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Egypte : lourds affrontemements entre "révolutionnaires" et "partisans de la dictature religieuse"
(Le 6 décembre 2012)

Egypte : la carte des affrontements entre pro et anti-Morsi

francetvinfo, 06/12/2012 | 17:15

Le palais présidentiel

Des dizaines de milliers d’opposants au président égyptien, Mohamed Morsi, manifestent depuis mardi 4 décembre devant le palais présidentiel du Caire, où est retranché le chef de l’Etat.

Des affrontements violents les opposent aux partisans du président, et ont fait au moins 5 morts et plus de 600 blessés dans la nuit de mercredi à jeudi. Dans les rues adjacentes du quartier d’Héliopolis, des riverains ont dressé des barricades pour tenter de sécuriser le quartier. L’armée a déployé des chars jeudi devant le palais, sommant les manifestants d’évacuer les lieux.

La place Tahrir

Des centaines d’opposants à Mohamed Morsi occupent le lieu emblématique de la révolution égyptienne depuis le 22 novembre, date à laquelle le président égyptien a annoncé l’élargissement de ses pouvoirs. Des tentes ont été dressées sur place.

Suez

A Suez, des opposants au président égyptien ont incendié des locaux des Frères musulmans, le mouvement islamiste dont est issu Mohamed Morsi.

Ismaïliya

Les bureaux des Frères musulmans ont également été attaqués à Ismaïliya, à 90 km au nord de Suez.

Alexandrie

Alexandrie, deuxième ville du pays, connaît aussi des troubles violents. En début de semaine, un Frère musulman, Sobhi Saleh, membre de la commission constituante, a été battu par des manifestants hostiles à Mohamed Morsi, selon l’agence de presse officielle, Mena. Une photo de lui, le crâne ensanglanté, a circulé sur les réseaux sociaux.


Plus de 200 blessés dans les heurts entre pro et anti-Morsi au Caire

Synthèse publiée sur le Juralib, 5 décembre 2012

Opposants et partisans du président Mohamed Morsi se sont affrontés mercredi à coups de cocktails molotov et de jets de pierres lors de heurts devant la présidence au Caire qui ont fait plus de 200 blessés et illustrent la division d’un pays s’enfonçant dans la crise.

Il s’agit des pires violences depuis l’élection en juin de M. Morsi, premier président islamiste d’Egypte qui s’est attiré les foudres de l’opposition et d’une partie de la magistrature pour s’être octroyé des pouvoirs exceptionnels le 22 novembre.

Un journaliste de l’AFP a fait état de tirs de chevrotine et de voitures incendiées, alors que le ministère de la Santé a fait état de 211 blessés.

Dans la soirée, les manifestants se trouvaient toujours aux abords du palais présidentiel malgré les appels à se retirer notamment du Premier ministre Hicham Qandil et des Frères musulmans dont est issu le président.

La police anti-émeutes a réussi à imposer un cordon de sécurité entre les manifestants rivaux devant le palais, mais des affrontements se poursuivaient à coups de pierres dans les rues adjacentes.

Pour la deuxième journée consécutive, les abords de la présidence dans le quartier cossu d’Héliopolis ont été l’épicentre de la crise.

À l’appel des Frères musulmans, des milliers de personnes avaient afflué vers le palais dans l’après-midi, démantelant les tentes dans lesquelles de petits groupes d’anti-Morsi avaient passé la nuit après une manifestation massive de l’opposition mardi.

Des protestations ont aussi eu lieu en province, et des opposants à M. Morsi ont saccagé et incendié des locaux des Frères musulmans, dont M. Morsi est issu, à Ismaïliya et Suez, dans le nord-est du pays.

Sur place, les témoignages des manifestants traduisaient une société profondément divisée, près de deux ans après la révolte qui a fait tomber le régime de Hosni Moubarak.

“Nous sommes ici pour la liberté, ils sont là pour la violence”, a dit à l’AFP un anti-Morsi, Ali Gamal, 22 ans, avant de lancer des pierres sur l’autre camp.

“C’est une guerre civile qui va tous nous brûler”, a déploré Ahmed Fahmy, 27 ans.

“Je suis ici pour défendre la démocratie, le président a été désigné par les urnes”, a affirmé Waël Ali, un quadragénaire pro-Morsi, alors que fusaient les slogans “Le peuple soutient les décisions du président” et “le peuple veut l’application de la loi de Dieu”.

L’opposition a de nouveau exigé le retrait du décret élargissant les pouvoirs de M. Morsi et l’annulation du référendum du 15 décembre sur le projet de Constitution controversé.

Le pouvoir, de son côté, par la voix du vice-président Mahmoud Mekki, a maintenu le référendum sur ce projet accusé par l’opposition de ne pas protéger certains droits fondamentaux dont la liberté d’expression, et d’ouvrir la porte à une application plus stricte de la loi islamique.

L’imam d’Al-Azhar Ahmed al-Tayyeb, la plus haute autorité islamique d’Égypte, a appelé les Égyptiens à la retenue et au dialogue en déplorant une situation “catastrophique”, et trois conseillers du président ont annoncé leur démission en signe de protestation...


Une opposition hétéroclite face à un bloc islamiste fissuré

Figaro, 06/12/2012 à 18:11

DECRYPTAGE- Mohammed Morsi avait misé sur une opposition divisée et désorganisée pour renforcer ses pouvoirs et imposer une réforme constitutionnelle. Il a déclenché la mobilisation d’une coalition contre sa personne et son parti.

« La guerre civile est déclarée », lâche Kamal sans détour. À 40 ans, cet ex-opposant à Moubarak ne reconnaît plus son pays. Ce qu’il a vu, aux abords du palais présidentiel, dans la nuit de mercredi à jeudi, lui donne encore des frissons. « Ça tirait de partout, des pierres, des cocktails Molotov, des armes à feu. En l’espace de quelques heures, le pays s’est enfoncé dans le chaos. On est passé d’un bras de fer politique à un face-à-face meurtrier entre deux Égypte. Rien ne sera plus comme avant », dit-il.

Après deux semaines de tension politique déclenchée par l’extension des pouvoirs du nouveau président, la confrontation meurtrière entre pro et anti-Morsi, la première du genre depuis la révolution, laisse présager une crise profonde qui s’annonce capitale pour l’avenir du pays.

En publiant, le 22 novembre, son décret constitutionnel permettant à ses alliés islamistes de finaliser la Constitution et de précipiter le référendum du 15 décembre prochain, Mohammed Morsi avait sans doute - à tort - misé sur une opposition divisée et désorganisée. Certes fragile, cette dernière a pourtant prouvé par son nombre qu’elle était capable de redescendre dans la rue sous la forme d’une coalition hétéroclite d’hommes d’affaires, de cyberactivistes, d’ouvriers, ou encore d’ultras du football, afin de raviver l’esprit d’une révolution inachevée.

Si, sous l’ère Moubarak, la peur des forces de l’ordre et de la police - dont une partie se range aujourd’hui du côté des protestataires - permit longtemps de garantir à l’ancien raïs sa mainmise sur le pays, les révoltés d’aujourd’hui ne craignent pas de s’en prendre aux symboles du pouvoir. Dans plusieurs villes du pays, dont Ismaïlia et Suez, les locaux du parti Liberté et Justice, la branche politique des Frères musulmans, dont le président est issu, ont été incendiés.

Manque de vision et de stratégie à long terme

Pour le chercheur Ali Badr, cette explosion de colère est également le résultat d’un désenchantement qui est allé crescendo depuis l’élection de Morsi en juin dernier. « L’économie vacille. Les fameuses promesses des 100 premiers jours n’ont pas été tenues », dit-il. À cela, il faut ajouter les très impopulaires maladresses du nouveau président, enclin à s’ériger en médiateur incontournable de la crise israélo-palestinienne et à afficher son soutien aux martyrs de Gaza, mais beaucoup moins expansif auprès des parents des jeunes victimes de la collision entre un bus et un train qui coûta, le mois dernier, la vie à 49 enfants.

« Si Morsi est en fin tacticien, il manque cruellement de vision et de stratégie sur le long terme. Son problème, c’est qu’il pense qu’on peut gérer un pays au cas par cas. Or c’est impossible. Il doit désormais faire face à ses responsabilités », observe le politologue Gamal Sultan. Signe du tollé provoqué par son coup d’éclat, sept de ses conseillers ont annoncé leur démission en deux semaines. Le dernier en date, Rafiq Habib, un copte, s’est retiré ce jeudi en signe de protestation face à la montée de la violence.

La brutalité des forces pro-Morsi commence également à semer la division au sein de la Confrérie. « Je reçois de nombreux appels d’adhérents qui me disent : « comment en est-on arrivé là ? Comment peut-on s’attaquer à des révolutionnaires que le nouveau pouvoir est censé représenter ? » », interroge Mohammed El-Gebbi, un ancien de la Confrérie.

Il est néanmoins conscient de la capacité de mobilisation dont bénéficient les Frères musulmans. « Ils peuvent continuer à miser sur les populations désœuvrées des campagnes. Pour elles, c’est la sécurité et la stabilité économique qui priment. Ces gens-là sont prêts à voter oui en faveur de la nouvelle Constitution », dit-il.

Sans compter l’autre atout indéniable du président islamiste : sa « capacité, dit-il, de s’allier avec le diable » - sous entendu l’armée - pour se maintenir au pouvoir. « À mon sens, on entre dans une phase de turbulences qui peuvent déstabiliser le pays sans forcément mettre en péril les Frères musulmans », observe Gamal Sultan.


Egypte : nuit meurtrière entre pro et anti-Morsi

Le Nouvel Observateur, 06-12-2012 à 11h40

La chic Heliopolis ressemble à un champ de ruines après la journée qui a vu s’affronter militants islamistes et révolutionnaires, mercredi 5 décembre, devant le palais présidentiel. Au petit matin, les batailles de rues se poursuivaient ci-et-là mais la plupart des fronts semblaient endormis. Les allées entourant le bâtiment, sont désormais occupées par des centaines de pro-Morsi qui ont transformé les petits coins d’herbe en dortoirs géants.

La veille, mardi, c’est là que les opposants au raïs avaient défilé par dizaine de milliers. Les insultes contre le président ont disparu des murs, recouvertes par de la peinture fraîche, le calme semble revenu mais le sol ne trompe pas. Devant l’entrée principale des allées, sont jonchées des pierres à n’en plus finir, des bris de verre et quelques traces marrons au sol. La journée a été violente. Les premiers bilans font état de cinq morts et de centaines de blessés. Règne une atmosphère étrange et tendue. On trouve des petits groupes disparates et difficiles à identifier qui bavardent tandis que les forces de l’ordre s’alignent en rang sans qu’on comprenne trop pourquoi.

Jean, sweat à capuche, chemise de marque et cheveux péroxydés, ces trois jeunes là ont tout l’air d’être des libéraux. Mais ce ne sont "pas des révolutionnaires", précisent-ils. Ces habitants d’Héliopolis sont là avant-tout pour protéger leur quartier. Ils ont d’ailleurs demandé aux anti-Morsi de quitter les lieux afin de ne pas attiser les tensions. La voix et les yeux marqués par les émotions de la journée, Salim raconte, en français, qu’ils ont réussi à repousser les partisans des Frères jusqu’aux abords du palais.

Deux Egypte qui se font face

A quelques mètres de là, un bus orange a les vitres brisées et les pneus crevés. De telles carcasses se retrouvent par dizaines dans les alentours. Les révolutionnaires s’en sont pris à tous les véhicules qui pouvaient ressembler à ceux qui ont acheminé les pro-Morsi, des campagnes jusqu’au Caire. Car ils en sont convaincus, le rassemblement de soutien au régime n’avait rien d’un mouvement spontané mais s’apparente plutôt à une "revanche des Frères" comme l’explique Ibrahim qui jure que son camp ne va pas en rester là. Sans doute fondée, sa position exprime néanmoins toute l’abysse qui sépare désormais les deux Egypte qui se font face.

Comme un pied de nez à cette irréparable rupture, les hôpitaux de campagne, accueillent des blessés des deux camps. Dans une Eglise anglicane, située un peu à l’écart des combats, voitures et motos amènent les gueules cassées. Des hommes protègent l’entrée du bâtiment à l’aide de volumineux bâtons, la rumeur entendue à la télévision, dit que des salafistes s’apprêtent à attaquer les lieux. Rumeur infondée. Le dernier blessé est un islamiste qui a eu la mauvaise idée de rentrer seul et s’est fait cueillir tout frais par un groupe d’anti-Morsi. Bien que libéraux pour la plupart, les médecins - chirurgiens dentistes pour certains- ne se sont même pas posés la question de savoir s’ils devaient le soigner ou non. Ces jeunes pas très politisés mais résolument anti-Frères, ont accueilli aujourd’hui une vingtaine de blessés, dont l’un a reçu un tir de chevrotine. Devant la salle où s’affairent une dizaine de personnes, un très jeune homme portant un collier de barbe salafiste attend vraisemblablement son ami, à côté des parents inquiets des autres blessés. Une telle cohabitation, d’ordinaire banale en Egypte, paraît ici extraordinaire...


La lutte continue

Iannis B., reçu du Caire le 5 décembre 2012 à 22h30 par le Juralib

Oui Al Midan Tahrir s’est vidé, devant l’assaut des Frères devant le palais présidentiel, beaucoup ont préféré se replier.

Nous reviendrons, si ce n’est demain, après demain, nous reviendrons.

Nous nous sommes redéployés. Cela fait bientôt 24 heures que nous avons quitté l’ouest du Caire, et que nous affrontons cette racaille et cette horde de flics en civils dans l’est du Caire.

Nos camarades de Mahallah [ville industrielle egyptienne au nord du Nil] assiègent le QG local des Frères musulmans depuis des heures.
À Alexandrie on a foutu le feu aux bus de ces salopards...
À Suez, ils les ont fait courir...

Ce n’est pas moins de 9 permanences de ce parti abject qui sont parties en fumée ces dernières heures, à Minya, Ismailya, Tanta et Suez...

La lutte continue.


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Ismaïlia, incendie d’un local des Frères musulmans

Des membres des Frères musulmans saccagent le campement des opposants installés devant le palais présidentiel.

Jeudi matin, l’armée prend position pour défendre le Palais Présidentiel