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Paris-Lyon/hommage à Clément Méric : la gauche tente la récupération politique

(7 juin 2013)

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Hommage à Clément Méric : la gauche accusée de récupération politique

JDD, 7 juin 2013

REPORTAGE - Plusieurs personnalités de gauche ont assisté jeudi au rassemblement en hommage au jeune étudiant décédé à Paris, place Saint-Michel. Une participation à caractère éminemment politique qui n’a pas plu aux militants antifascistes.

Fâcheuse coïncidence. Au moment où Nathalie Kosciusko-Morizet était prise à partie dans le 9e arrondissement de Paris lors d’un hommage à Clément Méric, le jeune étudiant tué mercredi soir par des skinheads, Anne Hidalgo a quant à elle dû être exfiltrée de la place Saint-Michel lors d’un autre rassemblement. Huée par des militants antifascistes (mouvance dont était issu Clément Méric), la candidate socialiste à la mairie de Paris a été contrainte de faire demi-tour sous les cris de "PS hors la manif, socialos trahison !".

Harlem Désir, lui, n’a pas pris de risque. Comme le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, le premier secrétaire du PS, qui avait pourtant appelé son parti à participer à ce rassemblement lancé par le Parti de gauche, n’est finalement pas venu place Saint-Michel. Trop dangereux. "Il ne voulait pas de tension en ce jour de deuil", explique son entourage. "Il avait peur d’être hué", raillent pour leur part plusieurs responsables de gauche présents lors de l’hommage au militant d’extrême gauche tué sous les coups de membres d’extrême droite. Quelques rares responsables PS étaient pourtant visibles, comme Gérard Filoche, membre du Bureau national, Caroline De Haas, une militante féministe, ou encore Colombe Brossel, adjointe au maire de Paris.

Besancenot parle, Mélenchon écoute

Alors que la députée communiste Marie George Buffet a renoncé au dernier moment à s’exprimer devant les milliers de participants réunis devant la fontaine Saint-Michel, le secrétaire national du Parti de gauche Alexis Corbière n’a pas hésité à prendre la parole. "Clément n’était pas un militant de notre parti mais c’était l’un des nôtres", a déclaré le conseiller de Paris. Avant de s’en aller en signe de protestation, les "antifascistes", souvent vêtus de noir, ont hué l’élu du 12e arrondissement de Paris, scandant "récupération". Impassible, Alexis Corbière continuait son discours, appelant à une "VIe République" et ciblant Marine Le Pen.

Alors que la présidente du FN a récusé tout amalgame avec les groupuscules d’extrême droite, l’élu du PG a qualifié la frontiste de "menteuse". "Elle porte une responsabilité grave", a-t-il ajouté, l’accusant de soutenir Robert Ménard alors que l’ancien dirigeant de RSF avait récemment donné une conférence dans un lieu dirigé par le dirigeant des Jeunes nationalistes révolutionnaires, un groupe extrémiste auquel certains interpellés par la police dans l’enquête appartiennent. "L’extrême droite se construit sur le terreau des renoncements de la gauche", a pour sa part attaqué l’ancien leader du NPA Oliver Besancenot, sous les regards d’un autre ancien candidat à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon. Discret, légèrement en retrait de la scène, le leader du Front de gauche n’a pas voulu s’exprimer.

"La récupération politique est inacceptable"

"La récupération politique est inacceptable. Pourquoi le Parti de gauche nous parle-t-il de VIe République, quel rapport ?", s’est demandée une militante membre d’Action Antifasciste Paris-Banlieue, collectif dont était membre Clément Méric. "La pire des choses serait de ne rien faire", a répondu au JDD.fr Alexis Corbière, au milieu des drapeaux du Parti de gauche.

Mais pour les militants antifascistes, comme pour les nombreuses personnes souvent issues du monde associatif ou syndical, l’heure était moins à la polémique qu’au recueillement. Un peu plus tôt, le poing levé, deux militants aux lunettes et t-shirts noirs avaient longuement affiché une banderole en hommage à l’un des leurs dans un silence de cathédrale : "Clément 05-06-2013. A jamais l’un des nôtres".


Affaire Méric : le maire de Lyon pris à partie par des antifascistes

Le Parisien, 07.06.2013, 13h12 | Mise à jour : 14h03

Comme plusieurs autres élus à Paris, le maire socialiste de Lyon (Rhône) Gérard Collomb a été invectivé et poursuivi par des militants antifascistes jeudi soir dans sa ville à l’issue de la manifestation organisée après la mort de Clément Méric, révèle Lyon Mag ce vendredi matin. « Le climat était tendu, mais comme la police était présente après la manifestation, il a été rapidement exfiltré », a confirmé son attachée de presse.

Selon la mairie, Gérard Collomb et son épouse sortaient sans escorte et à pied de l’Hôtel de Ville de Lyon vers 21 heures lorsqu’un groupe de militants antifascistes l’a traité de « fasciste » et s’est mis à courir dans sa direction. Il venait de recevoir une délégation du collectif Vigilance 69, qui lutte contre l’extrême droite à Lyon.

Les politiques chahutés aussi à Paris

Un échange « sérieux, constructif, sans concessions », selon Armand Creus, conseiller régional Front de gauche et membre de Vigilance 69 qui précise dans un communiqué que « le Maire de Lyon réclame l’interdiction de ces groupes et (qu’) il a fait la proposition de prolonger cet échange dans un nouveau rendez-vous ».

A Paris aussi, les politiques ont été pris à partie par les militants antifascistes. Alors qu’elle souhaitait participer à l’hommage rendu à Clément Méric sur la place Saint-Michel, la candidate PS à la mairie de Paris Anne Hidalgo a ainsi dû rebrousser chemin. « PS hors la manif, socialos trahison », a-t-on pu entendre. Le premier secrétaire du PS, Harlem Désir ne s’est finalement pas non plus mêlé à la foule, son entourage jugeant la situation trop tendue.

Hier, seul Olivier Besancenot, du Nouveau parti anticapitaliste, a remporté un franc succès : « Le combat continue contre tout, tout, ce qui fait le lit de l’extrême droite », a lancé l’ex-candidat à la présidentielle qui avait été aperçu buvant un verre avec quelques jeunes dans un bar, en face du QG d’Action antifasciste.


Reçu par mail.

NPA dégage ! Pourquoi ferait-il exception ?

Pour rappel, vu que le NPA de Besancenot semble le principal parti de gôche à ne pas avoir été contesté par les antifas radicaux dans différentes villes aujourd’hui, et que leur leader est pour certains un interlocuteur respectable, voilà une petite histoire (parmi d’autres) d’il y a pas si longtemps : le 5 avril 2008 à Paris, nous (un cortège de plusieurs centaines d’individus) nous sommes fait charger lors d’une manif nationale sur l’immigration, parce que trop "anars", trop "totos", ou juste trop "speeds". Quelques minutes avant dans notre partie de cortège, l’hôtel Lutetia (QG parisien à la Gestapo pendant la 2nde guerre mondiale, ça vous parle ça, les antifas ?) avait pris des coups, "ainsi que quelques voitures bien choisies, des restes de fumigènes sont laissés dans une Porsche déjà bien abimée... Une ou deux banques ont également leurs vitrines brisées".

Quelques minutes après cette charge (qui a empêché une partie de notre cortège de "trop speed" à finir en manif sauvage contre le ministère de l’Immigration situé un peu plus loin), on est 150/200 à s’être rendus à Joinville-le-pont où la veille, Baba Traoré, un sans-papier, avait été assassiné par la BAC. "Tandis que quelques personnes s’attaquent aux panneaux de pub aux alentours, d’autres s’attaquent au commissariat, cassant quelques fenêtres, et à une voiture de police dont le pare-brise arrière est éclaté."

Ah oui, au fait, on s’est fait charger par qui dans cette manif ? Par les CRS ? Non. Par les gendarmes mobiles ? Non. Par les BAC en civil ? Non. On s’est fait charger à froid par le Service d’Ordre de la LCR parce qu’il voulait nous empêcher de continuer d’y développer une perspective offensive. Ces mecs dont le visage est gravé dans ma mémoire, ces mecs qui nous ont gazé, arraché la banderole et renvoyés vers les flics, ces mecs étaient là, à St Michel, pour Clément. Ces mecs sont les interlocuteurs privilégiés que certains d’entre vous ont choisi dans l’urgence.

Entre les anarchistes/totos/squatters, etc. et le NPA et Besancenot, entre l’attaque de l’Etat et du capital et la défense de l’ordre républicain en cas de troubles, à mon avis y a pas photo, quand on est antifas tendance anti-autoritaire j’sais pas quoi : attaque d’un hôtel et de voitures de bourges dans le 7e et de banques, proposition de s’en prendre directement au ministère de l’Immigration, puis enchaînement par de petits saccages dans la ville même de l’assassinat d’un sans-papier par les keufs la veille... Et tout ça en quelques heures pendant et après une manif en solidarité avec les sans-papiers. J’dis ça, j’dis rien, mais il y a cinq ans, les antifas de No Pasasan s’étaient -eux- dissociés de tout ça... Les extraits en italique sont tirés de : Récit de la journée du 5 avril en solidarité avec les sans-papiers sur Indy Nantes. On peut lire aussi Adresse aux camarades de "No Pasaran" sur Indy grenoble.

Et puisque Clément était à la fois antifasciste (comme vous) et anarchiste (comme moi et une partie d’entre vous), c’est pas une vieille embrouille qui est posée là. Il s’agit de pratiques concrètes et de luttes (celle des sans-papiers et contre la machine à expulser) qui contribuent aussi à affronter la question du "fascisme". La question devient alors : continuer le combat ça veut dire quoi, et avec quels complices ?

Une anarchiste



Référence : http://cettesemaine.info/article.php3_id_article=6012.html