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Le Caire : nouveaux affrontements cette nuit, bilan total de 5 morts/900 blessés, la place Tahrir barricadée
(Le 3 février 2011)

ÉGYPTE - Les violences embrasent le Caire

Le Point, 03/02/2011 à 10:44

Place Tahrir où des manifestants ont passé la nuit, les affrontements ont repris dès l’aube.

La révolte populaire réclamant le départ du président égyptien Hosni Moubarak depuis dix jours a viré à l’affrontement armé place Tahrir, coeur de la contestation au Caire, où le bilan des heurts entre partisans et contestataires s’élevait jeudi à sept morts. Les violences ont éclaté mercredi au lendemain d’une intervention d’Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 29 ans, qui avait promis qu’il ne briguerait pas un sixième mandat en septembre. Vendredi, une nouvelle journée de manifestations massives pour exiger le départ du président est prévue.

Au moins quatre personnes ont été tuées jeudi à l’aube par des tirs visant des manifestants hostiles au président, a indiqué le docteur Mohamed Ismaïl, depuis un hôpital de campagne monté sur une place adjacente à la place Tahrir, théâtre de la contestation depuis dix jours. Des tirs sporadiques ont commencé à se faire entendre vers 4 heures (3 heures à Paris) jeudi et étaient toujours audibles une heure plus tard, a indiqué un correspondant de l’Agence France-Presse sur place.

Jeudi matin, la place Tahrir était recouverte de pierres et de gravats et une dizaine de milliers de manifestants pro-Moubarak étaient sur place scandant "le peuple veut l’exécution du boucher", entourés par des chars de l’armée. "À 3 h 30, les anti-Moubarak ont attaqué les pro-Moubarak les chassant des environs de Tahrir et les poussant à plus d’une centaine de mètres plus loin, derrière le musée et sous le pont du 6-Octobre", explique Mohamed Ahmad, un avocat de 29 ans à Tahrir. "C’est à ce moment-là qu’un franc-tireur a tiré depuis l’hôtel Ramses-Hilton, causant des morts", a-t-il affirmé en expliquant que les affrontements s’étaient concentrés la nuit sur la place Abdelmonem Riad, adjacente à Tahrir.

L’armée en arbitre

Là, une cinquantaine de soldats de l’armée se sont déployés pour tenter de séparer les deux camps, appelant les manifestants anti-Moubarak à reculer de quelques mètres, selon un journaliste sur place. Selon des témoins, des tirs en provenance du pont d’Octobre, où sont positionnés des partisans du président Hosni Moubarak, ont également fait de nombreux blessés. L’Alliance des juristes égyptiens a déclaré de son côté dans un communiqué que les manifestants anti-Moubarak sur la place étaient sous le feu de leurs adversaires et que plusieurs d’entre eux avaient été tués ou blessés. "La plupart des victimes sont arrivées ces trois dernières heures, beaucoup avec des blessures par balle", a ajouté un autre médecin, estimant le total des blessés depuis mercredi à plus d’un millier.

Le ministère de la Santé, cité par la télévision d’État, avait indiqué, mercredi, que trois personnes, dont un appelé de l’armée, avaient été tuées et plus de 639 blessées, la plupart par des jets de pierres, dans les affrontements de mercredi. Selon un bilan non confirmé de l’ONU, les heurts de la première semaine de contestation auraient fait au moins 300 morts et des milliers de blessés. Paris a appelé les Français qui ne sont pas obligés de rester en Égypte à rentrer en France. Dans la nuit, Washington en avait fait de même, pressant les Américains qui souhaitent quitter l’Égypte de se rendre "immédiatement" à l’aéroport du Caire, prévenant que les "vols américains supplémentaires après jeudi étaient improbables". La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, dans un appel téléphonique au vice-président égyptien Omar Souleimane, a condamné les "choquants" affrontements sanglants de la veille au Caire. Elle a demandé une enquête sur ces violences.

Départ préalable

Mercredi soir, Omar Souleimane avait appelé les manifestants à rentrer chez eux, comme l’avait fait l’armée en milieu de journée, prévenant que le dialogue proposé à l’opposition ne pouvait débuter avant l’arrêt des manifestations. Le mouvement de contestation a malgré tout appelé à une nouvelle manifestation massive vendredi, baptisée "vendredi du départ", dans laquelle il entend réunir comme mardi plus d’un million de personnes, malgré la promesse d’Hosni Moubarak de s’effacer à la fin de son mandat en septembre.

Dans une interview à CBS News, la figure de l’opposition égyptienne la plus en vue, le Prix Nobel de la paix Mohamed El Baradei, a rejeté une fois de plus l’offre de dialogue d’Omar Souleimane, insistant sur le fait qu’Hosni Moubarak devait d’abord quitter le pouvoir. Les Frères musulmans, principale force d’opposition, ont rejeté "toutes les mesures partielles proposées" par le président et refusé qu’il reste jusqu’en septembre. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a jugé "inacceptables les attaques contre des manifestants pacifiques" et a appelé à une "transition dans l’ordre et le calme".


Egypte : Si nous perdons la bataille, chacun de nous sera arrêté, harcelé, torturé

Cris d’Egypte, un blog du Caire, 03/02/2011

Le Caire, 3 février 2011. Place Tahrir, depuis presque vingt longues heures, quelques milliers de manifestants pacifiques répondent à des attaques d’une rare violence. Comme prévu, des blessés. 1500 selon Al Jazeera. Il y a aussi des morts, 5 selon la même source.

Des médecins volontaires recousent des oreilles déchirées, des crânes ouverts, des cuisses déchiquetées. Ils sont sur place, par terre ou dans les quelques rares ambulances dépêchées sur place. Ils opèrent sous les pierres, les cocktails molotov et les tirs à balles réelles du gouvernement Moubarak.

Pendant toute la journée du 2, et dans la nuit du 2 au 3, les manifestants se relaient de l’arrière au front. Les figures sont épuisées, insensibles aux bruits des balles. Par centaines, des gueules cassées, des têtes gazées, des éclopés, des visages tordus de douleur. Un homme dans un mégaphone maintient sans relâche le moral des troupes. "Troupes", parce qu’il est maintenant clair que nous sommes en guerre, une guerre incivile.

Des hommes de main du gouvernement sont continuellement arrêtés par les manifestants qui les remettent aux militaires. Ceux-ci portent sur eux des cartes professionnelles qui indiquent qu’ils appartiennent à la police d’Etat. Les cartes sont aussitôt saisies, photographiées et diffusées au monde entier.

Sur place, les mots pour décrire ce qui se passe appartiennent désormais à un autre registre : crime de guerre, crime contre l’humanité, terrorisme d’état, barbarie.

Toute la journée et toute la nuit, les manifestants se déplacent en masse pour protéger tour à tour les accès menacés. Le front véritable est celui de la rue Abdel Moneim Riad qui conduit au musée du Caire. Le gouvernement nous attaque au sol, du toit de certains immeubles et du haut du Pont du 6 octobre.

De hautes barricades de fortune sont erigées pour protéger les manifestants qui n’ont rien d’autre pour se défendre que leur courage et les pierres qu’on leur prépare. Tous les pavés et trottoirs dans la zone du Musée du Caire ont été démontés et réduits à la taille de petites pierres. Munis de barres de métal, une quinzaine de volontaires ont cassé des pierres toute la nuit.

Entre les deux camps, un rideau de flammes et de voitures brûlées. Pour donner du courage aux manifestants, des femmes munies de bâtons jouent des rythmes sur les barrières métalliques de la place.

Vers minuit, l’armée déploie une trentaine d’hommes pour protéger le musée, mais ne s’interpose pas une seule fois dans les combats de la nuit qui se poursuivent encore ce matin 10h00.

Les campagnes de rumeurs et de désinformation sont continuellement nourries par la télévision d’état ou par des SMS envoyés à tous les abonnés Vodafone. Vers 1h00 du matin, on annonce aux Egyptiens dans leurs foyers que la place Tahrir a été vidée de ses manifestants et que la voirie est en train de la balayer.

La télévision d’état explique ensuite que les manifestants sont des agents étrangers, entraînés par le Mossad et payés, chacun, 5000 dollars.

Ce que Moubarak ignore

La détermination de ces manifestants est au-delà de ce qu’il peut imaginer et pour une raison très simple. Ils préfèrent mourir, maintenant, sous les balles que, plus tard, sous la torture. Il est évident pour chacun des manifestants que, si nous perdons la bataille, chacun de nous sera arrêté, harcelé, torturé.

Moubarak ne semble pas comprendre qui, au juste, mène le combat. Il pense encore que ce sont quelques milliers de pauvres gens, ceux qu’il a humilié dans ses prisons ou ceux qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Moubarak pense qu’il sera facile, comme les fois précédentes, de les réduire au silence sans que quiconque ne s’en aperçoive. Mais Moubarak n’a pas mesuré la diversité sociale de ces manifestants unis et déterminés à le faire tomber. Il ne comprend pas que ses mensonges et ses manipulations n’ont, aujourd’hui, aucun effet sur l’opinion internationale ou sur les manifestants sur place. Des étudiants éclairés de familles modestes, des bourgeois, des égyptiens de l’étranger sont là, main dans la main. Certains parlent deux ou trois langues, s’adressent aux presses du monde entier et décryptent, minute par minute, ce qui se passe. Ils déjouent, un à un, les pièges de Moubarak susceptibles de tromper ceux qui nous regardent et qui s’interrogent sur l’avenir démocratique ou non de l’Egypte.

Ce que Moubarak a provisoirement réussi

Depuis son allocution télévisée annonçant son départ dans 8 mois, des centaines de milliers d’Egyptiens, et sans doute des millions, ont été convaincu qu’il était maintenant légitime de mettre fin aux manifestations. De leur côté, les manifestants ne sont pas étonnés de cette réaction et ne cherchent même pas à les convaincre du contraire. Ils connaissent trop bien les effets du lavage de cerveau trentenaire et du bourrage de crâne dès la naissance. Ils connaissent aussi la nature profonde du peuple Egyptien. Un peuple qui pardonne toujours, même au pire de ses bourreaux. On entend : « Il est vieux, on ne peut pas l’humilier. Plus que quelques mois et on sera débarassés de lui. Rentrez chez vous maintenant. »

La question

La question de ce 3 février 2011 consiste à savoir si les Egyptiens, après une longue nuit de barbarie, vont enfin comprendre que leur "vieux" n’est pas digne de leur pitié ou, surtout, de leur confiance.

Une mesure efficace pour mettre fin à cette barbarie Geler les comptes bancaires étrangers du clan Moubarak et des dignitaires de son régime. Toute autre forme de pression risque de n’avoir aucun effet.

Pour les manifestants, chaque minute compte.


Les opposants de la place Tahrir plus déterminés que jamais

Reuters, 03/02/2011 à 10:20

LE CAIRE (Reuters) - Les manifestants rassemblés place Tahrir au Caire pour réclamer la démission du président égyptien Hosni Moubarak se sont dits plus déterminés que jamais après la charge de partisans du chef de l’Etat qui a fait cinq morts.

Plusieurs centaines d’entre eux sont restés toute la nuit sur la place, épicentre de la contestation, où le calme est revenu après une nuit d’affrontements.

"D’une façon ou d’une autre, nous feront tomber Moubarak", scandaient certains au petit matin. "Nous ne renoncerons pas ! On ne nous achètera pas !", renchérissaient d’autres manifestants.

Malgré les heurts, les détracteurs du président ont conservé le contrôle de la place, dont les accès sont désormais gardés et barricadés.

Des images diffusées par la chaîne de télévision Al Djazira montrent des militaires procédant à l’arrestation d’individus en civil. Des partisans de Moubarak seraient en outre interrogés par l’armée, selon des manifestants.

Le ministre de la Santé a fait état de cinq mort de 836 blessés, dont 86 sont toujours hospitalisés. Al Arabiya avance quant à elle un bilan de dix morts et de 1.500 blessés.

Des cliniques improvisées ont été dressées sur place pour procéder aux premiers soins avant l’évacuation des blessés dont l’état l’exige.

DES DIZAINES DE BLESSÉS TOUS LES QUARTS D’HEURE

"Les choses se sont calmées maintenant, mais, dans la nuit, nous recevions plusieurs dizaines de blessés tous les quarts d’heure. On a eu des blessés sur toute la place. Les voyous qui nous encerclent ont essayé de s’en prendre à nouveau à nous, mais nous avons heureusement réussi à les arrêter", a déclaré le Dr Mohamed Abdel Hamid, interrogé par Reuters.

Mercredi, des manifestants ont dit avoir été attaqués par des partisans de Moubarak à cheval et à dos de dromadaire. D’autres ont ouvert le feu et ont bombardé les manifestants de pierres et de cocktails molotov.

Les occupants de la place, munis de boucliers improvisés faits de panneaux et de toutes sortes d’objets, ont riposté à coups de pierres et ont donné la chasse à leurs agresseurs. Cinq au moins ont été remis à l’armée, qui s’est tenue à l’écart des affrontements malgré les appels à l’aide des manifestants.

"Ce qui s’est passé renforce notre détermination à faire tomber Moubarak. Il n’y aura de négociation avec aucun membre de régime Moubarak après ce s’est produit hier et ce qui continue à se produire sur la place Tahrir", a assuré un représentant du mouvement Kifaya (Ça suffi) interrogé sur Al Djazira.*


Egypte : l’armée siffle la fin de la contestation, les heurts débutent

Les Echos, 03/02/11 | 10:09

L’armée a appelé hier les manifestants à interrompre leur action au lendemain de l’annonce par Hosni Moubarak de son départ en septembre. L’opposition maintient la mobilisation. Les Occidentaux haussent le ton.

La plus grande incertitude régnait hier au Caire, au lendemain de la mobilisation de plus de 1 million de personnes réclamant le départ immédiat du président égyptien. L’armée, puis hier soir le vice-président Omar Souleimane ont appelé les manifestants à rentrer chez eux dès lors que leurs « revendications ont été entendues » , en allusion à l’engagement, mardi soir, d’Hosni Moubarak à ne pas se représenter à l’élection présidentielle de septembre. Mais les opposants ne se disaient pas dupes hier et continuent de manifester. Un délai de sept mois jusqu’à une élection briserait en effet leur dynamique et donnerait largement le temps au régime militaire d’organiser un scrutin à sa main, fort d’un savoir-faire rodé en matière de fraudes et d’intimidations. L’opposition maintenait donc son appel à une manifestation géante vendredi, jour de prière.

Même si les organisateurs ne semblaient pas envisager de franchir la ligne jaune vendredi en tentant de s’emparer de bâtiments officiels, les risques d’incidents ont nettement augmenté après l’assaut lancé hier contre les manifestants sur la place Tahrir, haut lieu de la contestation au Caire. Des centaines de militants pro-Moubarak et, selon l’opposition, des policiers en civil ont chargé les manifestants à coups de bâton et de couteau, ou à cheval et à dos de dromadaire. Les combats ont fait, selon le ministre de la Santé, trois morts et 640 blessés. Deux cocktails Molotov ont atterri dans la cour du musée du Caire, qui contient des richesses archéologiques inestimables. L’armée est restée passive dans un premier temps, avant de s’interposer au prix de tirs de semonce, selon certains témoignages, contredits toutefois officiellement. Les sièges de plusieurs journaux indépendants ont aussi été attaqués par des voyous.

Internet partiellement rétabli

Mohamed ElBaradei, le fédérateur de l’opposition, a souhaité que l’armée sorte de sa neutralité et a dit s’attendre à ce qu’elle intervienne « dans la journée » pour « protéger les Egyptiens ». Ces attaques, qui révèlent, selon les opposants, la nature criminelle du régime, poussaient certains analystes, qui croyaient le matin même qu’Hosni Moubarak pourrait réussir son gambit et tenir jusqu’en septembre, à estimer que le raïs avait « surjoué ses cartes » et que l’armée serait obligée de le lâcher. « Aucun de mes contacts dans le pays ou des investisseurs ne croit désormais qu’il sera encore au pouvoir dans quelques mois », résume Angus Blair, de la banque d’investissement Beltone Financial.

Le ministère égyptien des Affaires étrangères a pourtant refusé les appels à une « transition immédiate » du pouvoir, demandée la veille par le président américain, Barack Obama. Paris a appelé hier à ce que la transition débute « sans tarder ». Londres attend une transition « rapide et immédiate », tandis que le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, estimait que l’annonce d’un départ d’Hosni Moubarak dans sept mois ne correspondait pas aux attentes du peuple.

Hier soir, le sénateur John McCain a pour sa part appelé le président égyptien à démissionner et « à lâcher les rênes du pouvoir ». Une affirmation révélée peu après que l’élu républicain ait rencontré le président Barack Obama à la Maison Blanche.

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Place Tahrir, cette nuit, les deux côtés de la barricade