide aux nouvelles autorités et de rechercher systématiquement les "richesses pillées" par Ben Ali.

Le président Nicolas Sarkozy a amorcé un début de mea culpa en reconnaissant que la France n’avait pas pris la juste mesure de la révolte des Tunisiens. "Derrière l’émancipation des femmes, l’effort d’éducation et de formation, le dynamisme économique, l’émergence d’une classe moyenne, il y avait une désespérance, une souffrance, un sentiment d’étouffer dont, il nous faut le reconnaître, nous n’avions pas pris la juste mesure", a-t-il dit lors d’une conférence de presse.

DES PROCHES DE BEN ALI ARRÊTÉS

La France, a dit Nicolas Sarkozy, va proposer aux nouvelles autorités des mesures pour leur venir en aide au plus vite et appuie l’octroi d’un "statut avancé" de la Tunisie dans ses relations avec l’Union européenne.

"Une ère nouvelle s’ouvre pour les relations entre la Tunisie et la France", a-t-il déclaré.

A la suite d’une plainte déposée par trois ONG, une enquête préliminaire de police a été ouverte par le parquet de Paris sur les biens que détiendrait la famille de Zine ben Ali en France.

A Tunis, les nouvelles autorités ont annoncé le placement en résidence surveillée de trois proches collaborateurs de Ben Ali. Il s’agit de l’ancien conseiller chargé du contrôle de la presse, Abdelwahhab Adballa, de son ancien porte-parole et plus proche conseiller, Abdelaziz bin Dhia, et de l’ancien ministre de l’Intérieur et président de la chambre haute du Parlement, Abdallah Qallal.

Larbi Nasra, propriétaire de la chaîne de télévision privée Hannibal TV, a été brièvement arrêté pour "trahison", rapporte ce média sans autres précisions. Il est accusé d’avoir encouragé la violence et travaillé pour le retour du président déchu, rapporte l’agence de presse tunisienne.

Par ailleurs, le dirigeant en exil de l’opposition islamiste, Rachid Ghannouchi, a annoncé son retour dans les prochains jours et assuré qu’il ne voulait pas instaurer la charia. "J’invite à respecter le choix du peuple tunisien et le mouvement Ennahda appelle depuis sa création à une véritable démocratie moderne", a-t-il déclaré à France 24 de son exil à Londres.


À Tunis, le gouvernement provisoire joue sa survie

Le Monde, 25 janvier 2011

Méprisé par l’ancien président Ben Ali, qui quittait rarement son palais de Carthage, la Kasbah, le siège du gouvernement à Tunis, concentre aujourd’hui tous les regards. Le premier ministre, Mohamed Ghannouchi, tente de s’y maintenir, tandis que des manifestants très déterminés réclament tous les jours la disparition du gouvernement provisoire qu’il a formé.

Sous ses murs, dimanche 23 janvier, des marcheurs de Sidi Bouzid, la ville agricole du centre d’où est parti le soulèvement tunisien, ont rejoint des milliers de personnes. « On a déclenché la révolution, on est venus la finir », assure Nizar Faleh, un instituteur de 24 ans.

Détermination des uns à tout changer après vingt-trois ans de dictature, volonté des autres de composer pour éviter le chaos : la Tunisie est tiraillée entre ces deux aspirations, sous les yeux d’une armée très présente dans les rues mais, jusqu’ici du moins, impassible.

Afet M’Saad, une enseignante à la retraite de Tunis, était devant la Kasbah aux premières heures du matin. « Je suis venue pour ces gens qui viennent des zones oubliées », explique-t-elle en désignant la caravane de Sidi Bouzid. « J’ai visité quatre villas des Trabelsi, poursuit cette sexagénaire, et cela m’a choquée. » À côté d’elle, un homme distribue un tract signé d’un mystérieux « Front du 14 janvier » (date de la chute de Ben Ali), constitué de huit partis pour la plupart hier encore inconnus : extrême-gauche, nationalistes, « unionistes nassériens » et même « baâthistes » (baasistes). Un objectif commun : faire tomber le gouvernement.

MOT D’ORDRE DE GRÈVE « ILLIMITÉE »

La plus grande force motivée par la chute du nouveau pouvoir est l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la centrale syndicale. Alors qu’Ahmed Brahim, ministre de l’Enseignement supérieur, a appelé à une reprise progressive des cours, lundi 24 janvier, l’UGTT a lancé un mot d’ordre de grève « illimitée » dans le secteur. « On ne peut pas appliquer un ordre d’un gouvernement qu’on ne reconnaît pas », lance Nejib Sellami, membre de la fédération de l’Enseignement secondaire. « Le gouvernement pense que le mouvement va décroître avec le temps. Voilà notre réponse », ironise-t-il.

Hier, c’était au tour des policiers de manifester dans la rue, un tissu rouge autour du bras, offrant un spectacle surréaliste. Ici, un policier en tenue hurlant dans sa radio de service le slogan favori des manifestants : « Dégage, dégage ! » ; là, un brigadier de la police des frontières haranguant la foule pour exiger la création d’un syndicat policier et réclamer de meilleurs salaires : « Je gagne 360 dinars par mois [187 euros] après quinze ans de service », affirme-t-il. Symbole de l’État répressif de l’ancien régime, la police tente de paraître sous un jour nouveau, comme en témoignent les énormes inscriptions tracées sur l’avenue Habib-Bourguiba : « Ben Ali, la police te crache dessus », ou « le peuple a libéré la police ».

Tous ces contestataires, unis dans le refus affiché de voir des anciens ministres de M. Ben Ali rester en place au sein du gouvernement provisoire, forment désormais un groupe hétéroclite sur lequel des responsables tunisiens s’interrogent ouvertement. « Les manifestations sont sincères mais ceux qui sont à la pointe du mouvement sont parfois ceux qui redoutent le plus la transition », souligne Mahmoud Ben Romdhane, membre de la direction d’Ettajdid, un ancien parti d’opposition représenté au gouvernement et qui a organisé, dimanche, un meeting dans la capitale pour dire « non au chaos ». À Tunis, le soupçon se répand de plus en plus sur un possible coup d’État militaire que justifierait une situation rendue incontrôlable...

MESURES INAUDIBLES

Autour du premier ministre, la consigne est claire : « Il faut tenir », lance Faouzia Charfi, secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur. Personnalité indépendante respectée, elle était l’épouse de feu Mohamed Charfi, le seul ministre de Ben Ali qui ait jamais osé démissionner. « Je n’ai pas hésité à faire partie de ce gouvernement, souligne-t-elle, car il faut avancer. » Quitte à faire face au ministre de l’Intérieur, Ahmed Friaa, qui remplaça en 1994 son mari ? « Pas besoin de sourires inutiles et déplacés entre nous, nous travaillons », coupe-t-elle.

Convaincu que l’urgence commande de protéger coûte que coûte les institutions et de remettre l’économie en route, le nouveau pouvoir passe outre au mécontentement populaire, tandis que l’élite, elle, paraît dépassée. « Le vrai gouvernement légitime sera celui qui sortira des urnes dans six mois », soutient Afif Chelbi, le ministre de l’Industrie, un poste qu’il occupait déjà depuis quatre ans - sans être membre, précise-t-il, du parti de M. Ben Ali, le RCD. « Mais nous devons nous remettre au travail, et chaque recul en entraînera un autre. »

Reste qu’il manque toujours cinq ministres à l’appel (affaires sociales, agriculture, transports, santé et développement) et que les mesures prises comme autant de gages donnés de rupture avec le passé - amnistie politique générale, fin de la censure, séparation de l’État et du RCD - paraissent inaudibles.

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