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A Tunis, des centaines de manifestants bravent le couvre-feu
(Le 23 janvier 2011)

A Tunis, des centaines de manifestants bravent le couvre-feu

Le parisien, 23.01.2011, 23h17

Des centaines de Tunisiens ont défié dimanche soir le couvre feu en campant sous les fenêtres de la Primature.

« On veille cette nuit pour protéger la flamme de la Révolution » : des centaines de Tunisiens, dont beaucoup venus du centre frondeur et déshérité du pays, défiaient dimanche soir le couve-feu et campaient sous les fenêtres de la Primature, exigeant la démission du gouvernement.

Arrivée le matin même dans la capitale, cette « caravane de la libérté ou de la libération » exige la démission du gouvernement. Samedi, ce cortège d’un millier de jeunes était parti du centre-ouest pauvre et rural du pays, foyer de la révolte populaire qui a fait chuter le régime. A l’entrée en vigueur du couvre-feu, à 20 heures, ils étaient encore des centaines à tenter de s’organiser pour passer la nuit qui s’annonçait très fraîche.

Arrivés dans la capitale vers 7h30, à bord de dizaines de camions, voitures, motos, camionnettes, les manifestants ont d’abord remonté l’avenue Habib Bourguiba, artère centrale et symbolique de la capitale où se déroulent des manifestations quotidiennes contre l’exécutif provisoire. Devant le ministère de l’Intérieur, ils ont déployé un vaste portrait de Mohammed Bouazizi, jeune vendeur de fruits qui s’était immolé par le feu le 17 décembre à Sidi Bouzid (centre-ouest), déclenchant par son geste les premiers mouvements de révolte.

Ils ont ensuite marché jusque devant le palais de la Kasbah, qui abrite les bureaux du Premier ministre, où ils ont été maintenus à distance par un double cordon de fils de fer barbelés, défendu par des policiers anti-émeute puis par des militaires. « Le peuple vient faire tomber le gouvernement », proclamait dimanche soir une banderole accrochée aux grilles du palais de la Kasbah, qui abrite les bureaux du Premier ministre.

Faire tomber les « restes de la dictature »

« Nous sommes venus de Menzel Bouzaiane, de Sidi Bouzid, de Regueb pour faire tomber les derniers restes de la dictature », expliquait un vieil homme drapé dans un drapeau tunisien, Mohammed Layani. Les manifestants brandissaient les portraits de « martyrs », les victimes de la répression du soulèvement populaire, au cours duquel au moins 100 personnes ont trouvé la mort, selon l’Onu. La « Caravane de la liberté » devait à l’origine rejoindre Tunis à pied, en quatre ou cinq jours. Mais les marcheurs ont expliqué dimanche qu’il n’y avait « pas de temps à perdre pour faire tomber le gouvernement » et qu’ils avaient décidé de venir plus vite à bord de véhicules motorisés, bravant le couvre-feu.

Parmi les manifestants, comme depuis vendredi, on apercevait des policiers en civil ou en uniforme, qui réclament la création d’un syndicat de police et tentent par leur présence dans les cortèges de se faire pardonner la féroce répression policière des dernières semaines.

Lundi, grève générale dans l’enseignement

Très contesté, le gouvernement semble tabler sur un essoufflement du mouvement dans les jours à venir et s’efforce de remettre le pays sur les rails en relançant notamment l’activité économique.

La journée de lundi servira de test pour jauger l’évolution du rapport de force rue-gouvernement qui s’est instauré la semaine dernière. Les écoliers, collégiens et une partie des lycéens doivent normalement reprendre le chemin des établissements scolaires, fermés depuis le 10 janvier, quatre jours avant la fuite en Arabie Saoudite de l’ancien président Ben Ali. Mais le syndicat des enseignants du primaire a déjà convoqué une « grève générale illimitée » à partir de lundi pour exiger la formation d’un nouveau gouvernement débarrassé de tout cacique de l’époque Ben Ali.

Samedi, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a « encouragé », dans un entretien téléphonique, le Premier ministre Mohamed Ghannouchi à mettre en place des « réformes et la transition vers une démocratie ouverte ».


Les jeunes manifestants tunisiens veulent "démonter la Bastille"

AFP - ‎23 janv. 2011‎

TUNIS - "La Kasbah, c’est la Bastille de la Tunisie et on va la démonter, comme les sans-culottes ont fait tomber la Bastille en 1789", lors de la Révolution française, promet un manifestant parmi les centaines qui ont passé la nuit devant le palais du Premier ministre.

Rompant avec l’ambiance bon enfant de la veille, plusieurs incidents ont opposé lundi à la police des jeunes manifestants, dont beaucoup sont venus du centre frondeur et déshérité du pays, foyer de la "révolution du jasmin".

Emmitouflés dans des couvertures, ravitaillés par la population, ils ont bravé le couvre-feu et la fraîcheur de la nuit, fidèles à leur promesse d’aller "jusqu’au bout", comme ils le scandaient à nouveau dès leur réveil.

"On restera jusqu’à ce que le gouvernement démissionne et s’enfuie comme Ben Ali. On n’a pas confiance en ces gens, ils ont laissé piller le pays et tué nos amis. Ils cherchent à gagner du temps pour échapper à la justice, ils veulent détruire les archives, les preuves de leurs crimes", affirme Raja, agée de 31 ans, au milieu d’un groupe de jeunes chômeurs et d’étudiants venus de tout le pays.

La rue tunisienne manifeste quotidiennement depuis la formation il y a une semaine d’un gouvernement de transition dominé par des caciques de l’ancien régime du président Zine El Abidine Ben Ali, qui a fui le 14 janvier en Arabie Saoudite.

Des groupes de manifestants rejoignaient peu à peu les irréductibles restés sur place, qui atteignait plusieurs milliers de personnes à la mi-journée.

Soudain, un mouvement agite la foule. Des fonctionnaires, escortés par des policiers en tenue anti-émeute, quittent les bureaux du Premier ministre. Ils sont hués par les jeunes qui lancent des projectiles sur les policiers. Ceux-ci ripostent par quelques tirs de grenades lacrymogènes.

Des militaires, la plupart désarmés, font alors rempart de leur corps pour protéger le repli des policiers de la fureur des jeunes. Une voiture de police est plus tard saccagée.

"Ne vous en prenez pas à l’armée, ce sont des fils du peuple", prévenaient des manifestants munis de porte-voix. Le risque est faible : comme Nadia Debbiche, une syndicaliste, beaucoup pensent dans la foule que "l’armée doit prendre les choses en main".

"On aime les militaires, mais on déteste les policiers. On n’oublie pas qu’ils ont tiré sur nous à balles réelles", explique un jeune homme brandissant le portrait d’un "martyr", l’une des victimes de la répression policière du soulèvement qui a fait au moins 100 morts selon les Nations unies.

La police était un pilier du régime, se souvient Fethi Abado Soumri, militant islamiste de 40 ans, qui a passé huit années en prison.

"On sait ce qui s’est passé à Abou Ghraïb, à Guantanamo, mais en Tunisie, c’était encore pire ! Des cellules de 50m2 où on entassait 100 prisonniers, le manque de nourriture qui nous conduisait à manger les souris, la torture...", raconte cet habitant d’Aïn Draham, près de la frontière algérienne.

Un nouvel incident manque de dégénérer en lynchage quelques minutes plus tard, à l’arrivée d’un homme en costume, identifié comme ennemi par des jeunes qui dénoncent leur absence de perspective.

"Les villes de l’intérieur sont oubliées. Depuis l’indépendance, il n’y en a eu que pour le Nord et la côte. Nous, on est le symbole vivant de la pauvreté en Tunisie", proteste Belkacen Bouazizi, de Kasserine.

Se proclamant "radicaux", les manifestants de la Kasbah revendiquent aussi leur indépendance à l’égard des partis, même d’opposition. "On ne vend pas le sang des martyrs", proclame une banderole accrochée aux fenêtres du Premier ministre.

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