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Adresse aux camarades de "No Pasaran"

(7 août 2008)

par

Adresse aux camarades de "No Pasaran"

Dans le numéro de l’été 2008 de No Pasaran (n°69), nous avons eu la mauvaise surprise de lire un petit article en page 7... « Retour sur la manif du 5 avril -- Sans-papiers : la lutte continue ! »

Dans cet article, il est question de la manif parisienne de solidarité avec les sans-papiers. On y apprend que le plus gros cortège politique était celui des organisations libertaires, même si « la LCR faisait une jolie apparition réunissant plusieurs centaines de personnes ».

A part ça, rien de spécial, sauf que la majeure partie de l’article est consacrée aux « individus inorganisés dont la principale activité fut de brûler des fumigènes artisanaux tout au long du cortège ». Pourquoi ces fumigènes ? Qui sont au juste ces « individus inorganisés » ? L’article ne le dit pas, mais dénonce de prétendus agissements irresponsables et autres provocations... Un discours déjà entendu par ailleurs, habituellement par des organes de presse moins « libertaires », plus sociaux-démocrates voire ouvertement à droite. Voici donc la seconde partie de l’article, en entier, de manière à ce que chacun-e se rende bien compte du propos tenu :

« A noter également une assez grosse présence d’individus inorganisés dont la principale activité fut de brûler des fumigènes artisanaux tout au long du cortège. Peu d’incidents notables -- juste deux voitures incendiées devant un hôtel de luxe. Fin de manif dans la (classique) souricière de Raspail, un lieu proche des ministères mais facilement verrouillé par les forces de l’ordre, où les inorganisés n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’attaquer le cortège LCR, avant d’essayer de provoquer des affrontements avec les gendarmes -- mettant ainsi en danger les nombreux sans-papiers encore présents ! Un comportement absurde, qui ne dénote qu’un affligeant manque de réflexion stratégique et un honteux mépris pour les sans-papiers avec lesquels ces individus disent être solidaires, mais qu’ils se permettent d’exposer à la répression policière pour satisfaire leurs petits besoins de frissons... Enfin un rassemblement organisé après la manifestation devant le centre de rétention de Vincennes a rassemblé un contingent assez important, mais a renoncé à aller se frotter au dispositif policier et resta maintenu à bonne distance du centre »

Dans les deux articles qui suivent (dans le même numéro de No Pasaran, donc), des éléments de réponse se trouvent en toutes lettres. Le premier reprend en partie l’introduction de la brochure Mauvaises intentions, consacrée à l’outil « antiterroriste » et la « mouvance anarcho-autonome  », tandis que le second est la reproduction de la lettre de Bruno et Ivan depuis les prisons de Fresnes et Villepinte (avril 2008). Textes à lire notamment sur : http://infokiosques.net/imprimersans2.php ?id_article=592 http://grenoble.indymedia.org/index.php ?page=article&id...=6587

Dans le premier article, il est écrit que le 19 janvier 2008, « sur le chemin de la manifestation nationale contre l’allongement de la durée de rétention, trois personnes sont arrêtées pour avoir eu dans leur sac des fumigènes, des pétards et des crève-pneus. Deux personnes, Ivan et Bruno, sont depuis plus de trois mois en détention préventive à Villepinte et à Fresnes. » Dans cette phrase, il y a quand même un gros indice pouvant expliquer la présence des fumigènes dans la manif du 5 avril. D’autant que des « individus inorganisés », comme les nomme l’article de No Pasaran, y ont distribué des milliers de tracts non loin d’une grande banderole suspendue au-dessus de la manif et que personne n’aura manqué de voir (bizarre que l’article ne la mentionne pas...), avec écrit dessus : « Vive la solidarité avec les sans-papiers. Liberté pour Bruno, Ivan et les autres ».

Ensuite, comme bien souvent dans de pareils cas (les sempiternels articles contre les méchants casseurs), l’article de No Pasaran évoque deux voitures incendiées et de prétendues provocations envers les flics (qui n’ont jamais eu lieu à notre connaissance, en tout cas pas pendant la manif parisienne) sans rien expliquer de ce qui peut avoir motivé de telles actions. Pourtant, l’article suivant exprime assez clairement la chose : « Inutile de nous étendre ici sur les raisons d’un regain de tension : révoltes plus ou moins diffuses, grèves spontanées, mouvements sociaux qui débordent le cadre légal imposé... et pas seulement en France. » Et même : « Séparer. Isoler. Catégoriser. "Diviser pour mieux régner" sera toujours l’une des pratiques les plus efficaces du pouvoir. Son instrument de propagande, la presse, mène régulièrement des campagnes ciblées : révoltes, débordements, faits-divers passent successivement sous le feu des projecteurs, sous la hargne du procureur, et, soi-disant avec le consentement populaire, doivent finir derrière les barreaux. » Ces dernières phrases, issues de la brochure Mauvaises intentions, sont également publiées par No Pasaran.

Alors quoi ? On tente d’éviter la stratégie de l’Etat (« diviser pour mieux régner ») ou on la reprend à son compte pour dénoncer les méchants casseurs ? Ces deux articles sont complètement contradictoires et nous sont pourtant présentés tels quels comme si rien ne les opposait. Pour reprendre encore le second article, qui au fil de la lecture ressemble de plus en plus à une critique du récit de la manif du 5 avril à la sauce No Pasaran, il est également écrit que « l’irrationnel prend alors, dans l’imaginaire collectif, le dessus sur toute analyse politique ». Et pour cause : « Un vieil épouvantail est agité depuis les élections présidentielles de 2007 : les "autonomes" ». Car dans le récit de la manif, de qui s’agit-il quand il est question « d’individus inorganisés » ? Des « autonomes » bien sûr ! Sauf que s’il n’y a « rien d’étonnant à ce que l’Etat veuille fusionner ces deux peurs : peur du "terrorisme", peur des "anarchistes" », il est néanmoins affligeant qu’un journal se disant solidaire, égalitaire et libertaire en couverture remplace la figure anarchiste = terroriste par celle de l’anarchiste = gros bouffon irresponsable... Car c’est bien ce qu’affirme le récit de la manif quand il dénonce un « comportement absurde », un « affligeant manque de réflexion stratégique et un honteux mépris pour les sans-papiers avec lesquels ces individus disent être solidaires, mais qu’ils se permettent d’exposer à la répression policière pour satisfaire leurs petits besoins de frissons... ».

Pour plus de précisions sur ce qui s’est passé lors de la manif du 5 avril, nous vous incitons à lire le récit suivant dans son intégralité car il est fidèle à ce que nous avons vécu, à l’intérieur et autour du cortège des « individus inorganisés » : Paris : Récit du 5 avril, journée de solidarité avec les sans-papiers http://paris.indymedia.org/article.php3 ?id_article=97673

L’extrait suivant nous paraît important car il contredit explicitement la version donnée dans No Pasaran :

« Dans la rue d’Assas, les fumigènes se font de plus en plus nombreux, la densité de la fumée est impressionnante mais n’empêche pas de gueuler "Libérez nos camarades !" à qui voudra bien l’entendre... Un moment assez fort qui renforce le sentiment de puissance collective à un bon moment. La manif touche à sa fin, à l’approche du 7ème arrondissement, ça rejoint le boulevard Raspail et l’hôtel Lutetia prend des coups (ce palace a notamment servi de QG parisien à la Gestapo pendant la 2nde guerre mondiale...), ainsi que quelques voitures bien choisies (faut dire que dans le quartier, ça sent la haute bourgeoisie à plein nez), des restes de fumigènes sont laissés dans une Porsche déjà bien abimée... Une ou deux banques ont également leurs vitrines brisées, puis les fumigènes se font moins nombreux et tout devient plus calme. J’en profite pour signaler que ce moment un peu plus "offensif" où des propriétés de la bourgeoisie ont été prises pour cibles a eu lieu à un moment où les flics étaient relativement absents. Ce moment a été assez tranquille, ne mettant personne en danger. Cela d’autant plus que les cortèges proches de celui des autonomes n’étaient pas des cortèges de sans-papiers.

En fait, suite à la "casse", rien ne s’est passé. Aucune réaction policière ni rien. Tout cela a été suffisamment mesuré pour que ça ne dégénère pas complètement, et c’était mieux ainsi puisque quelques centaines de mètres plus loin, le quartier était quadrillé par des flics en tenue anti-émeute, des grilles, etc.

Un peu plus loin, la manif s’est arrêtée, les premiers arrivés semblaient se disperser, tandis que d’autres restaient. Quelques cortèges "doublaient" pour rejoindre la tête de manif, qui était donc à l’arrêt. Lorsque le cortège autonome a fait de même, des gros bras du service d’ordre de la LCR se sont mis en travers de la route et ont attrapé violemment la banderole de tête, bousculant et insultant les manifestants présents en première ligne... La plupart des "autonomes" ont calmé le jeu sans pour autant reculer, mais la réaction spontanée de défense active est carrément compréhensible : quelques échanges de coups ont eu lieu, plusieurs gazeuses dites "familiales" ont été sorties côté LCR et ils ont gazé dans le tas, incommodant manifestants (y compris ceux de leurs "rangs") et passants. En retour, quelques bouteilles ont été balancées... Cette embrouille me semble assez représentative des volontés d’hégémonie de la LCR et du futur "parti anticapitaliste", refusant les tactiques de lutte qui pourraient indirectement leur faire de l’ombre. Enfin c’est vraiment l’anecdote la plus ridicule du jour, parce qu’il y avait mieux à faire ce jour-là que de se bastonner entre vieux trotskards et jeunes autonomes... A quelques dizaines de mètres de là, des rangées de flics anti-émeute attendaient patiemment.

Presque au bout du boulevard Raspail, un dispositif policier était prêt à prendre en tenaille ce qui resterait de manifestants sur la fin (d’autres cordons de flics anti-émeute se trouvaient dans les rues adjacentes, et quelques groupes de la BAC commençaient à roder...). La dispersion s’est faite peu à peu, la conscience collective du danger mettant un peu (trop ?) de temps à se matérialiser. »

Enfin, chers camarades, nous profitons de ces quelques mots pour rappeler à tout le monde que la solidarité ne s’exprime pas que par des articles de soutien mais aussi par des actions, dans la pratique. Nous parlons ici de la solidarité avec les anarchistes emprisonnés et de la solidarité avec les sans-papiers en lutte dans les centres de rétention et en dehors. Nous nous doutons que vous en êtes conscients, mais nous pensons que votre article sur la manif est dans cette optique carrément contre-productive. Il y a certainement mieux à faire que de balancer des accusations mensongères et citoyennistes à l’encontre de manifestants...

Au fait, le 5 avril, après le rassemblement devant le CRA de Vincennes, il y a eu une manif sauvage assez offensive à Joinville-le-Pont. Vous n’y étiez pas ? Pourquoi vous n’en parlez pas ? Encore une fois, nous vous invitons à en lire le récit à la fin du texte qui se trouve sur http://paris.indymedia.org/article.php3 ?id_article=97673

La lutte continue. Feu aux centres de rétention.

Des anarchistes

Tiré de : http://nantes.indymedia.org/article/14703



Référence : http://cettesemaine.info/article.php3_id_article=1417.html