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Tunisie : heurts à Tunis, la Kasbah évacuée au lendemain du remaniement, l’UGTT complice
(Le 28 janvier 2011)

Tunisie : heurts à Tunis, la Kasbah évacuée au lendemain du remaniement

AFP, 28/01/2011 à 19:59

TUNIS - Des heurts ont opposé vendredi les forces de l’ordre à des manifestants à Tunis où la police a chassé ceux qui faisaient encore le siège du premier ministre, au lendemain de la formation d’un nouveau gouvernement de transition. Dans l’après-midi, la police anti-émeute a procédé à l’évacuation musclée de l’esplanade de la Kasbah, siège de la primature, au sixième jour d’occupation par des manifestants, opposés au premier ministre Mohamed Ghannouchi.

Bombardée de pierres, la police a répliqué par une pluie de grenades lacrymogènes et progressé vers la place, a contaté l’AFP. Les militaires sur place se sont contentés d’observer, l’arme au pied.

Sur l’esplanade, survolée par un hélicoptère, des militaires ont démonté les tentes utilisées par les manifestants, installés depuis le 23 janvier. Puis des policiers ont disposé des barrières autour de la place pour empêcher les manifestants de revenir. En début de soirée, les services de voirie s’affairaient à nettoyer la place jonchée de débris.

"J’ai vu au moins cinq blessés. Plusieurs saignaient", a affirmé le médecin du Samu de Tunis, Majdi Amami. Il a précisé que deux blessés ont été atteints par des pierres lancées par les manifestants et que la police rejetait ensuite vers eux. Un troisième a été atteint à la tête par une grenade lacrymogène tirée "presque à bout portant", a affirmé ce médecin.

Dans la matinée, les plus irréductibles des protestataires continuaient d’insister pour obtenir la tête du premier ministre, qui fut pendant onze ans chef du gouvernement du président déchu Zine El Abidine Ben Ali.

"La majorité veut continuer pour dégager Ghannouchi, tout le gouvernement doit sauter, surtout Ghannouchi", assurait à l’AFP Khaled Salhi, étudiant de 22 ans. Chassés de l’esplanade en fin d’après-midi, des centaines de protestataires se sont alors dirigés vers l’avenue Habib Bourguiba, où les heurts ont repris de plus belle avec la police.

L’artère, qui avait retrouvé un visage avenant avec ses terrasses de cafés bondées et ses badauds s’adonnant au lèche vitrine, s’est totalement vidée en quelques instants. L’air était rempli de fumées de grenades lacrymogènes sur toute la longueur de l’avenue, totalement bouclée, et les rues adjacentes ou refluaient des grappes de manifestants pourchassés par les forces de l’ordre.

Plusieurs arrestations ont été opérées par des policiers eux-mêmes pris à parti par des groupes de passants. Après trois jours d’âpres tractations, M. Ghannouchi avait en grande partie cédé à la pression quotidienne de milliers de manifestants en formant jeudi soir une nouvelle équipe de transition profondément remaniée. Cinq des sept anciens ministres du dernier gouvernement de Ben Ali qui y figuraient ont été remerciés, notamment tous ceux qui occupaient les postes-clés : Défense, Intérieur, Affaires étrangères, Finances. Ils ont été remplacés par des technocrates ou des personnalités indépendantes peu connues de l’opinion. "Un gouvernement est là. L’économie doit repartir, les gens doivent se remettre au travail", a affirmé vendredi à l’AFP Mouldi Jandoubli, un membre exécutif de la puissante centrale syndicale l’UGTT, qui a joué un rôle central dans la "révolution du jasmin".

La France a rapidement salué la formation de cette nouvelle équipe, en soulignant qu’elle devait préparer des élections "dans les meilleures conditions". Dans un entretien téléphonique vendredi avec le nouveau ministre des AE tunisien Ahmed Abderraouf Ounaïs, la Haute représentante de l’UE aux Affaires étrangères, Mme Catherine Ashton, l’a invité à Bruxelles la semaine prochaine.

Mme Ashton a également indiqué qu’elle enverrait une mission d’experts en Tunisie la semaine prochaine pour aider à la préparation et à l’organisation d’élections.


Tunisie : la place de la Kasbah évacuée par la police

AFP, 28/01/11 18:18

Les unités anti-émeutes ont tiré des grenades lacrymogènes contre les manifestants rassemblés sous les fenêtres du bureau du premier ministre et cinq personnes ont été blessées.

La police a fait évacuer vendredi 28 janvier les manifestants qui campaient depuis des jours devant les bureaux du premier ministre au centre de Tunis, sur la place de la Kasbah. Les unités anti-émeutes ont tiré des grenades lacrymogènes contre les manifestants rassemblés sous les fenêtres du bureau du premier ministre et qui leur lançaient des pierres. Au moins cinq personnes ont été blessées au cours de ces affrontements. "J’ai vu au moins cinq blessés. Plusieurs saignaient", a affirmé le médecin du Samu de Tunis, Majdi Amami.

Pourtant, la concertation avait pris le pas sur la contestation en début d’après-midi à Tunis, après la formation, avec onction syndicale, d’un gouvernement de transition bis épuré des principaux caciques de Ben Ali mais dont le Premier ministre reconduit, Mohammed Ghannouchi, concentre les critiques. Un silence inédit depuis le début de la semaine régnait dans dans la matinée à la Kasbah, où des centaines de manifestants ayant une nouvelle fois campé sous les fenêtres du siège du gouvernement se concertaient par petits groupes sur la suite à donner à leur mouvement, selon un journaliste de l’AFP.

Ghannouchi veut descendre dans la rue

Le Premier ministre tunisien de transition, Mohammed Ghannouchi, s’est dit prêt de son côté à rencontrer les manifestants qui font le siège du gouvernement pour discuter de leurs demandes, a indiqué vendredi à l’AFP Abdessalam Jrad, le patron de la puissante centrale syndicale UGTT. Selon ce dernier, des concertations ont eu lieu dans la matinée entre des représentants syndicaux et les manifestants. Le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) a ajouté avoir parlé avec Mohammed Ghannouchi qui a accepté le principe d’une rencontre avec ces manifestants, sans préciser quand elle interviendra. L’UGTT tente de convaincre les manifestants de rentrer dans leurs provinces, après la formation jeudi soir d’un nouveau gouvernement de transition épuré des principaux caciques de l’ancien régime Ben Ali auquel la centrale a donné son aval tacite.

La victoire de la rue

Après trois jours d’âpres tractations, Mohammed Ghannouchi a en grande partie cédé à la pression quotidienne de milliers de manifestants en formant jeudi soir une nouvelle équipe de transition profondément remaniée qui a reçu l’aval préalable de la puissante Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT). Cinq des sept anciens ministres du dernier gouvernement de Ben Ali qui y figuraient ont fait les frais de ce coup de balai, notamment tous ceux qui occupaient les postes-clés : Défense, Intérieur, Affaires étrangères, Finances.

Ils ont été remplacés par des technocrates ou des personnalités indépendantes peu connues de l’opinion.

Ghannouchi reconduit

Mais le maintien en fonction du Premier ministre Ghannouchi, dernier chef du gouvernement du président déchu autoritaire Zine El Abidine Ben Ali, poste qu’il a occupé pendant onze ans, reste fortement contesté par la frange la plus radicale des contestataires. "La majorité veut continuer pour dégager Ghannouchi, tout le gouvernement doit sauter, surtout Ghannouchi", a assuré à l’AFP Khaled Salhi, étudiant de 22 ans dans une école d’ingénieurs à Tunis, parmi les quelque 300 manifestants, en grande partie des provinciaux, qui ont campé à la Kasbah.

Pourtant, sur l’esplanade du quartier des ministères, jonchée de bâches en plastique ayant servi de tentes aux manifestants, plus de slogans, plus de cris en ce lendemain de remaniement.

Après avoir chanté l’hymne national et hissé le drapeau tunisien à un mât comme chaque matin, les manifestants discutent ardemment entre eux pour savoir quoi penser, quoi faire à présent.

Khaled Salhi affiche un scepticisme critique face au feu vert préalable donné au nouvel exécutif par l’UGTT, qui a joué un rôle crucial en canalisant la révolution tunisienne puis dans la contestation du premier gouvernement de transition.

"Le chef de l’UGTT ne représente pas la base, il était avant avec Ben Ali. Ce qui est important c’est ce que vont dire et faire les Unions régionales et surtout l’Ordre des avocats", qui exerce une forte autorité morale sur les manifestants tunisiens, déclare-t-il. L’UGTT va participer à la mi-journée à une rencontre avec l’opposition, l’Ordre des avocats et d’autres composantes de la société civile pour tenter d’adopter une position commune sur le nouveau gouvernement, selon Fethi Belhaj, porte-parole du Courant nationaliste et progressiste (nationalistes arabes).

Une envie de retour au calme

Mais que se passera-t-il si la contestation de la base, en particulier celle des provinces déshéritées de l’intérieur, qui avaient lancé spontanément la révolution tunisienne, se poursuit ?

"Les syndicats, les partis politiques doivent jouer leur rôle pour les convaincre que le Premier ministre n’est là que pour la transition et qu’après les élections, il y en aura un autre", répond à l’AFP Mouldi Jandoubli, membre exécutif de l’UGTT. "L’évolution s’est faite. Un gouvernement est là. Je crois que c’est la bonne attitude. L’économie doit repartir, les gens doivent se remettre au travail", ajoute-t-il.

Embouteillages, nombreux passants, magasins ouverts, partout en dehors de la Kasbah, les Tunisois vaquaient vendredi matin à leurs occupations habituelles. Aucun groupe de manifestants n’était encore apparu sur l’avenue Habib Bourguiba, haut lieu de la contestation populaire.

"Ce n’est quand même pas une poignée de manifestants qui va décider pour le pays. Je crois que la grande majorité des Tunisiens est satisfaite maintenant et veut juste un retour à la normale", commentait un chauffeur de taxi.


Tunisie : La révolution se poursuit

El Watan, 28 janvier 2011

En ce jeudi 27 janvier 2011, c’est toujours l’incertitude à Tunis. Des milliers de personnes bloquent le siège du Premier ministère dans la Casbah de Tunis et le mouvement se poursuit à travers plusieurs villes et secteurs d’activité.

À Sidi Bouzid, berceau de la révolution, des milliers de manifestants défilent dans la rue pour exiger la démission du gouvernement de transition. Le puissant syndicat tunisien (UGTT) refuse de reconnaître ce gouvernement. Pas question, disent-ils, d’avoir fait tout cela pour que les ministères les plus importants soient aux mains des anciens de Ben Ali. Profitant de la liberté médiatique, les chaînes de télévision ouvrent leurs antennes aux citoyens. De nombreux Tunisiens n’hésitent pas à citer nommément, en direct, et quelquefois en leur présence, les responsables de leurs malheurs encore aux affaires.

C’est ainsi qu’un magistrat qui participait à un débat en direct a été obligé de quitter le plateau suite aux incessants appels des citoyens puis des avocats l’accusant d’avoir fait jeter en prison, à tort, des militants. Dans les entreprises publiques, ce sont les salariés eux-mêmes qui chassent les dirigeants ostensiblement impliqués dans le système Ben Ali. Cela a été le cas pour le PDG de la compagnie d’assurances et de réassurances et le PDG de Télécom Tunisie, entre autres. Quatre des juges les plus craints de l’ère Ben Ali ont été empêchés d’accéder à leurs bureaux par le personnel et chassés à coups de gros livres de procédures sur la tête.

Les traces de Ben Ali

Les hommes qui ont servi Ben Ali sont toujours en poste dans les institutions, les administrations, les entreprises publiques, dans les médias et surtout dans l’appareil sécuritaire. Même s’ils ont retourné « la veste » subitement pour se transformer en « plus démocrates que les démocrates », pour de nombreux opposants, « ils constituent une menace de confiscation de la révolution ». « Ils font les amnésiques, ils font semblant d’oublier qu’ils ont participé au système de Ben Ali, mais le peuple, lui, n’est pas amnésique », indique Sihem Bensedrine, porte-parole du Conseil national des libertés en Tunisie (CNLT). Derrière les beaux discours des ex-compagnons de Ben Ali, convertis, subitement, aux valeurs démocratiques, les vieux réflexes réapparaissent déjà, alors que la contestation se poursuit. En effet, la police politique continue d’agir, discrètement, mais elle agit. « Nous avons fait tomber Ben Ali mais nous n’avons pas encore fait tomber son système », poursuit-elle avec inquiétude. Les écoutes téléphoniques de certains opposants ont vite repris, les surveillances, certes beaucoup moins visibles, ont également repris, après quelques jours de répit. Le quotidien la Presse a dénoncé, dans son édition du samedi 22 janvier, un filtrage d’Internet, notamment de facebook. Un jeune artiste, qui a créé sur le réseau social un compte « Tunisie, la Suisse arabe », a été enlevé en pleine rue par la police politique qui l’a interrogé et brutalisé pendant de longues heures.

Contre la menace de chaos

En parallèle, de nombreuses personnalités de l’opposition ainsi que des partis politiques, reconnus ou non, approuvent la démarche de l’UGTT et refusent les menaces de chaos des défenseurs du gouvernement de transition. L’ancien ministre de la Justice du président Bourguiba, Ahmed Mestiri, personnalité crédible et respectée, a lancé une initiative qui trouve un écho favorable. Il s’agit de la mise en place d’un conseil de la révolution, regroupant l’ensemble des acteurs de la société civile aux côtés des partis politiques de l’opposition, qui désignerait un gouvernement provisoire et légiférerait pendant cette période. Le problème se situe à ce niveau. L’Exécutif actuel, encore dominé par des personnes de l’ancien système, accepte les prérogatives de surveillance à ce « conseil en formation », mais ne veut pas lui reconnaître de pouvoir législatif. Le Conseil de l’ordre qui regroupe les avocats, qui ont joué un rôle très important dans la révolution, s’est joint à cette initiative. Il estime, dans une proposition au Premier ministre, qu’elle peut être tout à fait légale.

Le président par intérim, Lambazaa, peut, selon les avocats, créer, par décret, cette institution de préservation de la révolution, ce qui évitera un vide institutionnel. « Cette option, qu’elle soit constitutionnelle ou extra-constitutionnelle, est légitime », estime Naziha Rijabi, plus connue sous le nom « d’Oum Ziad », farouche opposante, « c’est une révolution, et par définition, on n’est pas obligé de respecter une Constitution élaborée par l’ancien régime ». Pour Sihem Bensedrine, « il appartient à la société d’inventer, maintenant, ses propres institutions pour gérer la période de transition et d’aller vers des élections démocratiques ». Dans tous les cas, la Révolution du jasmin ne fait que commencer. Les Tunisiens, société et élites, ont fait preuve, jusqu’à présent, d’un très haut sens des responsabilités et d’une conscience politique admirable. Ils n’ont pas du tout l’intention de se laisser « voler » leur révolution.

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